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La critique biblique, selon Claude Tresmontant, doit être une étude scientifique de la Bible hébraïque, libérée de tout présupposé métaphysique.
S'inscrivant dans la lignée de Richard Simon, fondateur de l'exégèse moderne, Tresmontant défend l'idée que les Évangiles ont été écrits à l'origine en hébreu, dans un milieu judéen lettré, bien avant leur traduction en grec. Il observe que les traducteurs ont respecté la structure hébraïque, comme cela avait déjà été le cas pour la Septante. Cela implique l'existence d'un lexique hébreu-grec traditionnel. En étudiant la syntaxe grecque des Évangiles, il démontre que leur sens réel ne peut être saisi qu'en identifiant les mots hébreux sous-jacents.
Grâce à sa maîtrise des langues bibliques, Tresmontant rétablit une lecture fidèle des textes. Il soutient que les Évangiles ont été rédigés avant 70, date de la chute du Temple, absente des textes alors qu'elle aurait été évoquée si elle avait déjà eu lieu.
Ses travaux révisent profondément la datation et l'interprétation des Évangiles en les replaçant dans leur contexte hébraïque originel.
Émission "Les mardis de la mémoire", animée par Pierre Chaunu.


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Comment nous relions-nous à notre environnement et comment nous en détachons-nous ? Comment en sommes-nous arrivés à vivre dans des sociétés dont les rapports au milieu vivant se sont appauvris au point de menacer notre monde de devenir inhabitable ?
On a longtemps défini les humains par les liens les unissant les uns aux autres. Or ils se distinguent aussi par les relations singulières qu'ils établissent au-delà d'eux-mêmes, avec les animaux, les plantes, le cosmos. Sur tous les continents, chasseurs-cueilleurs, horticulteurs ou pasteurs nomades interagissent de mille manières avec une multitude d'autres êtres. Partout, les groupes humains s'attachent affectivement à des animaux qu'ils apprivoisent et avec lesquels ils partagent habitat, socialité et émotions. Notre ouverture à l'altérité va même plus loin. Nous établissons des relations fortes avec les esprits des montagnes et des fleuves, avec des dieux ou des ancêtres. Nous sommes étonnamment polyglottes, capables d'échanger avec un oiseau, une étoile, un esprit.
Longtemps ignorée, cette disposition apparaît fondamentale dans le rapport singulier que nous avons construit avec notre environnement au fil des millénaires.
En s'appuyant sur l'anthropologie évolutionnaire, l'archéologie, l'histoire, l'ethnographie et ses propres enquêtes de terrain menées en Sibérie et en France, Charles Stépanoff compare différents contextes anciens et actuels, proches et lointains, où les humains s'attachent d'autres espèces. Au fil d'un parcours captivant qui l'amène à repenser intégralement des phénomènes fondamentaux comme le processus de domestication, la genèse des hiérarchies ou la construction des États prémodernes, il explore cette question inédite : comment les attachements au milieu vivant transforment-ils les organisations sociales ?
Émission "Idées", animée par Pierre-Edouard Deldique.


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La crise socio-écologique du capitalisme produit de profonds effets sur la pensée contemporaine, qui semble prise d'un véritable vertige ontologique. Face aux catastrophes en cours, on voit se multiplier les travaux qui s'inquiètent de la réalité de la nature et de la manière dont s'y inscrivent les sociétés, tout se passant comme si la philosophie et les sciences sociales cherchaient à recomposer en pensée un monde que l'accumulation du capital tend à décomposer.Le travail de Frédéric Monferrand constitue une intervention marxiste dans ces controverses ontologiques. Il propose une interprétation nouvelle des Manuscrits de 1844, texte dans lequel, pour la première fois, Marx analyse la nature du capital : son essence ou sa définition et le type de rapport qu'on y entretient à la terre et à ses habitants, et y montre que l'appropriation matérielle de la nature, parce qu'elle est constitutive de toute vie sociale, représente à la fois le lieu stratégique d'une transformation radicale du monde où nous vivons et l'enjeu historique d'une libération du monde dont nous vivons.
Un entretien mené par Paul Guillibert.
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Alors que Donald Trump s'apprête à reprendre ses fonctions de président des États-Unis d'Amérique, l'américaniste et historienne Sylvie Laurent, dont le livre Capital et race. Histoire d'une hydre moderne vient de paraître, nous aide à lire les événements de ces dernières semaines, les nominations qui annoncent la couleur pour les quatre années à venir, autant que le temps long et les mythes qui structurent cette extrême-droite contemporaine, dont le succès n'est en rien dû au hasard.
À nos yeux d'Européens, la rhétorique trumpiste peut sembler seulement relever de la folie et de la réaction ; mais le travail de l'historienne, qui démontre qu'en réalité elle puise dans les inconscients les plus structurants de la société états-uniennes, nous invite à prendre au sérieux cette nouvelle frange du capitalisme arrivée au pouvoir.
Une émission menée par David Dufresne.


