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Les collapsologues se revendiquent du "catastrophisme éclairé", qui consiste à faire comme si la catastrophe était une fatalité pour que l'inéluctable ne se produise pas. Pourtant, et en contradiction avec la thèse précédente, ils soutiennent aussi que tout système complexe est destiné à s'effondrer, ce qui est conceptuellement faux selon le philosophe Jean-Pierre Dupuy.
Explications.
Émission "La Terre au carré", animée par Mathieu Vidard.
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La procréation est-elle une bénédiction ou un fardeau dans un monde marqué par la chute et l'attente eschatologique ? Les Évangiles, avec leurs paroles sévères sur les femmes enceintes en temps de crise ("Malheureuses celles qui allaiteront en ces jours-là", Mt 24), et les Pères de l'Église, tiraillés entre l'héritage juif du "Croissez et multipliez-vous" et les tentations ascétiques des hérésies encratites, ont profondément interrogé ce paradoxe.
À travers Clément d'Alexandrie, Jean Chrysostome ou Augustin, c'est toute une théologie politique du corps qui se dessine : la procréation y apparaît tour à tour comme un devoir naturel, une image de la Résurrection, ou une consolation divine face à la mort. Mais comment concilier ces visions avec l'urgence apocalyptique des premiers chrétiens, pour qui le monde semblait devoir s'achever demain ?
La réflexion de Marianne Durano, nourrie des travaux de Michel Foucault sur les Aveux de la chair, révèle une actualité brûlante. Alors que des philosophes contemporains comme David Benatar ou Antoine Bueno prônent un anti-natalisme radical (jusqu'à imaginer des "permis de procréer" contrôlés par l'État), les débats des premiers siècles résonnent étrangement avec nos crises démographiques et nos questionnements éthiques.
Entre biopouvoir, subjectivation chrétienne et résistance à l'indifférenciation, une question traverse les âges : engendrer, est-ce encore un acte de foi en l'avenir, ou le signe d'une soumission à un ordre naturel – voire politique – que certains voudraient dépasser ?


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Dans un monde où la croyance au progrès semble à la fois évidente et profondément ébranlée, il est plus que nécessaire d'analyser les contradictions qui traversent notre époque. À l'heure où les avancées technologiques s'accélèrent tandis que les crises écologiques, sociales et politiques s'aggravent, Denis Collin et Marie-Pierre Frondziak interrogent les fondements mêmes de cette idée de progrès, héritée des Lumières et devenue dogme des sociétés industrielles.
Loins des discours triomphalistes comme des dénonciations simplistes, ils invitent à repenser la modernité non comme une marche linéaire vers le mieux-être, mais comme un champ de tensions où se jouent des rapports de pouvoir, des impasses économiques et des choix éthiques souvent occultés. En croisant philosophie politique, histoire des idées et critique sociale, ils déconstruisent les mythes contemporains pour révéler les mécanismes par lesquels le progrès, brandi comme une promesse, peut aussi servir de leurre ou d'alibi à des logiques de domination.

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Le travail patient de Jérôme Baschet, son œuvre et tout simplement sa vie dans le Chiapas rebelle des zapatistes lancent depuis des années des adieux affirmés : des "adieux au capitalisme". Il évoque ici les ravages et saccages du capitalisme en proposant à son sujet une analyse sans concession. Mais il y est surtout question de perspectives tangibles pour une société débarrassée de l'accumulation dévastatrice et de questionnements stratégiques essentiels.
Face à la "tourmente qui vient", comment nous dé-capitaliser, libérer des espaces de la marchandise, bâtir un buen vivir, une vie juste et bonne délestée des impératifs capitalistes ?
Émission "C’est quoi le plan ?", animée par Ludivine Bantigny.


