L'Intelligence artificielle ou l'enjeu du siècle. Avec Eric Sadin à la Librairie Française de Rome.


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07.12.2019

C'est l'obsession de l'époque. Entreprises, politiques, chercheurs... ne jurent que par elle, car elle laisse entrevoir des perspectives économiques illimitées ainsi que l'émergence d'un monde partout sécurisé, optimisé et fluidifié. L'objet de cet enivrement, c'est l'intelligence artificielle.
Elle génère pléthore de discours qui occultent sa principale fonction : énoncer la vérité. Elle se dresse comme une puissance habilitée à expertiser le réel de façon plus fiable que nous-mêmes. L'intelligence artificielle est appelée à imposer sa loi, orientant la conduite des affaires humaines.
Désormais, une technologie revêt un "pouvoir injonctif" entraînant l'éradication progressive des principes juridicopolitiques qui nous fondent, soit le libre exercice de notre faculté de jugement et d'action.
Chaque énonciation de la vérité vise à générer quantité d'actions tout au long de notre quotidien, faisant émerger une "main invisible automatisée", une "data driven society", où le moindre phénomène du réel se trouve analysé en vue d'être monétisé ou orienté à des fins utilitaristes.
Il s'avère impératif de s'opposer à cette offensive antihumaniste et de faire valoir, contre une rationalité normative promettant la perfection supposée en toute chose, des formes de rationalité fondées sur la pluralité des êtres et l'incertitude inhérente à la vie.
Tel est l'enjeu politique majeur de notre temps.

Gilles Deleuze et la crise de l'image action. Avec Jean-Baptiste Thoret au Forum des Images.


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09.10.2009

Gilles Deleuze clôt L'Image-Mouvement par un chapitre, La crise de l'image-action, dans lequel, à partir des films d'Hitchcock (Fenêtre sur cour), il identifie la fin de cette grande forme propre au cinéma hollywoodien, qui se manifeste d'abord par la perte du "lien sensorimoteur".
Quelles furent les conséquences esthétiques et formelles de cette crise ? Aujourd'hui, après la redécouverte du cinéma des années 70, ce concept est-il toujours valide ?

Easy Rider et les routes paradoxales du Nouvel Hollywood. Avec Jean-Baptiste Thoret à la Cinémathèque française.


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31.10.2008

Réalisé en 1969, coup d'envoi d'un âge d'or du cinéma américain baptisé le Nouvel Hollywood, Easy Rider invente l'une des formes reines de la décennie à venir (le road movie), impose une représentation du hippie et de ses aspirations, et s'achève par une réplique énigmatique de Peter Fonda improvisée sur le tournage : "We blew it!" ("On a tout foutu en l'air !").
Au cinéma, la révolution contre-culturelle débute à peine mais l'un de ses initiateurs prophétise déjà son échec. Il s'agit donc de s'interroger sur les possibilités de cette mort annoncée (genèse, triomphe et postérité d'Easy Rider) et de comprendre comment, en dix années magnifiques, un acte de naissance s'est transformé en acte de décès.

À quoi pense le cinéma américain lorsqu'il rêve de Jean Baudrillard ? Avec Jean-Baptiste Thoret au Forum des Images.


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30.04.2010

De nombreux films américains baignent dans une atmosphère "baudrillardienne", au sens où s'y exprime le sentiment diffus d'un monde qui complote, sous contrôle, à la fois transparent (tout est visible) et totalement opaque (tout est caché), un monde paradoxal où ce que l'on me montre n'est pas ce qui est. Ce sont Vidéodrome et Crash (David Cronenberg, 1983 et 1996), Dark City (Alex Proyas, 1998), The Truman Show (Peter Weir, 1998) et, bien sûr, la trilogie Matrix (1999-2003) des Wachowski, explicitement inspirée par Simulacres et simulation, où les humains rêvent une réalité électronique enfermés dans des cocons câblés à un ordinateur central.
Alors, le cinéma américain a-t-il trouvé dans la pensée de Baudrillard de quoi penser la nature du Système, d'anticiper ses mutations, et d'envisager le type d'action qu'on pourrait lui opposer, utilisant ainsi ses écrits comme autant d'armes théoriques et dissidentes ?
Jean-Baptiste Thoret analyse l'influence du philosophe sur ce cinéma de l'hyperréalité.

Le temps du monde : une étude de métaphysique descriptive. Avec Francis Wolff pour Citéphilo à Lille.