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Sociologue et auteur de Vers un monde sans enfants ? (Éditions Critiques, 2025), Raymond Debord alerte sur un déclin démographique mondial profond et silencieux, à rebours des discours néomalthusiens sur la surpopulation. Il examine notamment la baisse des naissances, y compris en Afrique et en Asie, critique l'idée que faire moins d'enfants aurait un impact positif sur l'évolution du climat, et explore les raisons pour lesquelles la France résiste mieux que d'autres à la baisse de la natalité. Il pointe également le tournant idéologique des années 1980 et le déni consécutif de cette problématique par la gauche et les écologistes, tout en pointant du doigt le paradoxe d'un capitalisme dépendant de la croissance humaine mais pourtant fortement corrélé au déclin démographique partout où il s'implante durablement.
Raymond Debord appelle à faire de la natalité un enjeu politique, conciliant liberté individuelle et bien commun.
- 0'00'00 : Introduction
- 0'02'23 : Le déclin démographique de la planète
- 0'11'52 : Vers un seuil irréversible ?
- 0'15'50 : Faire moins d’enfants pour sauver la planète ?
- 0'21'12 : La France, bonne élève de l’Europe ?
- 0'29'45 : Les effets du néolibéralisme sur la natalité
- 0'39'56 : Comment la classe politique a renoncé
- 0'51'35 : L’idéal libertaire de Sandrine Rousseau
- 0'54'40 : Capitalisme et démographie
- 1'04'15 : Déclin de la natalité et survie du capitalisme
- 1'10'24 : Les solutions pour relancer la natalité
Un entretien mené par Thomas Arrighi.


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La France possède une singularité enviée du monde, et sans doute vouée à disparaître : la liaison étroite qu'entretiennent depuis des siècles la politique et la littérature. En quel autre pays, un homme d'État estimerait que la légitimité issue du suffrage est rehaussée par le prestige de l'écriture ? En quel autre pays les grands écrivains jugent que leur génie leur octroie le devoir d'éclairer les destinées de la nation et de guider le peuple ? Ce croisement n'a pas été l'exception mais la norme, comme en témoignent par exemple la publication du Mémorial de Sainte-Hélène et celle des Mémoires de Charles de Gaulle dans la bibliothèque de la Pléiade.
Du XVIe au XXIe siècle, Bruno de Cessole met en lumière cette endogamie paradoxale qui n'a cessé de susciter l'étonnement des étrangers, car elle donne aux mots une résonance et à la politique une élévation, presque une transcendance, qui manque tant aujourd'hui.
La littérature apparaît tantôt comme le vecteur d'une ambition, tantôt comme le deuil éclatant d'espoirs déçus, tandis que la politique cherche dans la littérature un surcroît de légitimité conjugué à un brevet pour la postérité.
Émission du "Libre journal des débats", animée par Charles de Meyer.

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Politiste et président du Cercle Aristote, Pierre-Yves Rougeyron partage ses analyses sur les rapports de force politiques en Extrême-Orient. Il s'agit notamment d'analyser en profondeur l'état des relations internationales ainsi que les conflits et les enjeux de politique interne dans cette région dynamique et complexe pour comprendre les dynamiques et les alliances qui façonnent un paysage géopolitique en devenir.


