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Relire Mallarmé, au-delà des clichés qui le figent, "tel qu'en lui-même l'éternité le change", en un poète hiératique et glacé, chantre de l'hermétisme, siégeant au Panthéon de "nos plus grands héros littéraires". Relire aujourd'hui Mallarmé pour retrouver la dimension bien vivante de ce "mendieur d'azur", cet homme au rêve habitué, comme il se définissait lui-même. Dès l'adolescence, il recopiait des milliers de vers, de Hugo, de Banville et surtout de Baudelaire, et apprenait l'anglais pour pouvoir traduire Edgar Poe, son "grand maître".
À 20 ans, il composait ses premiers chefs-d'œuvre, L'Azur, Les fenêtres, Apparition, Le Pitre, Brise marine. Professeur à Tournon, voulant fuir l'Ardèche ("ici-bas sent la cuisine"), il constate dans son dénuement qu'il a voué sa vie à "l'art, dèche" (Lacan se réfère souvent à Mallarmé). À 24 ans, à force de "creuser le vers", il traverse une crise majeure, découvre le Néant. Mais, tel son Igitur "descendant les escaliers de l'esprit humain", allant "au fond des choses, en "absolu" qu'il est", il y trouve la Beauté, imagine "Le Livre", et commence à écrire son Hérodiade "dans la terreur" car, dit-il, "j'invente une langue qui doit nécessairement jaillir d'une poétique nouvelle". Il s'agit désormais de "suggérer" plutôt que de "nommer" et de trouver l'explication orphique de la terre.
Comme il s'éloignait résolument des Parnassiens, on fit de lui, le "père du symbolisme". Mais pour tous ceux qui fréquentaient les dandys de la rue de Rome ou sa maison de Valvins (près de Fontainebleau) – Villiers de L'Isle-Adam, Manet, et vers la fin, Gide ou Valéry – Mallarmé était bien plus qu'un chef d'école. Son expérience du langage poétique ouvre notre modernité.
Émission "Une vie, une oeuvre", produite par Pascale Lismonde et Brigitte Rihouay.


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Le concept de "judéo-christianisme", mis en avant par le concile Vatican II, est si souvent évoqué pour qualifier notre civilisation – en particulier dans la perspective d'un choc contre celle de l'Islam –, devenu si banal, qu'on oublie souvent de s'y arrêter. Que veut-il dire ? Quelle est sa réalité ? En a-t-il même une ?
Alors qu'avec Constantin Ier le christianisme s'imposait au monde gréco-romain, le talmudisme, qui prétend éclairer la Torah par une compilation de Lois orales d'origine rabbinique, devenait la "nouvelle acception d'un judaïsme définitivement dégagé du culte sacerdotal judéen". Judaïsme post-chrétien traitant de règles et de prescriptions, dans lequel le mot "foi" – "mot creux" selon Daniel Horowitz – est singulièrement absent. Dès lors, que peut-on dire de cette prétendue filiation qui lierait le christianisme au judaïsme ?
Pour répondre à cette question, Claude Timmerman est retourné aux temps de l'écriture des textes bibliques. Il a puisé au cœur de l'archéologie, relevant les différents anachronismes, les acrobaties logiques, historiques et linguistiques "au service du mythe politique de la terre d'Israël occupée continûment depuis plus de trois mille ans par le peuple d'Abraham à qui Yahvé l'a dévolue". Temple de Salomon, royaume d’Israël, royaume de Juda, Exode, exil à Babylone sont ainsi remis dans leur réalité historique, loin de la propagande messianique sur laquelle s'appuie la création de l'État sioniste. Rédigée en hébreu, langue propice aux interprétations multiples, la Torah s'est inspirée des mythes et traditions de cultures bien plus anciennes dans lesquelles le peuple juif baignait, et contre lesquelles, pour affirmer sa spécificité, il a conçu Yahvé, dieu personnifiant les aspirations juives : vengeur, ethnocentrique et jaloux. Ainsi, "ce sera tout le sens de la venue du Christ et de sa lutte dans l'émergence du monde des pharisiens, que d'essayer de prévenir le peuple juif de l’approche biaisée qui lui est donnée de l'idée de Dieu".


