Deux concepts de liberté. Avec Olivier Boulnois aux Facultés Loyola Paris.


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01.01.2026

La question de la liberté est à la fois fondamentale et posée en des termes qui la rendent insoluble : comment penser une action libre si l'on admet que les phénomènes sont soumis à la causalité ?
En analysant l'émergence du concept de libre arbitre, Olivier Boulnois propose une autre généalogie de la morale. Sous un problème en apparence évident (la liberté de la volonté, née de l’idée de responsabilité, et la difficulté de penser cette liberté dans un monde régi par des rapports de cause à effet), il débusque une série de questions correspondant aux différents sens de la liberté : la liberté à l’égard d'une contrainte n'est pas la liberté à l'égard des causes extérieures ou internes ; elle peut viser la liberté d'agir, mais aussi la liberté de choisir entre plusieurs options et la liberté de vouloir ou de ne pas vouloir.
D'une liberté à l'autre, les questions ne sont pas les mêmes – ainsi, Aristote élabore une théorie cohérente de l'action sans poser la question de la liberté. Il fallait faire apparaître l' "impensé" des théories du libre arbitre pour poser correctement la question, et espérer la résoudre.

Faut-il en finir avec le gouvernement des juges ? Avec Jean-Éric Schoettl pour le Cercle Droit et Liberté.


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05.2022

Une fissure s'est ouverte, depuis une cinquantaine d'années, entre juge et démocratie représentative. La montée en puissance du premier anémie la seconde.
L'emprise du juge sur la démocratie revêt deux aspects distincts : le droit se construit désormais en dehors de la loi, voire contre elle ; la pénalisation de la vie publique est croissante. Ces deux aspects sont liés car ils conduisent tous deux à la dégradation de la figure du Représentant : le premier en restreignant toujours davantage son champ d'action ; le second en en faisant un perpétuel suspect.
Le mal qui ronge aujourd'hui la démocratie paraît se situer beaucoup plus là - c'est-à-dire dans l'abaissement du Représentant, dans le rétrécissement de la souveraineté du peuple, dans la rétraction de l'autorité publique - que dans les réactions allergiques que provoque cet affaiblissement de l'État : abstention, populisme, illibéralisme.
Cet ascendant croissant du pouvoir juridictionnel sur les autres a-t-il amené davantage de rigueur et de transparence dans le fonctionnement démocratique ? Il se découvre chaque jour un peu plus qu'il n'a fait que remplacer le caprice du prince par le caprice du juge.
D'où la question : que faire pour restaurer une juste séparation des pouvoirs ?

Un échange mené par Caroline Brézet.

Sur les principes de la Philosophie du Droit de Hegel. Avec Franck Fischbach à la Librairie Tropiques.


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16.10.2025

S'inscrivant dans la continuité des travaux de Bernard Bourgeois, le philosophe Franck Fischbach analyse ici la structure des Principes de la philosophie du droit de Hegel, conçue initialement comme un manuel universitaire. Il se focalise sur le déploiement du concept de "volonté libre", qui permet à Hegel de dialectiser le passage du droit abstrait et de la conscience morale subjective vers l'éthicité concrète (Sittlichkeit), stade où l'individu se réalise au sein de la famille, de la société civile et de l'État.
Lors des développements, la vision hégélienne est confrontée à la critique marxiste, abordant la tension entre l'idéalisme de Hegel et le matérialisme historique. Il explore des concepts clés tels que l'universel concret, les dangers d'une liberté abstraite menant au fanatisme, et la distinction entre la morale individuelle et les mœurs sociales.
L'échange s'étend également aux interprétations politiques postérieures, évoquant les lectures de Lénine ou Kojève, pour questionner la pertinence de ces outils philosophiques dans l'analyse des rapports de pouvoir modernes.

Comment l'Islam a-t-il évolue depuis ses origines ? Avec Mohammad Ali Amir-Moezzi pour l'association Cordoba.


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10.04.2018

Les tout premiers siècles de l'islam furent marqués par deux faits majeurs indissolublement liés qui ont déterminé les évolutions historique et spirituelle de cette religion jusqu'à nos jours : l'élaboration des sources scripturaires, à savoir le Coran et le Hadith, et une violence chronique se manifestant principalement sous forme de guerres civiles.
Mohammad Ali Amir-Moezzi, islamologue français spécialiste du chiisme, étudie l'articulation entre les deux phénomènes à travers l'examen minutieux de l'histoire des textes anciens et propose une nouvelle grille de lecture, un nouveau cadre de théorisation de l'histoire des débuts de l'islam, éclairant, en les mettant en perspective, jusqu'aux tensions contemporaines.

Franz Kafka (1883-1924). Avec Marthe Robert, Eduard Goldstücker, Ivo Fleischmann et Joël Askénazi sur France Culture.


