Jarry, le Père d'Ubu. Avec Pascal Ory sur France Culture.


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24.10.2020

"Ubuesque" : voilà bien un adjectif qui s'est imposé tranquillement - où plutôt de façon tonitruante - dans notre parler quotidien. Le précieux dictionnaire du CRTNL, le Centre national de ressources textuelles et lexicales, donne cette définition : "ubuesque : qui évoque le grotesque du père Ubu par un despotisme, une cruauté, un cynisme, une forfanterie d'un caractère outrancier ou par des petitesses dérisoires".
On trouve peu de personnages de la littérature qui aient mérité sa postérité de la sorte en imposant un vocable qualificatif. Plus d'un siècle après la première représentation, retentissante d'Ubu Roi, la pièce majeure d’Alfred Jarry, le 9 décembre de l'an de grâce 1896, au théâtre de l'Œuvre, à Paris, son personnage impose encore, de la sorte, une présence dont une multitude de pièces à succès de l'époque sont absolument dépourvues : celles-ci ont été englouties dans le gouffre impitoyable de l'oubli d'où personne ne songe à les repêcher.
Donc, on est intrigué. Donc on est porté à s'interroger sur les ressorts de cette permanence enviable et en somme de cette durable actualité du roi Ubu. Ces ressorts, faut-il les chercher du côté d'une extravagance qui surmonte toutes les fantaisies de son temps ? D'une profondeur humaine qui fait fi des conventions superficielles du provisoire ? D'une philosophie désinvolte de l'absurde qui frôle une éternité ?

Émission "Concordance des temps", animée par Jean-Noël Jeanneney.

Jean Genet (1910-1986). Avec Eric Marty, Jacques Nerson, Lydie Dattas, Alexandre Romanes, Albert Dichy, Antoine Bourseiller et Gilles Leroy sur France Culture.


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28.11.2010

Le centenaire de la naissance de Jean Genet, en 2010, a été pour beaucoup l'occasion de célébrer un homme très engagé politiquement, que ce soit aux côtés des Palestiniens dans leur combat pour la terre ou dans les rangs des Black Panthers luttant pour leurs droits civiques. Toujours, donc, apparaît l'image d'un saint, vivant au milieu des opprimés, des humiliés, en empathie quasi mystique avec eux.
Cette vision de Genet, loin d'être fausse, ne constitue qu'une facette parmi d'autres d'un homme qui ne nous a pas laissé le mode d'emploi pour le comprendre.
Genet dissimulait beaucoup. Il refusait d'être récupéré. Ses engagements semblent parfois plus esthétiques que politiques. La beauté d'un mouvement, d'un visage, d'une action dérisoire ou d'un combat perdu d'avance comptent  peut-être autant pour lui que la signification politique et sociale de ce mouvement, de cette action, de ce combat.
Pour ce désespéré, abandonné par sa mère, jeté en prison pour de quasi-broutilles, seules peuvent encore exister les quelques parcelles de beauté qu'il décèle dans le monde et adore pieusement, émerveillements furtifs et souvent douloureux qui lui permettent de survivre.
C'est donc de la force du beau chez Genet qu'est évoqué ici en priorité, y compris quand cette passion pour l'esthétique embrasse son frère démoniaque : la fascination pour l'abject et, parfois, l'indéfendable.

Émission "Une vie, une oeuvre", produite par Matthieu Garrigou-Lagrange.

Simone Weil, Cristina Campo et Maria Zambrano : figures féminines de l'absolu. Avec Elisabeth Bart sur Radio Courtoisie.


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16.12.2019

Elles ont brillé, dans les ténèbres du XXe siècle - cette longue nuit de guerres, de totalitarismes, de barbarie où nous errons encore -, de leur désir de vérité et de cette volonté qui consiste à aimer inconditionnellement. Trois femmes, trois voix qui s'entrelacent sans le savoir en une seule flamme dans la nuit où le Verbe se fait silence, dans trois langues vivantes et soeurs, le français, l'italien, l'espagnol. Si différentes dans leur absolue singularité, elles se ressemblent, toutes trois de la lignée d'Antigone, éminente figure du sacrifice, de l'offrande sans concession, de l'amour sans conditions, du "moi" consumé pour accéder à l'être, sans lesquels il n'est pas de révolte authentique.
Dans le temps de vie qui leur fut imparti, brève et fulgurante trajectoire de Simone Weil (1909-1943), morte à trente-quatre ans, longue vie de Maria Zambrano (1904-1991) du début à la fin du siècle, parcours orienté dès la naissance par la maladie pour Cristina Campo (1923-1977) qui ne connut pas la vieillesse, elles ont eu cette capacité si rare de transformer leur vie en destin. Chacune de ces femmes laisse entendre une voix singulière, libérée de la pesanteur, d'une extraordinaire pureté, voix monacale, dépouillée comme le chant grégorien de Simone Weil, voix transparente aux mythes et aux rites de Cristina Campo, voix où bruissent les fleuves de l'exil, charriant les douleurs et les pleurs secrets de Maria Zambrano.

Émission "Le monde de la philosophie", animée par Rémi Soulié.

Bram Stoker (1847-1912) : dans l'ombre de Dracula. Avec Dacre Stoker Noel Dobbs, Jean Marigny, Alain Pozzuoli et Philippe Chassaigne sur France Culture.