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Docteur en économie, agrégé de sciences économiques et sociales et professeur à l'université Paris-Nanterre, Antoine Vatan a publié en 2022 La Situation de la classe laborieuse en France (Éditions Delga), dans lequel il étudie, statistiques à l'appui, les conditions générales du capitalisme, au stade impérialiste, en France, et ses conséquences sur les conditions de vie des travailleurs mais aussi les potentialités révolutionnaires objectives liées à cette situation.
Ce long entretien forme une sorte d'introduction au Capital de Karl Marx. Objectif : mieux comprendre les principaux concepts et résultats de cet ouvrage majeur, toujours d'actualité pour comprendre le monde et le transformer. En effet : les notions de "taux d’exploitation" ou de "baisse tendancielle du taux de profit", comme bien d'autres, demeurent tout à fait opérantes, à la condition d'être rigoureusement précisées, ce qu'Antoine Vatan s'emploie à faire ici avec clarté.
1. Karl Marx avait raison
- 0'00'55 : Parcours d'Antoine Vatan jusqu'à Marx
- 0'05'27 : La situation des travailleurs en France
- 0'08'12 : La baisse tendancielle du taux de profit
- 0'15'02 : Les prédictions de Marx se sont réalisées
- 0'21'32 : Le marxisme, seule théorie des crises
- 0'32'17 : Contradictions fondamentales du capital
- 0'41'17 : L'actualité du Capital de Marx
2. La méthode Karl Marx
- 0'00'32 : La démarche théorique de Marx
- 0'04'45 : Critique de l'idéologie bourgeoise
- 0'08'01 : Marx : idéologue ou scientifique ?
- 0'15'22 : Le matérialisme dialectique
- 0'21'22 : Le matérialisme historique
- 0'24'48 : Le marxisme : un économicisme ?
- 0'33'02 : Marx a-t-il une vision morale ?
3. Qu'est-ce que le Capital ?
- 0'00'31 : Le Capital = un patrimoine ? (Piketty)
- 0'07'37 : L'analyse de la marchandise
- 0'10'17 : Qu'est-ce que la valeur chez Marx ?
- 0'15'39 : La valeur : une substance ? (Lordon)
- 0'20'03 : Transformation de l'argent en capital
- 0'29'56 : Les indépendants : des prolétaires ?
- 0'35'23 : Dépasser Marx ?
4. Le procès de production capitaliste
- 0'00'20 : Travail non payé et taux d'exploitation
- 0'06'05 : Plus-value absolue et relative
- 0'12'31 : L'armée de réserve du Capital
- 0'19'21 : L'accumulation primitive
- 0'28'28 : La circulation du Capital (livre 2)
- 0'38'39 : Différence profit / profit moyen
- 0'41'54 : Baisse du taux de profit (équations)
- 0'49'57 : Intérêt et rente foncière (livre 3)
5. Keynes et les néoclassiques
- 0'00'22 : Marx VS les classiques (Smith, Ricardo, etc.)
- 0'08'46 : Marx VS le malthusianisme
- 0'14'15 : Marx VS les néo-classiques (Hayek, Friedman, etc.)
- 0'22'45 : Marx VS keynésianisme (Sismondi, Keynes, etc.)
- 0'32'52 : Le protectionnisme est-il progressiste ?
- 0'40'45 : Néolibéralisme ou capitalisme ?


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C'est en compagnie de Georges Feltin-Tracol, auteur de Thierry Maulnier, un itinéraire singulier, et de Bruno de Cessole, auteur de L'internationale des francs-tireurs, que nous sommes conviés à suivre la trajectoire de quelques irréguliers de la pensée française et de la littérature internationale.
L'occasion de se rappeler que les authentiques productions intellectuelles et expressions artistiques sont toujours transgressives, frondeuses, en marge des codes de la bonne société et se doivent de revendiquer leur insoumission à tous les conformismes.
Émission du "Libre journal des enjeux actuels", animée par Arnaud Guyot-Jeannin.