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19.03.1987

Depuis la mort de Kafka, chaque mouvement de pensée de ce siècle a, jusqu'à aujourd'hui, tenté tour à tour de s'approprier et d'exclure son œuvre. En France, le surréalisme, l'existentialisme, le Nouveau Roman et le structuralisme ont marqué de leur empreinte la lecture que nous faisons du Procès ou du Château : les intellectuels communistes, et non des moindres, se demandaient, dans notre pays, s'il fallait "brûler Kafka" ; en Tchécoslovaquie, d'autres communistes, au fameux congrès de Liblice de 1963, tentaient la réhabilitation d'un auteur jusque là interdit, et donnaient le feu vert à ce qui devait s'appeler trop prématurément "le printemps de Prague".
Aujourd'hui, de nouvelles traductions de ses œuvres ont été faites. La critique essaie de se refaire, dans le mesure de ses possibilités, une "virginité" du regard, où l'ironie, l'humour noir du texte l'emporteraient sur toutes les exégèses métaphysiques du passé.
A travers ce sinueux parcours, il s'agit donc de laisser parler le texte de Kafka (son journal, sa correspondance, aussi bien que la fiction) qui n'appartient à personne et demeure ainsi le bien de tous : il s'agit alors de cheminer le long de cet itinéraire qui demeure à plus d'un titre essentiel et unique pour tous ceux que l'enjeu de l'écriture interroge et met en jeu.

Émission "Une vie, une oeuvre", réalisée par Marie-Christine Navarro et Claude Giovannetti.

Transhumanisme et sociéte : regards sociologiques critiques sur l'idéologie de l'humain augmenté. Avec Nicolas Le Devedec à l'Université du Québec à Montréal.


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19.04.2024

Le transhumanisme est un courant de pensée animé par l'ambition centrale d'augmenter, grâce aux nouvelles technologies, l'être humain et ses performances intellectuelles, physiques et émotionnelles en vue d'accéder ni plus ni moins qu'à un nouveau stade de l'évolution. Porté par une diversité d'acteurs (ingénieurs, entrepreneurs, philosophes, bioéthiciens, etc.) et appuyé par de grandes entreprises, le transhumanisme connaît aujourd'hui un rayonnement international en même temps qu'il nourrit de nombreux débats et controverses.
Faut-il condamner le transhumanisme au prétexte que la réalisation de ses idées mettrait en péril la nature même de l'être humain, comme le font valoir certains de ses opposants ? Faut-il au contraire envisager de l'encadrer en régulant les développements technologiques dont il se réclame, qui constituent aux yeux de beaucoup une révolution de toute façon inéluctable ? Et si le débat était ailleurs ?
À partir d'un regard sociologique critique, Nicolas Le Devedec invite à prendre du recul sur ce mouvement de pensée, en le resituant dans son contexte social et historique et en éclairant les enjeux sociaux, politiques et écologiques trop souvent invisibilisés qu'il soulève. 

Une conférence organisée par le Collectif Société.

La bataille de la Sécu : une histoire du système de santé. Avec Nicolas Da Silva à la Librairie Terra Nova.


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27.10.2022

Comment a-t-il été possible de construire la Sécurité sociale en 1946 dans un pays où la population dépendait de tickets de rationnement pour se nourrir alors qu'aujourd'hui nous ne serions pas capables de l'étendre dans un pays qui a rarement été aussi riche ? Nicolas Da Silva propose une histoire des transformations de la protection santé en France de 1789 à nos jours, à travers le prisme des conflits qui l'ont façonnée.
Au cours de la Révolution de 1789, alors que les débats sur la place de l'État et du capital dans la protection santé se déroulent dans des termes très contemporains, l'État refuse de procéder à des réformes d'envergure. Les mutuelles naissent alors comme forme d'auto-organisation malgré les interdits et la répression. Par crainte de leurs velléités révolutionnaires, l'État se réapproprie l'esprit des mutuelles par une série de loi à partir de 1852. C'est avec la Première Guerre mondiale que naît véritablement l'État social : la conduite et les conséquences de cette "guerre totale" renforcent le rôle de l'État dans la société, et son besoin de prendre soin comme de contrôler la population. L'État social en France n'est pas le produit de la bienveillance parlementaire mais celui de la guerre.
Après 1945, deux logiques en germe depuis un siècle s'affrontent directement : d'un côté, des militants cégétistes issus de la Résistance mettent en place en quelques mois un système de sécurité sociale autogéré par les intéressés, dans la tradition de la "Sociale" initiée par la Commune de Paris ; de l'autre, dès 1946, l'État cherche à mettre la main sur la "Sécu" contre le pouvoir populaire. Bientôt, il va modifier les principes de l'institution – de "chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins" à "chacun paye selon ses moyens et reçoit selon son niveau de risque".
Au gré des réformes, l'État social renforce un capitalisme politique où la proximité entre élites politiques et économiques impose des politiques souvent en contradiction avec les aspirations populaires. Si les dépenses de santé ne baissent pas, elles sont de plus en plus contraintes (nouvelle gestion publique) et changent de nature. Au nom de la lutte contre les déficits – c'est l'invention du "trou de la Sécu" –, la politique de ciblage des dépenses vers les plus pauvres et les plus malades ouvre un espace pour l'épanouissement des alliés politiques de l'État (médecine libérale, complémentaires santé) et pour le capital (cliniques, industrie pharmaceutique).
La pandémie a mis en lumière toute l'absurdité de ces évolutions et l'impérieuse nécessité à reprendre le pouvoir sur la sécurité sociale.