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29.12.2009

Si tout le monde sait que Dracula est un roman, moins nombreux sont ceux qui connaissent le nom de son auteur : Bram Stoker (1847-1912) fait, en effet, partie de ces écrivains que le succès de leur œuvre a éclipsé.
Un anonymat peu mérité puisque l'écrivain irlandais est à l'origine de l'un des plus grands mythes de l'histoire de la littérature et du cinéma : Dracula, son personnage, étant devenu l'archétype même du vampire. Qui était vraiment Bram Stoker ? Certains le considèrent comme l'auteur d'un unique chef d'œuvre, d'autres comme un prude bourgeois victorien, farouche partisan de la censure...
Pas si sûr ! Dans son roman Dracula, on perçoit un tout autre visage : la figure monstrueuse du vampire, l'érotisme des personnages laissent transparaître une âme bien plus trouble. Derrière le costume du conservateur conformiste se cache de toute évidence un autre être, un Bram Stoker que cette émission nous invite à découvrir.

Émission "Toute une vie", produite par Céline du Chéné.

Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), lettres de Providence. Avec sur France Culture.


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20.05.2007

Salué par Stephen King comme le plus grand artisan du récit classique d'horreur du XXe siècle, Howard Phillips Lovecraft est un enfant surdoué, attiré très tôt par la poésie et la lecture des grands classiques, tout en étant passionné des mathématiques.
Né dans la ville de Providence aux États-Unis en 1890, il commence à publier dès ses 14 ans, en 1914, influencé par Edgar Allan Poe. Il écrira la majeure partie de son œuvre lors des dix dernières années de sa vie, entre 1927 et 1937, une œuvre communément découpée en trois phases: Les histoires macabres (1905-1920) - Le cycle onirique (1920-1927) et le Mythe de Cthulhu (1927-1935).

Émission "Une vie, une oeuvre", produite par Lydia Ben Ytzhak.

D'un siècle l'autre. Avec Régis Debray pour ABC Penser.


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30.11.2020

Né en 1940 à Paris dans un milieu bourgeois, Régis Debray rechigne à parler de lui à l'oral. Il n'a rien à dire sur son enfance et sa vie, annonce-t-il, a commencé à l'âge de 16 ans. Au cours de ces mémoires improvisées, il s'attarde sur sa jeunesse révolutionnaire en Bolivie, où il fut fait prisonnier, et revient sur son rôle de conseiller diplomatique de François Mitterrand. Il évoque ses enthousiasmes, et ce qu'il appelle ses bévues avant de revenir longuement sur les concepts de civilisation, de nation et de sacré, tous trois au coeur de sa pensée politique.

Un entretien conduit par Philippe Petit.

André Suarès. Avec Stéphane Barsacq sur Radio Courtoisie.


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10.12.2019

André Suarès compte parmi les écrivains les plus importants de la première moitié du XXe siècle et pourtant son nom reste encore trop méconnu, alors que ceux de Proust, Gide, Claudel ou Valéry sont passés à la postérité. Stéphane Barsacq s'est attaché, dans un ouvrage récent, à mettre en valeur des textes inédits en volume ou très difficilement accessibles qui permettent de mesurer à quel point le talent de Suarès est grand.
Doué d'une immense culture et d'un regard pénétrant, Suarès peut s'exprimer sur tous les fronts : littérature ; peinture ; musique et danse ; mystique. On retrouvera ainsi des études d'une qualité exceptionnelle sur des auteurs aussi importants que Shakespeare, Goethe, Dostoïevski, Tolstoï, Verlaine, Stevenson, Péguy, Zweig. Les autres arts ne sont pas en reste avec des chapitres consacrés à Léonard de Vinci, Gustave ou Van Gogh, Wagner, le ballet ou Charlie Chaplin. Enfin une dernière partie est consacrée à des auteurs de spiritualité : saint Paul, saint Augustin, Spinoza...
Le recueil Miroir du temps offre un panorama complet de sa pensée et permet de découvrir toute l'ampleur des thèmes chers à Suarès sous une forme inédite, constituant ainsi l'une des meilleure entrées en matière possibles à cette œuvre majeure.

Émission du "Libre journal de la réaction", animée par Philippe Mesnard.

Alphonse de Châteaubriant, national-socialiste et chrétien. Avec Thierry Bouclier sur Radio Libertés.


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20.06.2019

Né le 25 mars 1877, près de Rennes, Alphonse de Châteaubriant apparaît comme l'auteur de tous les paradoxes. Dreyfusard dans sa jeunesse, il défend la politique de collaboration avec l'Allemagne à partir de 1940. Chrétien profondément mystique ayant une conception vitale de la contemplation, il voit dans le national-socialisme païen une re­naissance de la chrétienté médiévale.
Auteur porté au pinacle à la suite de ses romans Monsieur des Lourdines (prix Goncourt 1911) et La Brière (grand prix du roman de l'Académie française 1923), il sacrifie sa renommée avec La Gerbe des forces (1937), livre sulfureux favorable à l'Allemagne nouvelle, vue comme un retour à l'esprit de chevalerie. Alors rejeté par la plupart de ses pairs, le communiste Romain Rolland lui conserve toute l'amitié qu'il lui porte depuis 1906. Directeur du journal La Gerbe et président du Groupe Collaboration pendant l'Occupation, ­réfugié en Allemagne en 1944, frappé d indignité nationale et condamné à mort en 1948, il vit caché dans les montagnes du Tyrol jusqu'à sa mort, le 2 mai 1951, à Kitzbühel (Autriche).
Alphonse de Châteaubriant demeure un homme aux multiples facettes : un merveilleux conteur des paysages du Poitou et de la Bretagne ; un croyant en quête perpétuelle de Dieu ; un gentilhomme égaré dans les méandres de la politique. Un très grand écrivain trop souvent oublié qu'il vaut la peine de redécouvrir.

Émission "Synthèse", animée par Roland Hélie.