Gouvernementalité de l'IA. Avec Antoinette Rouvroy à l'Université de Rennes.


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02.09.2025

Notre époque vit un tournant majeur : le basculement d'une civilisation du signe et du texte dans une civilisation du signal numérique et de l'algorithme. Ce basculement ne relève pas seulement de l'innovation technique, il reconfigure radicalement l'image que nous nous faisons de ce que c'est que "penser", nos manières de produire ce que nous tenons pour "la réalité", les modes d'exercice du pouvoir, et les manières de devenir des sujets politiques et juridiques.
Du déploiement de systèmes de scoring de risque dans les domaines de l'évaluation de crédit, de la police et de la justice et de l'aide sociale aux dispositifs d'optimisation urbaine et de gestion en temps réel des flux de la "smart city", jusqu'aux modèles de langage génératifs capables de produire du texte ou du code, ces innovations redéfinissent nos manières de percevoir, d'anticiper et d'agir.
Ce qu'on appelle le réalisme algorithmique désigne à la fois un régime onto-épistémologique et un discours politico-idéologique : la détection et la corrélation computationnelles se substituent à la représentation symbolique, traitant les corrélations comme si elles étaient la réalité elle-même, tandis que sur un plan discursif le développement de l'IA et la conversion de la plupart des secteurs d'activité et de gouvernement à l'IA sont présentées comme à la fois inévitables et éthiquement mandatées.
Trois logiques temporelles structurent ce régime de réalisme algorithmique — prédiction, préemption et préformation — la dernière étant la plus décisive car elle suppose que l'avenir est déjà latent dans les données, qu'il suffit de le "déplier". Ce préformationnisme algorithmique métabolise l'indétermination en travail d'optimisation et organise la gouvernance autour de l'urgence, éclipsant le "commun" : l'espace-temps d'indétermination nécessaire à l'imagination collective et à la délibération politique.
Antoinette Rouvroy analyse comment "l'optimisation éthique" traduit les conflits de justification en choix de paramètres et gestion des risques, court-circuitant l'exigence juridique de donner des raisons. Face à cette éclipse du commun, elle proposerai une praxis jurisgénérative qui réactive l'exigence de raisons et soutient l'imagination collective.

Devenir des machines : réfléchir avec la philosophie et les philosophes. Avec Denis Collin sur Radio Courtoisie.


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29.03.2025

Le monde moderne, depuis quatre siècles, est dominé par la machinerie. Il naît avec la production capitaliste. Elle va rapidement entrer en symbiose avec le développement capitaliste qui trouve dans la mécanique, son moteur. Calcul, prédictibilité, pouvoir d'abstraction, les catégories de la science moderne sont adéquates à ce nouveau mode de production qui va envahir la planète.
Or, toutes les tendances qui conduisent à l'élimination de la vie au profit du mécanique conduisent à une réification générale de la vie humaine et une perte de notre être-au-monde. Faire de la nature une simple matière première, remplacer les processus vitaux par des procédures mécaniques, tout cela conduit à traiter les humains comme des choses, pour en faire des êtres prédictibles. S'impose donc la nécessité de penser une résistance à ce mouvement.
L'involution du grand mouvement des Lumières vers la formation d'une cage d'acier technoscientifique pose la tâche de retrouver le sens de la nature et de la vie, de repenser l’enracinement au-delà de ce qu'avait esquissé Simone Weil, de refaire de la nature une sphère de résonance.

Émission du "Libre journal d'Hugues Sérapion".

Rêves et cauchemars de l'intelligence artificielle. Avec Eric Sadin et Raphaël Doan sur France Culture.


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22.03.2025

Quelques semaines après le sommet consacré par le gouvernement à l'Intelligence Artificielle, une émission sur l'IA parait inévitable. L'ampleur du phénomène et la vitesse de son déploiement, prodige de la technoscience qui empiète allégrement sur le propre de l'être humain, est sans précédent dans l'histoire des révolutions technologiques.
Formidable outil, faisant preuve d'une monstrueuse efficacité dans les tâches opérationnelles qui lui sont confiées, promesse d'une facilitation de tous les aspects de la vie quotidienne, l'Intelligence Artificielle suscite pourtant de vives inquiétudes. 
Ainsi, que dire aux plus jeunes qui remettraient en cause la nécessité d'une éducation académique formelle ? Quid de toutes les professions créatives menacées, dans des domaines aussi variés que la traduction, l'éducation, le doublage ou la médecine généraliste ? L'Intelligence Artificielle doit-elle être régulée ? interdite ? 

Émission "Répliques", animée par Alain Finkielkraut.

Comment Homo Sapiens a réussi à dominer le monde. Avec Jean-Jacques Hublin sur Nota Bene.


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07.2025

À la Préhistoire, Homo Sapiens n'était qu'une espèce hominine parmi d'autres... Pourquoi nos espèces-cousines n'existent plus ? Et comment notre espèce s'y est-elle prise pour se répendre sur la totalité la Terre ? 
Le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin revient sur ces questions et nous explique les ressorts de sa discipline qui étudie l'évolution humaine.