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Le décryptage qu’apporte Youssef Chiheb est indispensable afin de remettre en cause notre perception naïve et obsolète de l'islam radical idéologisé, d'optimiser notre modèle de sécurité nationale et de nous préparer à une longue guerre contre une idéologie totalitaire, basée sur la doctrine "à défaut de la conquête des territoires des mécréants, il y a de la place pour la conquête des âmes mécréantes".
Si la lutte contre le terrorisme est primordiale, il est tout aussi essentiel de livrer un combat idéologique sans concession contre les courants les plus radicaux de l'islam, financés et soutenus par des Etats officiellement amis de la France ; car, s'ils ne font pas de victimes directes, ils sont le terreau de l'intolérance, de la division et du terrorisme, et la véritable incarnation du totalitarisme islamique.
Émission du "Libre Journal de la souveraineté", animé par Michel Leblay.l


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La Révolution française, commence Jean-François Kervégan, a eu un impact considérable sur la philosophie allemande. Cette révolution s'est faite au nom de principes et au nom du droit. C'est une révolution philosophique. Les débats qui l'ont précédée sont nourris de philosophie. De l'autre côté du Rhin, une autre révolution a eu lieu, celle du kantisme. Mais c'est une révolution philosophique. Si bien que Hegel a pu dire des Allemands qu'ils avaient fait en théorie ce que les Français avaient réalisé en pratique.
La philosophie juridique et politique de Kant constitue un commentaire spéculatif de la Révolution française. Celui-ci commence par une refonte de la problématique du contrat social.
À la différence de ses prédécesseurs, Kant rejette l'hypothèse d'un état de nature ou d'un contrat social primitif. Ni l'un ni l'autre ne sont un objet d'expérience, ils ne peuvent donc être connus. Le contrat social doit être conçu comme la norme rationnelle de toute communauté politique effective. Il représente une idéalité, la condition normative de légitimité de l'autorité politique. Tout doit donc se passer comme si le pouvoir légitime était fondé sur un contrat originaire de chacun avec chacun. La société politique est normativement fondée sur le contrat social. Elle se distingue de toutes les formes d'associations qui ne présupposent pas l'idéalité normative du contrat social. La société politique est une construction normative. L'état de nature s'en distingue car il ne repose pas sur une norme. Cet état de nature n'est d'ailleurs pas exclusif de toute vie sociale.
La constitution de la société politique repose sur des principes de droit public. Ces principes sont au nombre de trois : la liberté, l'égalité et l'indépendance. Le premier de ces trois droits et le plus important. Le principe de liberté s'applique à l'homme. C'est un droit antérieur à la société politique mais qui ne prend sens qu'à l'intérieur de celle-ci. Le principe d'égalité juridique des sujets du pouvoir signifie que ceux-ci ont un pouvoir de contrainte mutuelle. Il n'y a pas d'inégalité juridiquement valable. Les privilèges doivent être abolis. Le principe d'indépendance concerne l'indépendance économique des citoyens. Elle est, selon Kant, la condition de leur indépendance politique.


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Que faire face à la montée en puissance des réseaux de téléphonie 5G qui doivent permettre la mise en place des objets hyperconnectés ? Que faire face à la surveillance des populations qui ne cesse de faire des progrès entre l'extension de la police administrative et le quadrillage du territoire par les radars, les caméras, les QR Codes, les "pass" ? Comment résister aux rêveries transhumanistes des BigTech qui vireront rapidement au cauchemar dystopique ? Comment construire un avenir sans exogenèse, sans pesticides, sans migrants, sans République laïque et obligatoire ?
Un seul front uni : le bioconservatisme intégral et radical !