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07.11.2024

De quoi parlons-nous quand nous parlons du temps ? Au terme d'une enquête métaphysique aussi captivante que rigoureuse, Francis Wolff cherche à éclaircir cette énigme du maintenant dont parlait Einstein.
Le temps est-il comme une flèche, ou comme un fleuve ? Événements passés et futurs existent-ils, ou le réel ne se conjugue-t-il qu'au présent
? Entre le temps de la nature (étudié par les physiciens) et la temporalité de la conscience (décrite par les philosophes), il convient de ne pas oublier le temps du monde, celui-là même dans lequel nous vivons et nous parlons les uns aux autres.

Une rencontre animée par Thibaud Ottevaere.

La mort de l'Etat syrien, par Opposition Contrôlée.


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2025

La fin de l'État syrien avec la chute du régime Assad courant décembre 2024 est un événement historique qui marque la fin d'une époque.
Cette série d'émissions a pour ambition d'expliquer cet événement dans son contexte historique, pour comprendre comment la Syrie, pays aux frontières relativement arbitraires, sans grandes ressources, a su faire face à des difficultés gigantesques depuis sa création en 1946, fruits d'une situation sécuritaire extrêmement dangereuse - à l'intérieur pour nombre de minorités dans le pays comme à l'extérieur en raison de la position de la nation syrienne au Moyen-Orient.

Barbarie numérique, une autre histoire du monde connecté. Avec Fabien Lebrun à la Librairie Terra Nova.


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22.10.2024

À partir des années 1990, l'explosion de la production de biens électroniques, caractéristique du passage du capitalisme à son stade numérique, déclenche une guerre des métaux technologiques au Congo (RDC) qui n'a fait que gagner en intensité.
L'enquête fouillée de Fabien Lebrun montre que la dématérialisation est bel et bien un mythe. Elle se nourrit au contraire d'un extractivisme sans limites dans des régions, comme celle des Grands Lacs en Afrique, qui subissent depuis des siècles les ravages de la mondialisation : de la traite négrière à la terreur coloniale du roi belge Léopold II jusqu'aux minerais de sang actuels.
La civilisation de l'écran est synonyme d'une barbarie numérique qui se manifeste au Congo par : une économie militarisée et une criminalité institutionnalisée, un pillage généralisé, du travail forcé, le viol comme arme de guerre, la destruction des forêts et l'anéantissement de la biodiversité…
Autant de catastrophes qui font du Congo l'une des plus grandes tragédies de l'histoire contemporaine, le prix fort à payer pour un monde connecté.

Pasolini et la tradition. Avec Francesco Zambon au Collège de France.


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11.10.2022

Dans ses poèmes de jeunesse, Pasolini avait chanté le monde traditionnel du Frioul, où le dialecte et la religion se fondaient dans une "pureté rustique et chrétienne". Mais ce rêve s'était rapidement évanoui au contact de la réalité de l'histoire. Après ce qu'il appela lui-même la "révolution anthropologique" italienne de 1968, Pasolini entrevit qu'une autre tradition –celle de la grande culture humaniste bourgeoise– était dramatiquement menacée. Dans ses derniers écrits (poèmes, articles, théâtre), l'écrivain évoque de façon répétée cette tradition-là.
Sans négliger la problématique complexe des positions de l'écrivain italien, Francesco Zambon met en lumière l'actualité des critiques sévères que Pasolini formula à l'égard de la gauche italienne.

L'ère de l'individu tyran. Avec Eric Sadin à la Libreria Stendhal.


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29.04.2022

Protestations, manifestations, émeutes, grèves ; crispation, défiance, dénonciations : depuis quelques années, la colère monte, les peuples ne cessent de rejeter l'autorité et paraissent de moins en moins gouvernables. Jamais le climat n'a été si tendu, laissant nombre de commentateurs dans la sidération. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quels éléments et circonstances ont fait naitre et entendre une telle rage, démultipliée sur les réseaux sociaux ?
Les raisons de la révolte sont connues et liées aux dérives du libéralisme élu comme seul modèle politique. Mais la violence avec laquelle elle se manifeste à présent est inédite car exprimée par un sujet nouveau : l'individu tyran. Né avec les progrès technologiques récents, l'apparition d'internet, du smartphone et les bouleversements induits par la révolution numérique, c'est un être ultra connecté, replié sur sa subjectivité, conforté dans l'idée qu'il est le centre du monde, qu'il peut tout savoir, tout faire, et voyant dans l'outillage technologique moderne l'arme qui lui permettra de peser sur le cours des choses. 
Jamais combinaison n'aura été plus explosive : les crises économiques renforcent l'impression d'être dépossédé, la technologie celle d'être tout-puissant. L'écart entre les deux ne cesse de se creuser et devient de plus en plus intolérable. Les conséquences sont délétères : délitement du lien social, de la confiance, du politique ; montée du communautarisme, du complotisme, de la violence… Plane la menace d'un "totalitarisme de la multitude".
Eric Sadin livre une analyse neuve et tragiquement juste de l'effondrement de notre monde commun à travers une mise en perspective historique, politique, sociale, économique et technique unique. Mais il le fait pour mieux repenser les termes d'un contrat social capable de nous tenir, à nouveau, ensemble.

