La philosophie devenue folle. Avec Jean-François Braunstein sur RFI.


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28.10.2018

Trois débats nous obsèdent : le genre, les droits de l'animal et l'euthanasie. Et trois disciplines politiquement correctes traitent désormais de ces questions dans le monde universitaire : gender studies, animal studies, bioéthique. 
Cependant, lorsqu'on lit les textes des fondateurs de ces disciplines, John Money, Judith Butler, Peter Singer, Donna Haraway et quelques autres, on s'aperçoit que, derrière les bons sentiments affichés, se font jour des conséquences absurdes sinon abjectes. 
Si le genre n'est pas lié au sexe, pourquoi ne pas en changer tous les matins ? Si le corps est à la disposition de notre conscience, pourquoi ne pas le modifier à l'infini ? S'il n'y a pas de différence entre animaux et humains, pourquoi ne pas faire des expériences scientifiques sur les comateux plutôt que sur les animaux ? Pourquoi ne pas avoir de relations sexuelles avec son chien ? S'il est des vies dignes d'être vécues et d'autres qui ne le sont pas, pourquoi ne pas liquider les "infirmes", y compris les enfants "défectueux" ? Pourquoi ne pas nationaliser les organes des quasi-morts au profit d'humains plus prometteurs ?
Jean-François Braunstein a mené un travail considérable et novateur : il a lu les milliers de pages de ces penseurs célébrés dans le monde occidental et revient sur leurs idées, leurs contradictions, leur parcours personnel pour analyser, souligner, contredire et déconstruire. L'erreur consiste à vouloir "effacer les limites" : entre les sexes, entre les animaux et les humains, entre les vivants et les morts. Il convient, au contraire, d'affronter ces limites qui nous constituent.
Oui, parfois la philosophie devient folle, quand elle oublie l'homme.

Émission "Idées", animée par Pierre-Edouard Deldique.

Herbert Marcuse (1898-1979), une philosophie de l'espoir pour les sans espoir. Avec Gilles Châtelet, Gérard Raulet, Elisabeth Roudinesco et Katharina von Bülow sur France Culture.


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07.05.1998

Lorsqu'en mai 68, la presse associa à la révolte qui enflammait la jeunesse, le nom d'Herbert Marcuse, celui-ci était pour la plupart un inconnu. Même si la réplique de Daniel Cohn-Bendit, "Marcuse qui est-ce ?", n'était qu'une provocation, elle signe l'étrangeté de cette rencontre avec un universitaire septuagénaire, devenu à son corps défendant "philosophe de la contestation", et des contestataires qui ne l'avaient jamais lu.
Ses deux uniques livres traduits en français, Marxisme soviétique et Eros et Civilisation n'étaient objet d'intérêt que dans des cercles très restreints, sans aucune commune proportion avec l'audience de ses textes ultérieurs, dont L'homme unidimensionnel (publié après 68) où l'on allait bientôt chercher avec avidité l'explication de cette violence soudaine !
Alors que les différents groupes révolutionnaires se réclament de Trotski, Lénine, Mao ou Guevara, Marcuse développe une critique radicale de toutes les formes d'oppression quotidienne, en affirmant la nécessité d'abandonner le socialisme scientifique pour un socialisme utopique, d'unir l'art, l'imaginaire, nos désirs et nos rêves, et de croire dans les pouvoirs subversifs des marginaux, des sans-droits, des chomeurs ou des étudiants, ou de tous ceux qui refusent de pactiser avec un monde qui confond bien-être et oppression, liberté et barbarie.
Obsédé par la question de savoir quelle force pousse des individus ou les groupes à s'aliéner dans un système politique dictatorial ou technocratique, quel principe historique de mort les empêche d'assumer leur liberté, il développe une éthique du refus où l'endurance de l'espoir scrute l'horizon afin d'y détecter ce qui vient d'ailleurs. Il achève L'homme unidimentionnel par ce qui sera le leit-motiv de son œuvre, la phrase de Benjamin : "C'est par ceux qui sont sans espoir que l'espoir nous est donné".
L'itinéraire philosophique de Marcuse est l'un des plus surprenants de toute la pensée philosophique contemporaine. Né le 19 juillet 1889 à Berlin au sein d'une vieille famille juive attachée aux traditions allemandes, il adhère au SPF en 1917 pour le quitter en 1919, après l'assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht par le ministre social-démocrate Noske. L'avènement du national-socialisme le contraindra à l'exil, par la Suisse, Paris, puis les Etats-Unis. Il meurt en Allemange le 29 juillet 1979, alors qu'il s'apprêtait à se rendre en Italie pour enquêter sur Negri et les Brigades rouges : "Toute cette violence, toute cette cruauté, il faut l'analyser, l'expliquer, la désamorcer et la transcender".
Il semblerait que désormais Marcuse ne soit plus écrasé par son mythe mais enterré sous son image. Que reste-t-il de sa singulière lecture de Freud ou de Marx, de sa critique de la société de consommation, de sa conception subvertive de l'art qui ouvre à à l'histoire un autre horizon, de ce quelque chose comme un cri ?
"Reste que le cri est toujours présent dans l'œuvre d'Art, mais présent par absence. On pourrait ajouter que l'art peut être déchiré par des silences, par ce qu'il ne dit pas".