 - 0'00'00 : Introduction & parcours 
 - 0'09'37 : La paléo-anthropologie, son évolution, sa pratique et sa place dans l'imaginaire collectif
 - 0'34'19 : Hommes, hominidés, hominines, quelles différences ?
 - 0'39'56 : L'évolution du cerveau des homininines
 - 0'42'29 : Les déplacements géographiques des hominines
 - 0'45'57 : Les modifications de l'environnement par Homo Erectus
 - 0'50'43 : Les interactions entre différentes espèces d'hominines
 - 0'55'00 : Homo Sapiens
 - 1'05'13 : La cohabitation de homo sapiens avec d'autres groupes d'hominines
 - 1'11'47 : Les déplacements de Sapiens sur la planète et la disparition des autres groupes d'hominines
 - 1'32'45 : Les fouilles de Jean-Jacques Hublin
 - 1'38'01 : Une épidémie responsable de la disparition de certains groupes d'Hominines ?
 - 1'41'52 : La particularité du cerveau de Homo Sapiens
 - 1'50'23 : Références sélectives
 - 1'53'15 : Actualités de Jean-Jacques Hublin et Conclusion

Prophètes de l'avenir : Cassandre contre Prométhée. Avec Ivan Illich, Dominique Bourg et Denis de Rougemont sur la RTS.


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04.04.2015

Denis de Rougemont s'est alarmé depuis 1928 du productivisme industriel en prophétisant l'écrasement des communautés par les visées belliqueuses des états-nations et la possible déflagration d'une guerre nucléaire.
Son écologie politique annonçait la pensée universaliste d'Ivan Illich, audacieuse dans les années 1970, et les observations actuelles mais désabusées de Dominique Bourg sur notre capacité à changer de modèle économique.
Trois prophètes qui ont souvent prêché dans le désert mais dont les réflexions s'avèrent plus nécessaires que jamais.

Émission "L'horloge de sable", animée par Christian Ciocca.

Critique du capitalisme numérique. Avec Cédric Durand à l'Institut La Boétie.


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2024

Scientia potentia est — le savoir c'est le pouvoir. L'adage prend un tour singulier à l'heure du capitalisme numérique.
 1. Technoféodalisme. Né dans le cyberpunk des années 1980, ce concept s'oppose à l'idéologie californienne, qui promettait une cure de jouvence du capitalisme : moins de coûts d'échange, plus de petits producteurs, moins d'État — le fantasme d'une start-up nation. Cette redynamisation n'a pas eu lieu. Dans les années 2020, c'est plutôt le spectre technoféodal qui prend forme : par-delà la conjoncture, un processus de reconfiguration du mode de production est à l'œuvre, où un post-capitalisme régressif apparaît comme un avenir possible.
 2. Nouvelles enclosures. Depuis les années 1980, l'extension des droits de propriété intellectuelle, partie des États-Unis, s'est propagée mondialement — suscitant l'opposition des pays en développement et des activistes, notamment en santé, dénonçant ces "nouvelles enclosures". Mais cette privatisation juridique n'est pas la forme la plus puissante de monopolisation. En contrôlant les réseaux d'innovation, en accumulant données et compétences, les Big Tech sont devenus de nouveaux monopolistes. L'évaporation de la concurrence va de pair avec une nouvelle stratification sociale et une remise en cause de la souveraineté des États.
 3. Cyber-écosocialisme. Paradoxalement, ces mêmes infrastructures ouvrent des voies pour la crise écologique. La planification à l'ère de l'anthropocène s'inverse : il ne s'agit plus d'accélérer la croissance mais de planifier la décroissance de l'impact biophysique. Et là où le traitement de l'information bloquait la planification au XXe siècle, le numérique permet désormais une connaissance en temps réel du métabolisme terrestre. Cette maîtrise technique ne saurait pourtant se réduire au contrôle : elle doit laisser place au sens, à l'autonomie individuelle, à la diversité des manières d'être au monde. Telle est la voie étroite d'un rationalisme démocratique et tempéré, au service de la justice écologique.

Agnotologie : l'ignorance, ça se fabrique ! Avec Aude Fauvel sur France Culture.


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13.03.2026

En 1992 naissait aux Etats-Unis un mot et une discipline, l'agnotologie. Ce néologisme désigne une mission scientifique originale, l'étude du non-savoir ou autrement dit des mécanismes par lesquels l'ignorance est produite par la science, volontairement ou non.
Comment l'industrie du tabac a-t-elle par exemple fabriqué de l'ignorance en usant des codes scientifiques ? Pourquoi un modèle de progrès scientifique peut-il conduire à oublier des savoirs ? Et en quoi l'agnotologie peut-elle être perçue comme une vigie dans une époque d'atteintes faites à la méthode scientifique ?

Émission "Sciences chrono", animée par Antoine Beauchamp.

Bio-objets, les nouvelles frontières du vivant. Avec Céline Lafontaine sur La balado de Fred Savard.


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11.2024

À l'heure où l'on s'inquiète de l'avenir de la biodiversité, de nouvelles formes de vie éclosent chaque jour dans les laboratoires du monde globalisé. À mi-chemin entre le biologique et l'artificiel, les bio-objets (gamètes, embryons, cellules souches) sont les descendants directs des technologies in vitro qui ont permis de cultiver des cellules et des tissus vivants.
Or ces entités biologiques sont, malgré leur omniprésence, des objets insaisissables dont la vitalité brouille de manière concrète le découpage culturel entre sujet et objet, entre nature et artifice, entre humain et non-humain. Dotés d'une très grande plasticité, ils peuvent être congelés, modifiés, transplantés, transportés et échangés.
En quoi leur production croissante transforme notre rapport au vivant et à l'identité corporelle ? Quelles implications matérielles, économiques, sociales et culturelles sous-tendent leur prolifération ?
À partir d'exemples tirés de la médecine reproductive, du génie génétique et d'une enquête menée auprès de chercheurs en bio-impression, la sociologue Céline Lafontaine insiste sur le fait que les produits de la culture in vitro ne sont justement pas des objets comme les autres, du seul fait de leur vitalité biologique. Plus globalement, elle souligne les défis et les questionnements épistémologiques que les bio-objets posent à la sociologie.