Une rencontre animée par Roberto Ciccarelli.

Gouvernementalité de l'IA. Avec Antoinette Rouvroy à l'Université de Rennes.


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02.09.2025

Notre époque vit un tournant majeur : le basculement d'une civilisation du signe et du texte dans une civilisation du signal numérique et de l'algorithme. Ce basculement ne relève pas seulement de l'innovation technique, il reconfigure radicalement l'image que nous nous faisons de ce que c'est que "penser", nos manières de produire ce que nous tenons pour "la réalité", les modes d'exercice du pouvoir, et les manières de devenir des sujets politiques et juridiques.
Du déploiement de systèmes de scoring de risque dans les domaines de l'évaluation de crédit, de la police et de la justice et de l'aide sociale aux dispositifs d'optimisation urbaine et de gestion en temps réel des flux de la "smart city", jusqu'aux modèles de langage génératifs capables de produire du texte ou du code, ces innovations redéfinissent nos manières de percevoir, d'anticiper et d'agir.
Ce qu'on appelle le réalisme algorithmique désigne à la fois un régime onto-épistémologique et un discours politico-idéologique : la détection et la corrélation computationnelles se substituent à la représentation symbolique, traitant les corrélations comme si elles étaient la réalité elle-même, tandis que sur un plan discursif le développement de l'IA et la conversion de la plupart des secteurs d'activité et de gouvernement à l'IA sont présentées comme à la fois inévitables et éthiquement mandatées.
Trois logiques temporelles structurent ce régime de réalisme algorithmique — prédiction, préemption et préformation — la dernière étant la plus décisive car elle suppose que l'avenir est déjà latent dans les données, qu'il suffit de le "déplier". Ce préformationnisme algorithmique métabolise l'indétermination en travail d'optimisation et organise la gouvernance autour de l'urgence, éclipsant le "commun" : l'espace-temps d'indétermination nécessaire à l'imagination collective et à la délibération politique.
Antoinette Rouvroy analyse comment "l'optimisation éthique" traduit les conflits de justification en choix de paramètres et gestion des risques, court-circuitant l'exigence juridique de donner des raisons. Face à cette éclipse du commun, elle proposerai une praxis jurisgénérative qui réactive l'exigence de raisons et soutient l'imagination collective.

Dictionnaire de la pensée politique de droite. Avec Antoine Dresse sur Ego Non.


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2026

C'est un entreprise proprement pédagogique qu'Antoine Dresse entreprend en proposant une cartographie méthodique des notions, des figures et des controverses qui structurent la pensée politique de droite. Chaque entrée fonctionne comme une fiche claire et synthétique, où l'on croise Joseph de Maistre, Alexis de Tocqueville ou encore Carl Schmitt.
Objectif : définir, contextualiser, puis relier les concepts à des querelles contemporaines. Mais aussi montrer les continuités et les ruptures au sein de cette vaste galaxie intellectuelle, et mettre en scène les tension internes, entre conservatisme, libéralisme, souverainisme et identitarisme.
En rendant visibles les arguments, leurs limites et, plus que tout, leurs implications pratiques, Antoine Dresse encourage à la réflexion... avant de retourner à l'action.

L'Identité humaine en dialogue. Avec Claude Romano sur France Inter.


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28.11.2022

Depuis le milieu du XXe siècle, l'identité a envahi les sciences humaines et sociales – du discours public et journalistique, elle est devenue un mot de passe de notre époque dont l'extension toujours accrue dissimule mal le vague, et parfois l'absence complète de signification.
Claude Romano développe un examen logique et philosophique de cette notion qui en exhume l'arrière-plan historique, notamment celui des égologies modernes, et propose une réorientation complète de l'enquête. L'identité, qui possède un enjeu véritable dans nos vies, n'est pas celle qui a servi de fil conducteur à la philosophie récente, celle qui fournit une réponse à la question de l'identification (qui ?) – à la manière dont nous identifient nos papiers d'identité. C'est au contraire une identité à l'égard de laquelle nous exerçons une responsabilité inaliénable, dans la mesure où nous jouissons d'une certaine autorité pour nous définir. Une identité "en dialogue" qui ne saurait être dissociée de nos interactions avec autrui et est sociale de part en part ; une identité qui n'est plus celle du moi cartésien ou lockien, mais est liée à l'être humain que nous sommes. Celle que les totalitarismes ont cherché à détruire et qui demeure l'emblème de notre fragile humanité.

Émission "L'Heure bleue", animée par Laure Adler.