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L'oeuvre de Louis Aragon est impressionnante. Son ampleur, sa variété, sa durée exceptionnelle dessinent les contours d'un monument littéraire. De plus, elle émane de l'un des derniers "grands écrivains" dont la France est si friande. Et pourtant l'oeuvre d'Aragon est encore souvent réduite à la simplification d'une légende. En effet il existe un "mythe Aragon" qui vient recouvrir les textes comme un voile et en fausser la lecture. Ce mythe, qui s'est élaboré du vivant du poète et s'est perpétué bien après sa mort, repose essentiellement sur deux facettes de l'oeuvre et de la biographie. D'une part le couple formé par Elsa Triolet et Louis Aragon, censé incarner l'amour parfait, et d'autre part la dimension politique, l'engagement de l'homme et de son oeuvre.
L'amour et la politique, Elsa et le communisme, l'élaboration légendaire a fini par former des entrelacs d'une grande complexité. Les intervenants tentent ici de démêler quelques fils de cet écheveau, pour voir ce que le recul du temps permet de révéler, ce que les documents soulèvent comme interrogations, doutes, bref vérifier s'il y a un Aragon "nouveau".
Émission "Une vie, une oeuvre", produite par Catherine Pont-Humbert et Dominique Costa.


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La France traverse une zone de fortes turbulences historiques, signe d'une crise profonde revêtant des apparences politique, économique et sociale, mais dont la cause première est religieuse.
L'étude de Youssef Hindi nous permet d'observer l'histoire de France de ces deux derniers siècles sous un angle inédit : il retrace en effet sur la longue durée, l'histoire politico-religieuse de la France pour en venir à celle de la Révolution de 1789 qui, loin des idées reçues, ne fut pas seulement animée par les idéaux de Liberté, d'Égalité et de Fraternité, mais par un virulent anticléricalisme de nature religieuse.
Car le projet révolutionnaire et républicain est mystique avant d'être politique. À ce titre, Youssef Hindi, pour nous aider à saisir le fond de la crise actuelle, prend le parti d'analyser, en historien des religions, la formation et l'évolution de la République, son combat avec la catholicisme et la question actuelle posée par l'islam.