Émission "Une vie, une œuvre", produite par Catherine Paoletti et Isabelle Yhuel.

Penser le politique. Avec Pierre Manent sur KTOTV.


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12.09.2019

Après une jeunesse toulousaine marquée par le communisme familial, le philosophe du politique Pierre Manent va monter à Paris pour faire l'École Normale supérieure. Suivront quelques rencontres décisives pour la formation de sa pensée, notamment avec Raymond Aron et Léo Strauss.
Nous découvrons ici un itinéraire intellectuel d'une grande richesse, avec des réflexions fondamentales sur la genèse de la modernité, l'évolution des formes politiques (cité, empire, nation) et les défis d'aujourd'hui : quelle place pour les nations ? comment intégrer l'islam ? quelle laïcité voulons-nous ?
Pierre Manent, intellectuel majeur de notre temps, répond à ces questions en pédagogue et en croyant, au fil d'une conversation passionnante qui rend sa pensée accessible à tous.

"7 conversations philosophiques" animées par François Huguenin.

Discriminations et ambiguïtés de l'humanisme officiel. Avec Xavier Martin sur Radio Courtoisie.


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01.06.2014

Les philosophes des Lumières sont-ils à l'origine de la notion de sous-homme ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est pourtant ce que démontre Xavier Martin dans ses travaux.
Car les philosophes,. dans leurs écrits, ne considèrent l'homme que comme une machine de chair et affichent un souverain mépris des ethnies exotiques, des hommes imparfaits, sous-humanisent l'espèce féminine et le peuple en général.
Le siècle des Lumières est bien aussi le siècle de la construction intellectuelle du sous-homme.

Émission du "Libre Journal de Lumière de l'espérance", animée par Philippe Pichot-Bravard.

Vous avez dit : saint-simonisme ? Avec Pierre Musso sur France Inter.


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26.03.2018

En 1825, un homme meurt à Paris. Il avait été comte de Saint-Simon et avait congédié ses titres ; la richesse l'avait quitté, seuls quelques amis l'avaient accompagné dans ses dernières années. Mais il laissait une œuvre scientifique et politique d'une dimension inouïe, semée d'intuitions de génie.
Peu après, en tirant parti du microclimat de liberté né de la révolution de 1830, ses disciples, les saint-simoniens, vont labourer le chaos de ses livres, créer une école de pensée et même une église et faire se lever d'imprévisibles moissons.
Si à nos yeux, il y a une idée-force qui émerge de leur groupe, passablement disparate, c'est la conviction que le monde nouveau sera traversé par la circulation. Les solides compteront moins que les fluides. Le monde sera maillé de réseaux, matériels et immatériels. Michel Chevalier, penseur de premier plan de l'école saint-simonienne, a ainsi conçu dès 1832 un "Système de la Méditerranée" : "Mare nostrum", bordée de golfes féconds est appelée au laboratoire de l'association Orient-Occident. Dès 1834, le Père Enfantin, qui, dans l'église saint-simonienne, fait figure de messie, s'installe pour sa part en Egypte : le projet de canal de Suez lui doit beaucoup.
En matière politique, les saint-simoniens ne croient plus aux pyramides hiérarchiques anciennes. La politique aura dorénavant pour fonction de rendre possibles tous les genres de production car c'est autour de la production que la société se restructurera.
On voit combien ce langage de la circulation et de la production est actuel. Le saint-simonisme, souvent rangé au magasin des bizarreries utopiques attendait à bas bruit le moment "disruptif" où nous sommes pour être enfin réinterprété.
On a entendu récemment Gérard Collomb dire qu'à Lyon, il n'a pas été socialiste mais saint-simonien et Emmanuel Macron candidat à l'Elysée reconnaître une filiation. Mais quand Saint-Simon voulait faire basculer le pouvoir vers la classe industrielle, il plaçait au cœur de celle-ci les travailleurs qui, faisant tout, n'avaient pourtant rien et en venaient à penser que leur travail était inutile. Le saint-simonisme était bien davantage qu'un technocratisme à destination des entrepreneurs...

Émission "La Marche de l'histoire", animée par Jean Lebrun.

Homo Juridicus est-il soluble dans les données ? Avec Antoinette Rouvroy à l'Université Laval.