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L'Occident serait-il en train de perdre le sens des distinctions ? Pour le philosophe Jacques Dewitte, l'indifférenciation – cette dissolution des frontières entre les sexes, les identités, les nations ou même le vrai et le faux – n'est pas anodine : elle révèle une "attirance pour la mort", un renoncement à l'effort de penser le réel. Dans La texture des choses (Salvator), il analyse comment notre époque, après des siècles de passion des distinctions (de Aristote à Hannah Arendt), bascule dans un relativisme où tout devient construit, arbitraire, interchangeable.
Mais quels sont les risques concrets de cet effacement ? Comment en est-on arrivé à nier les fondements naturels, historiques ou même architecturaux qui structurent notre monde ?
- 00'00 : Introduction à l'indifférenciation
- 02'46 : La tentation de l'indifférenciation
- 05'57 : Les conséquences de l'indifférenciation
- 08'50 : La perte du monde et l'identité
- 11'42 : Réflexions sur Hannah Arendt
- 15'02 : L'indifférenciation et la politique contemporaine
- 17'50 : Réactions aux événements récents
- 22'47 : La perception des Juifs dans l'Occident moderne
- 25'57 : Parallèles historiques : Berlin et Gaza
- 31'02 : L'aveuglement du système sécuritaire israélien
- 34'30 : La polémique avec Alain Finkelkraut
- 39'54 : Radicalisation des opinions sur le conflit israélo-palestinien
- 42'50 : Identités et indifférenciation dans le discours contemporain


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Jules Guesde est l'une des personnalités les plus marquantes de la gauche française et l'une des plus controversées. Militant infatigable et brillant orateur, il est l'un des premiers à introduire la pensée marxiste en France et à vouloir structurer le monde ouvrier par un parti politique afin de s'opposer au capitalisme.
Malgré son intransigeance et son dogmatisme, Jean Jaurès choisit de s'allier avec lui. Le "guesdisme" fut ainsi déterminant dans la fondation du parti socialiste français et son vocabulaire de la "lutte des classes" aura marqué tout le XXe siècle.
L'occasion, avec Jean-Numa Ducange, de découvrir cet homme politique hors normes de la Troisième République, trop souvent méconnu, et qui aura pesé de tout son poids dans l'histoire du socialisme en France.


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L'Histoire a-t-elle perdu son sens ? Les grandes philosophies de l'histoire, qui cherchaient à y discerner une raison ou une finalité, semblent aujourd'hui contestées. Une approche originale propose d'aborder cette question à travers l'événement fondateur de la Révolution française, et plus particulièrement son aspect le plus déroutant : la Terreur. Plutôt que d'y voir un simple projet ou une étape téléologique, il s'agit de la considérer comme une oeuvre accomplie, dont l'énigme persiste.
Pour les penseurs du XIXe siècle – qu'ils soient contre-révolutionnaires (comme Bonald ou Maistre) ou défenseurs des idéaux révolutionnaires (comme Saint-Simon, Leroux, Michelet ou Quinet) –, la Révolution marque une rupture absolue. Inutile d'en chercher les causes lointaines dans des théories préparatoires : c'est dans ses effets, ses résonances et ses recompositions sociales qu'elle révèle sa portée philosophique. Elle redéfinit les liens entre religion, pouvoir, conscience individuelle et collective, tout en faisant émerger le Peuple comme nouveau sujet de l'Histoire.
Cette réflexion écarte toute dialectique spéculative ou matérialiste qui réduirait l'Histoire à un schéma préétabli. Elle met en lumière une scène politique et philosophique où se nouent, de manière inédite, les éléments d'un monde en mutation. La Révolution y conserve son caractère énigmatique, sans être instrumentalisée comme preuve d'une philosophie de l'Histoire préconçue.



