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Disjoindre le sexe et le genre est un geste éminemment moderne, théoriser cette dissociation l'est plus encore. Le travail qu'Eric Marty nous présente est d'une certaine manière l'histoire de ce geste. Il nous mène des grandes entreprises déconstructrices de la Modernité des années 1960-1980 jusqu'au triomphe contemporain de la théorie du genre : de Sartre, Lacan, Deleuze, Barthes, Derrida ou Foucault jusqu'à Judith Butler.
Pourtant, parce qu'il s'agit d'un objet aussi fuyant que précieux, le sexe des Modernes est aussi un révélateur. Loin d'être tout à fait commun aux deux espaces intellectuels que sont l'Europe et les États-Unis, il est peut-être témoin de leurs divisions : disputes, équivoques, héritages détournés, et guerres silencieuses ou avouées…
Il s'agit non seulement d'éclairer des doctrines récentes que la confusion des temps travaille à obscurcir, mais aussi d'explorer ce qui s'est déplacé au tournant des XXe et XXIe siècles entre le continent européen et le continent américain. Transmission ou au contraire fracture ?
Le moment est venu d'interroger le partage du sexe et du genre sous l'angle de son histoire puisque cette histoire est la nôtre, et sans doute plus que jamais.
Une rencontre qui s'est tenue à la Maison Française, avec Sandra Laugier et Denis Hollier comme discutants.


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En 1988, la publication pour la première fois en URSS du roman anti-utopiste prophétique de Zamiatine Nous autres, oeuvre politique-fiction, fut l'événement littéraire de la Perestroika. Esprit lucide et courageux, Zamiatine qui avait pris parti pour la Révolution en 1905, fut un des premiers à analyser la nature profonde du totalitarisme bolchevique et à dénoncer le despotisme nouveau jusqu'au terme de sa vie, en dépit des persécutions.
Dans les années 20, Zamiatine, mathématicien, ingénieur naval et écrivain, ami des peintres et des musiciens, est la figure centrale du champ littéraire russe. Prosateur, dramaturge, critique, journaliste (il écrivit notamment dans la revue de Gorki), il est l'auteur de nombreux récits, de nouvelles : L'inondation, Le pêcheur d'hommes, La Caverne ; de romans Le fléau de dieu, de pièces de théâtre et de scénarii.
Rattaché à la tradition de Gogol dans ses premiers récits, il devient le symbole de la culture occidentale au sein des lettres russes et le maître de toute une génération d'écrivains nés après la Révolution. Il s'oppose à la montée du conformisme révolutionnaire en art. Trotsky le désigne d'ailleurs comme un émigré de l'intérieur et, après une lettre célèbre à Staline, est contraint à l'exil.
Il mourra oublié à Paris en 1937, à l'âge de 53 ans, ignoré des intellectuels occidentaux fascinés par le modèle soviétique, qui n'ont pas su percevoir dans le cri solitaire de Zamiatine l'oracle de la dissidence.
Émission "Une vie, une oeuvre", produite par Françoise Estebe.


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Historien et ancien ministre des finances de la République Libanaise, Georges Corm nous livre son analyse de la situation de crise politique et sociale que traverse le pays du Cèdre, en tâchant de retracer les grandes lignes de son histoire politique depuis le mandat français.
Il tâche d'analyser, non seulement en tant qu'historien mais aussi en tant que citoyen libanais, les différentes influences étrangères (française, iranienne, américaine, saoudienne) qui s'exercent sur le Liban, pays à la situation si particulière dans une région traversée par d'importantes tensions, et nous fait part des perspectives d'évolution du pays et de la région.