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Les Black Panthers sont un mythe, une image : le poing levé, béret et veste en cuir sombre. La révolution et la fierté noire prennent dans les années 1970 le visage de ces militants insurgés qui réclament le droit à l'autodéfense des Afro-Américains face à l'Amérique raciste. Le port ostentatoire des armes à feu n'est qu'un aspect de leur quête de souveraineté, de respect et de reconnaissance.
Crée en 1966 en Californie, le Black Panther Party for Self-Defense est un enfant terrible du mouvement des droits civiques qui, fidèle à la philosophie non violente, a obtenu des avancées significatives sur le front de l'égalité raciale mais ces dernières sont insuffisantes face à l'ampleur des discriminations à l'égard des Noirs. La colère des damnés de la terre américaine a toujours eu un ferment insurrectionnel, une aspiration socialiste à la redistribution des richesses et une vision internationaliste. Les Panthers les portent à leur point d'incandescence et mettent l'accent sur les politiques sociales et éducatives dont l'Etat les prive. Marxistes, le BPP lutte pour l'émancipation du prolétariat mondial, en premier lieu les colonisés et les ségrégués.
Activistes radicaux caricaturés par les autorités, ils ont pendant quelques années porté la voix dune jeunesse enfermée dans les ghettos et la pauvreté, maltraitée par la police et humiliée par une société américaine qui les violente et leur refuse le droit à la révolte. Incarnation du corps politique qui affirme la dignité noire dans le rapport de force, le mouvement fondé par Bobby Seale and Huey Newton fut un mouvement de libération nourri de Mao et de Fanon qui mit la question du pouvoir au cœur de son action.
Méconnue, la réalité de leur approche intellectuelle et militante mérite d’être explorée.
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La Révolution culturelle qui s'est déroulée en Chine entre 1966 et 1976 est aujourd'hui décriée à la mesure de la chape d'ignorance qui la recouvre. Or elle est à la fois le plus grand mouvement démocratique que l'humanité ait jamais connu (et à cet égard la meilleure école quant aux capacités et aux limites de tout mouvement) et la première révolution communiste de l'histoire.
Elle a mis en pratique le programme communiste de Marx, non seulement concernant la transformation de la propriété, mais aussi la réduction des grandes différences, entre ville et campagne, paysans et ouvriers, travail manuel et intellectuel, et la transformation du travail lui-même, dans sa conception et sa pratique. Elle s'est aussi attaquée à la transformation-dépérissement de l'État, tout en prouvant et éprouvant que celle-ci dépend de l'avancée des autres points du programme communiste de Marx, autrement dit que la politique, non seulement n'est pas réductible aux questions de pouvoir et d'État, mais que les questions politiques - soit les questions du "contenu", orientation, mots d'ordre - sont prééminentes par rapport à l'État et déterminent le rapport à l'État.
Ce faisant, elle a "nettoyé" les grands concepts du marxisme, depuis la notion de classe, qui fut l'enjeu de sévères discussions, de lutte de classes - pensée avant tout comme discussion au sein du peuple entre la voie capitaliste et la voie communiste, en termes d'enjeux et de mots d'ordre pratiques, ceci déterminant les questions d'affrontement et d'antagonisme, et non l'inverse -, et enfin le principal d'entre eux, celui que Marx considérait comme son apport propre, celui de dictature du prolétariat. La Révolution culturelle a désétatisé la notion de dictature du prolétariat. Elle a mis fin une fois pour toutes (même si la marque de sa "provisoire" défaite se lit dans le retour au parti-État) à la notion d' "État de dictature du prolétariat". Ce faisant elle a ouvert à la possibilité de sa mise en pratique, comme prise de pouvoir du peuple sur lui-même, quelle que soit son échelle, son lieu et sa durée, elle a donc ouvert à la possibilité de la politique communiste, aujourd'hui et à l'échelle du monde entier.
Il y a deux voies, et pas une seule. Aux militants communistes, qui ne peuvent désormais tirer leur autorité que de leur propre décision et leur propre travail, de poursuivre et traiter ce faisant les questions en suspens.


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Savoissien de naissance (sujet de la monarchie sarde), français de langue et de culture, russe de passeport, Joseph de Maistre est l'un des derniers grands européens. Soucieux de la plus vaste intelligibilité du monde et de l'histoire, il s'attache à déchiffrer les événements qu'il traverse comme autant d'énigmes providentielles. La Révolution française, qui envahit la Savoie, puis le Piémont, a fait de lui un exilé, puis un ambassadeur de son roi auprès du tsar dont il deviendra le conseiller officieux. À travers ses livres (Les Considérations sur la France, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, Du Pape) il propose une vision métahistorique des soubresauts de son temps, qui est encore le nôtre.
Catholique romain épris de liturgie byzantine, parfait connaisseur de la philosophie grecque et des antiquités hébraïques comme des auteurs des Lumières qui l'ont formé, ouvrier du renouveau spéculatif de la franc-maçonnerie et, par dessus tout, grand écrivain, salué comme tel par ses pairs, de Balzac à Baudelaire, et de Bloy à Valéry, Joseph de Maistre déjoue toutes les caricatures auxquelles on a prétendu le réduire.
Il est temps, alors qu'un patient travail de critique scientifique dégage son œuvre des préjugés qui l'entourent encore, de ne plus se priver de ce classique méconnu.
Émission "Une vie, une oeuvre", produite par Philippe Barthelet et Jean-Claude Loiseau.


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Une émission destinée à évoquer la mémoire de celui qui est aujourd'hui considéré comme ayant fait le pont entre le nationalisme français de l'entre-deux-guerres et celui de l'après-Seconde Guerre mondiale, fondateur du mouvement Jeune Nation et de l'Oeuvre française, dont l'idéal aura été une certaine forme de néofascisme et de catholicisme social : Pierre Sidos.
Une vie de combat, d'honneur et de fidélité.
Émission "La Méridienne", animée par Krampon et Wilsdorf.