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Si les sociétés occidentales n'ont cessé d'évoluer au fil de leur histoire millénaire, la vitesse et l'ampleur des transformations qu'elles ont vécues au sortir de la seconde guerre mondiale sont sans précédent. Déferlements techniques, basculements sociaux, bouleversements idéologiques, métamorphoses des mœurs : comment penser ces mutations anthropologiques dont le "wokisme" et son ambition de rééducation populaire semble être l'ultime radicalisation ? Cette véritable révolution culturelle menée tambour battant et ses multiples implications n'ont toujours pas été pensées à leur juste mesure, civilisationnelle.
C'est ce à quoi se consacre depuis trente ans Jean-Pierre Le Goff, héritier de Claude Lefort et de Cornelius Castoriadis, sociologue et philosophe dont les multiples mais discrètes publications sur le monde du travail, la vie de village, l'héritage des années 60 ou la disparition de la Gauche, tentent de dresser le double portrait de cette France qui disparaît et de cette France qui advient.


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Fin spécialiste des études iraniennes, Morgan Lotzdémêle les idées reçues sur les relations entre l'Iran et les Juifs. De Cyrus le Grand à la République islamique, en passant par le rôle méconnu de l'Iran pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'agit de (re)découvrir une histoire millénaire marquée par la tolérance, les échanges culturels et une coexistence souvent ignorée. Une analyse nuancée qui remet en perspective les tensions géopolitiques actuelles.
- 0'00'00 : Pourquoi parler des Juifs en Iran ?
- 0'07'18 : Les racines anciennes : Cyrus le Grand, le Talmud de Babylone et l'héritage zoroastrien
- 0'21'24 : L'Iran pendant la Seconde Guerre mondiale : le "Schindler iranien" et la protection des Juifs
- 0'38'36 : La place des Juifs sous la République islamique : droits, représentation et participation à la révolution de 1979
- 0'58'51 : Les minorités religieuses en Iran aujourd'hui : synagogues, églises et temples zoroastriens
- 1'02'42 : Mahmoud Ahmadinejad et les malentendus médiatiques : antisionisme vs antisémitisme
- 1'07'26 : Pourim, Esther et Mardochée : comment l'histoire biblique résonne en Iran
- 1'10'06 : SAVAK, Mossad et tensions israélo-iraniennes : les cicatrices de l'Histoire
Un entretien mené par Pierre-Yves Rougeyron.


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L'Amérique latine, souvent négligée par les médias occidentaux, est aujourd'hui au cœur de luttes d'influence entre puissances mondiales. Entre coups d'État, élections controversées et guerres économiques, la région incarne les tensions d'un monde en transition. Spécialiste des questions latino-américaines, Romain Migus analyse les bouleversements récents de la région : la chute de la gauche en Bolivie, la pression accrue sur le Venezuela, et la stratégie agressive de Donald Trump pour réaffirmer la domination américaine.
De la Bolivie, où le néolibéralisme revient en force, au Venezuela résistant malgré les sanctions, en passant par les alliances ambiguës du Brésil, il décrypte les stratégies à l'œuvre. Entre résistance des mouvements populaires et ingérences étrangères, l'Amérique latine reste un terrain clé pour comprendre les rapports de force du XXIe siècle.
Un entretien mené par Pierre-Yves Rougeyron.


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Sociologue spécialisé dans l'analyse des relations privées et de la famille, Gérard Neyrand est l'auteur notamment de Critique de la pensée positive : Heureux à tout prix ? (ed. Erès, 2024) et L'amour individualiste (ed. Erès, 2018).
Il montre ici que "la pensée positive" est en réalité une idéologie par et pour le néolibéralisme : loin d'être inoffensive, elle contribue à hyper-responsabiliser les individus et les éloigner des structures collectives et solidaires au profit d'un bonheur factice, qui bien souvent ne conduit qu'à la culpabilité.
Un entretien mené par Carla Costantini.


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Comment la foi s'accommode-t-elle de la vérité historique et de la raison ? Quelle interprétation faire des textes sacrés ? De l'invention de Dieu à la modernité, quelle place peut avoir la religion et la croyance dans notre société moderne?Faire entrer la bible dans l'histoire et redonner toute sa place à la révélation à l'ère de la raison : voici les deux quêtes auxquelles s'attellent Jean-Luc Marion et Thomas Römer.
Émission "L'Invité(e) des Matins", animée par Guillaume Erner.