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Historien d'avant-garde, longtemps solitaire, brusquement célèbre, Philippe Ariès (1914-1984) a pressé notre passé de quelques questions aussi nouvelles que fondamentales : quelles étaient les attitudes de nos ancêtres devant la naissance, l'enfance, la famille, la sexualité, la mort ?
Avec lui, la vieille histoire historisante, la chronique des grands, les événements politiques, les guerres entre les peuples ont pris figure d'anecdotes : le tuf de notre passé est ailleurs, en deçà de nos consciences et au-delà de nos manuels.
Personnalité peu commune en qui de nombreuses contradictions coexistaient joyeusement, Philippe Ariès se riait des étiquettes sous lesquelles on voulait consigner les individus et contenir les passions. S'il aimait une chose entre toutes, c'était la liberté de l'esprit, comme en témoignent les différents intervenants qui l'ont bien connu de son vivant.
Émission "Nuits magnétiques", animée par Roger Chartier.


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On déplore aujourd'hui la faillite de l'éducation officielle. Jean de Viguerie éclaire parents et professeurs sur les origines du désastre : ses principaux responsables sont les pédagogues. Les innombrables réformes de l'enseignement, accomplies par les pouvoirs publics depuis un demi-siècle, ne représentent que la cause immédiate. Les pédagogues contemporains bien connus, Freinet, Ferrière, Piaget, Meirieu, se réfèrent toujours à ceux des siècles passés, comme Érasme, Comenius et Jean-Jacques Rousseau.
Le système utopiste, mis au point au cours du temps, est devenu aujourd'hui doctrine d'État et réglemente l'enseignement dans une grande partie du monde. On doit en démasquer le mensonge.
L'utopie pédagogique annonce la "réussite de tous" mais, en même temps, elle proscrit les véritables moyens d'apprendre et dévalue le savoir. Elle se targue de placer l'enfant au cœur du système scolaire, mais en même temps elle lui refuse l'intelligence innée, la mémoire et l'appétit de savoir. Elle s'empare de lui, le façonne et le manipule. Toute la faillite vient de là.
Libérons l'enfant de sa tutelle oppressive en en dénonçant l'utopie !
Émission du "Libre Journal", animée par Philippe Pichot-Bravard.


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Depuis la nuit des temps, l'appréhension de la condition humaine et de la limite qui s'en déduit s'est transmise via la fonction du père dans la famille. La fin du patriarcat, l'évolution de la techno-science et ce qu'elle a rendu possible, le vœu de davantage de démocratie, la révolution des femmes..., tout cela a convergé vers la reconnaissance comme obsolète de ladite fonction.
Mais sans père, comment encore faire entendre qu'il s'agit pour chaque être humain d'intégrer ce que parler implique ? C'est ce point crucial de la structure de l'humain qui a été laissé à l'abandon par notre évolution depuis les quarante dernières années et qui a des effets délétères que nous ne pouvons pas continuer de dénier.


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Qui ignore ce qu'est l'eau ? Chacun a une connaissance intime et immédiate de cet élément frais, liquide, miroitant et irrésistiblement attiré vers le bas. Comment en sommes-nous arrivés, dès lors, à laisser cet élément premier, si présent dans notre expérience de tous les jours, si prégnant dans notre imaginaire, si riche de symbolique, être défini par la laconique formule chimique H2O ? Que perdons-nous dans cette opération ?
La science moderne s'est édifiée en répudiant les sensations, les impressions immédiates, au profit de la raison et des mesures : notre rapport au monde en a été bouleversé. Précisé à bien des égards, appauvri à d'autres. À présent qu'une chose aussi simple que l'eau devient une affaire d'analyse chimique et une ressource à gérer, on peut se demander : la science a-t-elle tenu sa promesse de dévoiler le monde dans sa vérité ? Nous en a-t-elle rapproché, ou éloigné ?
Olivier Rey s'attache à retrouver ce que, chemin faisant, nous avons perdu de l'eau. De Léonard de Vinci à Bachelard et Ponge, il remonte son cours, afin de rendre à l'eau sa dignité, et nous faire éprouver, grâce à elle, ce qui ne se laisse pas mettre en formule : la poignante volupté d'être au monde.