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Le sociologue Bernard Lahire propose de mettre en évidence un certain nombre de lois qui président au fonctionnement des sociétés humaines. Sa démarche scientifique à la recherche de régularités cherche à faire la synthèse de 150 ans de résultats en sciences humaines en adoptant une approche résolument interdisciplinaire.
Un tel travail implique de se tourner également vers les sciences dites naturelles, de mener des comparaisons entre les sociétés humaines, mais aussi avec celles formées par les autres espèces animales, voire végétales et même bactériennes.
En effet, contrairement à une idée reçue bien tenace, l'organisation sociale n'est pas le propre des humains. L'interdépendance, qui implique à la fois coopération et concurrence, caractérise en effet l'ensemble du vivant et il importe de resituer les humains parmi les autres espèces pour saisir les contraintes particulières qui les caractérisent.
Il énonce et explicite ainsi successivement pas moins de :
- cinq grands faits caractérisant les sociétés humaines (altricialité secondaire, séparation des sexes, grande longévité, socialité, historicité)
- dix grandes lignes de force autour desquelles gravitent leurs différentes formes (modes de production, rapports de parenté, transmission culturelle, production d'artefacts, expressivité symbolique, etc.)
- dix-sept grandes lois (tendances à la conservation-reproduction-extension, tendances à l'accroissement démographique et différenciation, prévalence de l'antérieur sur le postérieur, imitation, lutte entre groupes, etc.)
Sa thèse centrale est "qu'une grande partie de la structure et du développement des sociétés humaines ne peut se comprendre qu'à partir du mode de reproduction (au double sens de reproduction biologique et culturel) et de développement ontogénétique de l'espèce, et notamment de la situation d'altricialité secondaire propre à l'espèce humaine (lente croissance extra-utérine du bébé humain entraînant une très longue période de dépendance) prolongée par une altricialité tertiaire (voire d'altricialité permanente, renvoyant à des capacités d'apprentissage tout au long de la vie et à la dépendance permanente à l'égard des autres membres du groupe social et de sa culture accumulée), conjuguée avec une série d'autres propriétés partagées par de nombreux autres mammifères ou, au contraire, très spécifiques (vie terrestre, mobilité, bipédie et libération des mains, pouces opposables, plasticité cérébrale, partition des sexes et reproduction sexuée sans période de rut, viviparité, grossesse longue, uniparité, longévité, symétrie bilatérale, capacités langagières-symboliques et artefactuelles, cumulativité culturelle).


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Né en 1924, Claude Lefort publie La Brèche en 1968. Il se spécialise auprès du philosophe Raymond Aron sur Machiavel, sans oublier le philosophe Maurice Merleau-Ponty ou la revue "Socialisme ou barbarie" dont il est le cofondateur.
Très vite le trotskysme ne suffit guère à expliquer le stalinisme. Ni le totalitarisme, ni la démocratie. Ses essais -L'invention démocratique en 1981, Essais sur le politique en 1986, Écrire à l'épreuve du politique en 1992- mettent en évidence combien le politique en démocratie est un lieu vide d'où s'articulent droits individuels, civils, politiques et les formes actives du lien social en constante invention.
Parmi les philosophes, il est probablement celui qui a mis le mieux en évidence le caractère inachevé mais aussi constamment créatif de la démocratie. La politique est un jeu entre les rapports de force et les contingences : c'est la nasse du réel dont il faut se défaire et dont nous devons sans cesse déjouer les pièges.
Émission "Le temps qui change", animée par Pascale Werner.
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Alors que les fractures identitaires, religieuses et politiques s'approfondissent, une interrogation brutale surgit : la République serait-elle la principale fossoyeuse de la nation française ? De la trahison européenne à la laïcité dévoyée, en passant par la disparition des racines catholiques, les lignes de fracture deviennent des failles abyssales.
Derrière l'apparente neutralité du système républicain, certains voient un projet d'éradication des traditions millénaires, au profit d'un humanisme relativiste coupé de toute transcendance. L'Union européenne, loin d'apporter l'unité, parachèverait cette entreprise de dilution nationale par une technocratie froide et désincarnée.
Face à ce processus de décomposition, une question se pose : le catholicisme pourrait-il redevenir le socle de la reconstruction française ? Loin d'un simple retour au passé, il s'agirait d'une nécessité vitale pour restaurer la cohésion, la mémoire collective et l'âme d'un peuple en quête de lui-même.
Le choc des visions est inévitable : faut-il rompre avec la République, se libérer de l'Union européenne ou, d'abord, rétablir la primauté du spirituel ? À travers ce débat sans concessions, c'est l’avenir de toute une civilisation qui vacille. Un affrontement d'idées essentiel où les certitudes s'effondrent et où les vérités interdites surgissent dans l'ombre.
Un débat animé par Mike Borowski.