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26.09.2018

Comment le droit occidental, résultat d'une longue et lente sédimentation langagière dans une civilisation du signe et du texte peut-il s'accommoder d'une révolution numérique en passe de nous faire basculer dans une civilisation du signal numérique asémantique mais calculable, une civilisation de l'algorithme ? Comment la fonction anthropologique du droit - si "faire de chacun de nous un homo juridicus est la manière occidentale de lier ensemble les dimensions biologique et symbolique constitutives de l'être humain" (Alain Supiot) - peut-elle coexister avec une perspective cybernétique selon laquelle la dimension biologique comme la dimension symbolique de l'existence humaine ne seraient plus appréhendées que comme de purs flux de données quantifiables ?
Le droit et les algorithmes de l'univers numérique présupposent, génèrent et promeuvent des rapports au monde, des régimes de vérité ou d'opérationalité, des formes de légitimité ou d'a-référentialité qui s'opposent trait pour trait.
Il n'est pas inutile d'y insister à l'heure où l'acclimatation des individus aux appareils numériques connectés se transforme en phénomène d'addiction de masse permettant la récolte ubiquitaire et continue des moindres phéromones numériques proliférant de leurs comportements d'une part, et où, d’autre part, la rationalité algorithmique - ou l’abandon des ambitions de la raison moderne (causale, interprétative), au profit du calcul et de l'optimisation (corrélations, induction) – qui semble sur le point de coloniser l'ensemble des secteurs d'activité et de gouvernement, y compris les secteurs de la police (police prédictive) et de la justice (justice prédictive).

L'emprise du numérique. Avec Mark Hunyadi pour l'Université de Sudbury.


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2018

Cet entretien avec le professeur Mark Hunyadi vise à appréhender la condition de l'homme numérique, condition qui dépasse la relation instrumentale avec le monde pour en modifier la subjectivité même de l'homme : elle n'impacte pas seulement ce que nous faisons, mais ce que nous sommes, notamment en nous soumettant au principe libidinal qui tend à faire de tout dispositif numérique une extension de soi.
Du coup, l'individu est plus arrimé à son médium technologique qu'au monde lui-même. La vie de l'esprit s'en trouve modifiée : le jugement est remplacé par le calcul, la relation de confiance par le raisonnement assuranciel.
Sur le plan social, c'est le déficit démocratique qui s'en suit et la disparition de l'empathie, comme en témoigne le traitement récent des flux de réfugiés en Europe.

Émission "Ethics Center Podcast", animée par François Côté-Vaillancourt.

Réponse de Michel Clouscard à Claude Morilhat, par Dominique Pagani.


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08.2019

En 1987, le philosophe Claude Morilhat publie, dans la revue Société française, éditée à l'époque par l'Institut de recherches marxistes, un long article consacré à l'œuvre de Michel Clouscard ; en particulier à 3 de ses plus récentes et consécutives parutions – Le capitalisme de la séduction, La bête sauvage, De lamodernité : Rousseau ou Sartre – celles qui, au dire même de leur auteur, constituent son propre "triptyque".
La recension de Claude Morilhat alterne éloges et critiques, conformément à l'usage, avec une honnêteté intellectuelle saluée par Clouscard, qui n'hésite pas à le remercier, pour "le très bon esprit de sa critique constructive".
On ne peut mesurer l'éclair que fut cette timide éclaircie de reconnaissance, – au sein du "caveau d'insondable tristesse" où se démenait Michel Clouscard, à la plume ou "à la hache" –, si on n'a pas eu quelque occasion de lire les rares passages où cette solitude se révèle, du fait même des immenses efforts d'éclaircissements qu'il déployait pour en sortir !
Non pas qu'il fut "seul", au sens social, voire intellectuel, du terme : outre les nombreuses et fidèles relations que lui octroyait sa généreuse et intense sociabilité, et nonobstant la reconnaissance académique accordée parfois par des étoiles à grande magnitude, Vladimir Jankélévitch ou Jean-Paul Sartre entre autres… Il savait pouvoir disposer surtout, d'un entourage amical à toute épreuve. Mais cette intense complicité de proximité elle-même, ne suffisait pas à l'arracher à la solitude politique, où l'assignait l'absence de l'unique reconnaissance qu'il n’avait jamais cessé d'appeler, en chaque mot, chaque ligne, à chaque aller-retour de la charrue dans les sillons du cahier : celle qui serait venue de chez lui.
Non, pas de Gaillac, ou de Toulouse (il savait depuis toujours que "Nul n’est prophète en son pays") mais, sinon de chez lui, du moins, de Chez soi, du Parti, celui de la résistance, de la Libération, du CNR, des camarades, soit, enfin, de "l'intellettuale organico". Autant dire que privé de ce retour, cette solitude politique, pour un veilleur d'une pareille trempe, lui devenait ontologique.
C'est ainsi que parut, dans la même revue, en retour à l'article de Claude Morilhat, la Réponse de Michel Clouscard, dont Dominique Pagani n'hésite pas à garantir qu'elle constitue, à format égal – tout juste quelques pages – le manifeste à la fois le plus dense et le plus exhaustif de l'ensemble de son propos, et qu'il n'y a pas de meilleure introduction au reste de son œuvre, laquelle y acquiert même sa vérité d'y apparaître comme une immense contribution/prolongation, au/du matérialisme historique.
"Je n’ai jamais prétendu, moi, re-lire Le Capital de telle manière qu'il soit ré-écrit en termes de philosophie. [Althusser] Tout au contraire, ma phénoménologie de la praxis ne le remet jamais en question. Je le considère comme acquis. Je ne donne dans aucun révisionnisme théorique."
L'exceptionnelle réussite synthétique de cette Réponse... sa densité et sa grande clarté, sont autant d'attributs qui en font le support idéal d'une reprise commentée, qui fait la matière de ce que nous propose ici Dominique Pagani.