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Ce qu'est Bernanos, Georges Bernanos ? Un poing refermé sur un cheveu d’enfant ; un poing lourd, serré ; un cheveu blond, presque blanc, apporté par le vent des plaines. L'alliance de la grâce, donc, qui ne va pas sans la colère qui en est une forme combattante.
Mais où donc Bernanos a-t-il puisé cette inspiration ? C'est d'abord et avant tout dans ce qu'on labellise depuis un siècle comme le "renouveau catholique en littérature" qu'il faut chercher : Huysmans, Barbey d'Aurevilly, Bloy et Hello.
François Angelier, auteur d'une récente biographie de Bernanos, revient sur ces belluaires de la fureur catholique pour en faire ressortir la puissance du verbe, toute entière au service de l'Absolu.


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Être andimoderne s'assimile-t-il à être conservateur ou réactionnaire ? Si tel n'est pas le cas, qu'est-ce qui caractérise cette tradition ?
Il est d'abord essentiel de comprendre que les antimodernes sont des modernes, mais des modernes "déniaisés du moderne", des modernes "contrariés". Car, en réalité, il n'y a d'antimodernes que dans le monde moderne, époque dont la datation précise varie selon les écrivains. Certains disent que le monde moderne commence avec la révolution scientifique de Galilée (Michel Henry), d'autres avec la Réforme protestante (Joseph de Maistre), d'autres encore avec la Révolution industrielle (Günther Anders).
Retour sur le sens de l'antimodernité en compagnie des grandes figures de cette tradition hétérodoxe : Joseph de Maistre, Charles Péguy, Georges Bernanos, Simone Weil, et bien d'autres encore.
Émission "Contretemps", animée par Paul Ducay.


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Le 20e anniversaire du retrait israélien du sud-Liban nous donne l'occasion de revenir sur l'histoire de ce conflit, à savoir la longue opposition larvée et parfois ouverte entre Israël et le Hezbollah.
Dans un premier temps, le Colonel Michel Goya replace les raisons de la présence israélienne au Liban depuis 1982 et les mouvements de réaction que cette présence provoque - notamment la création du Hezbollah, son organisation et son ancrage dans la population locale. C'est notamment la montée en puissance du mouvement qui est mise en lumière, après le retrait israélien en 2000 suivi de l'entrée en guerre de 2006.
Dans un second temps, le Colonel Oliver Passot dresse le bilan opérationnel de la guerre de 2006 en s'appuyant sur les conclusions de la commission Winograd avant de détailler la nouvelle stratégie israélienne -notamment le système "Iron Dome"- face au Hezbollah en soulignant la centralité du renseignement dans le dispositif.
Émission "Le Collimateur", animée par Alexandre Jubelin.


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La gouaille de Michel Audiard a renouvelé l'art du dialogue et durablement marqué le cinéma de son empreinte. Une écriture nourrie par la biographie du Titi parisien, pris dans les soubresauts de la guerre, puis les temps difficiles de la reconstruction, jusqu'à l'entrée fracassante de sa parole au cinéma, portée par les plus grands acteurs.
Une musique du Paris oublié, riche d'une langue qui témoigne de l'histoire des classes populaires et devenue emblématique du cinéma français d'après-guerre pour une trajectoire qui se confond avec celle du cinéma populaire et de ses vedettes.
Émission "Toute une vie", produite par Anaïs Kien.


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Née à Marseille en 1955, Nathalie Heinich est sociologue et directeur de recherche au CNRS. Titulaire d'un doctorat de l'EHESS consacré à l'histoire sociale de la notion d'artiste (1981), elle s'est spécialisée dans la sociologie des professions artistiques et des pratiques culturelles tout en développant une réflexion sur les crises d'identité, l'épistémologie des sciences sociales et la sociologie des valeurs qu'elle a fait connâitre au travers de la publication d'une trentaine d'ouvrages et de nombreux articles dans des revues scientifiques ou culturelles.
Cette vie de recherche se trouve résumée dans son récent ouvrage Des valeurs. Aux fondements de nos jugements et de nos opinions dont elle nous entretient ici.
Une conférence animée par Sylviane Dupuis.