Les grandes philosophies. Avec Charles Robin sur Le Précepteur.


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2025

Au fil des siècles, de nombreux courants de pensée ont façonné notre conception du monde et notre manière d'appréhender l'existence : Qu'est-ce que la vérité ? Comment peut-on vivre heureux ? Dieu existe-t-il ? Quel est le sens de notre vie ?
Bien loin du jargon des spécialistes, le professeur de philosophie Charles Robin nous rend accessible les œuvres des plus grands philosophes afin d'en faciliter la compréhension et, pourquoi pas, de nous faire changer le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur le monde.
Une initiation sérieuse à une discipline souvent difficile d'accès, dans un langage clair et une atmosphère détendue.

Théologie et philosophie médiévales. Avec Olivier Boulnois et Cyrille Michon sur Radio Courtoisie.


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1995

Qu'est-ce que la toute-puissance ? Dieu peut-il vraiment tout ? Peut-il marcher, mentir, faire le mal ? Peut-il faire que ce qui a été n'ait pas été ? Ou, au contraire, ne peut-il faire que le meilleur et le plus rationnel ? Peut-il faire autre chose que ce qu'il fait ? Créer d'autres mondes ?
Autant de questions qui ébranlent les limites du possible et du pensable, qui organisent le partage entre la puissance et son ombre, cette obscure limite qui lui permet d'exister, entre la contingence et la nécessité, la liberté et la bonté, le pouvoir absolu et l'ordre du monde, construisant le cadre conceptuel des débats de l'âge classique.
Olivier Boulnois et Cyrille Michon nous présentent une spéculation continue sur la toute-puissance divine sur plus de trois siècles, qui forme une sorte d'introduction à la philosophie médiévale : Pierre Lombard, évêque de Paris vers 1150, auteur des Sentences, maître livre qui a donné lieu à plus de mille quatre cents commentaires théologiques, puis ceux qui l'ont repris et discuté, notamment Albert le Grand, Bonaventure, Thomas d'Aquin, Duns Scot, Ockham et Luther.

Émission des "Mardis de la mémoire", animée par Pierre Chaunu.

Sur Pic de la Mirandole. Avec Pierre Legendre au Lycée Henri-IV.


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17.01.2018

En 1486, Jean Pic de La Mirandole publiait à Rome l'ouvrage intitulé Conclusiones sive Theses DCCCC, les 900 Conclusions ou Thèses. Pierre Legendre, avec sa 901e conclusion, se donne pour ambition d'en prolonger la geste. Il choisit de se coller à ce titre, par le forçage d'une addition qui n'en est pas une. Ce à quoi s'autorisaient les glossateurs scolastiques, à quoi s'autorisent encore les publicitaires et les militants - coller son propre texte au discours d'un autre -, pourquoi ne s'y aventurerait-il pas ?

Baisse de la natalité en France. Avec Olivier Rey à l'Assemblée nationale.


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27.11.2025

Le philosophe Olivier Rey analyse les causes profondes de la chute de la natalité et engage à dépasser les raisons matérielles et consuméristes qui dissuadent les couples de procréer. Car s'il peut aujourd'hui rationnel de ne pas avoir d'enfants, la raison, cependant, peut trouver que se confiner à un tel cadre est déraisonnable...
Car si la raréfaction des enfants a des causes trop nombreuses et profondes pour que des mesures cosmétiques soient à même d'y remédier, il est important de souligner qu'il exisite toujours des raisons sérieuses d'engendrer !

Un anthropologue aux frontières de l'histoire, de la philosophie et de la litterature : avec René Girard sur France Culture.


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28.10.2002

Alors qu'il vient de publier de pulbier La voix méconnue du réel et de donner à la BNF trois grandes conférences ayant pour thème "le sacrifice", René Girard propose ici le survol de quarante années d'une œuvre dans laquelle il interroge, aux frontières de l'anthropologie, de l'histoire, de la philosophie et de l'étude littéraire, les notions de sacrifice et de bouc émissaire. Il revient également sur la question de la violence entre les hommes, liée selon lui à une rivalité mimétique, à un désir mimétique dont il s'est fait le théoricien.
Il revient aussi sur son parcours en rappelant comment de sa ville natale d'Avignon il avait été conduit à faire toute sa carrière universitaire aux États-Unis et expose pourquoi et comment, du constat de l'éloignement du réel des sciences de l'homme depuis les années cinquante, son travail a consisté, partant des textes et de l'observation immédiate, à proposer un retour au réalisme et à la simplicité.
Ni structuraliste, ni déconstructeur, René Girard est l'un des intellectuels français de son temps les plus reconnus dans le monde. Écoutons-le dire ce qu'est, selon lui, la meilleure des réponses à opposer à la tentation de la violence que chacun porte en soi.

Émission "Surpris par la nuit", animée par Alain Veinstein.