Vous avez dit : saint-simonisme ? Avec Pierre Musso sur France Inter.


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26.03.2018

En 1825, un homme meurt à Paris. Il avait été comte de Saint-Simon et avait congédié ses titres ; la richesse l'avait quitté, seuls quelques amis l'avaient accompagné dans ses dernières années. Mais il laissait une œuvre scientifique et politique d'une dimension inouïe, semée d'intuitions de génie.
Peu après, en tirant parti du microclimat de liberté né de la révolution de 1830, ses disciples, les saint-simoniens, vont labourer le chaos de ses livres, créer une école de pensée et même une église et faire se lever d'imprévisibles moissons.
Si à nos yeux, il y a une idée-force qui émerge de leur groupe, passablement disparate, c'est la conviction que le monde nouveau sera traversé par la circulation. Les solides compteront moins que les fluides. Le monde sera maillé de réseaux, matériels et immatériels. Michel Chevalier, penseur de premier plan de l'école saint-simonienne, a ainsi conçu dès 1832 un "Système de la Méditerranée" : "Mare nostrum", bordée de golfes féconds est appelée au laboratoire de l'association Orient-Occident. Dès 1834, le Père Enfantin, qui, dans l'église saint-simonienne, fait figure de messie, s'installe pour sa part en Egypte : le projet de canal de Suez lui doit beaucoup.
En matière politique, les saint-simoniens ne croient plus aux pyramides hiérarchiques anciennes. La politique aura dorénavant pour fonction de rendre possibles tous les genres de production car c'est autour de la production que la société se restructurera.
On voit combien ce langage de la circulation et de la production est actuel. Le saint-simonisme, souvent rangé au magasin des bizarreries utopiques attendait à bas bruit le moment "disruptif" où nous sommes pour être enfin réinterprété.
On a entendu récemment Gérard Collomb dire qu'à Lyon, il n'a pas été socialiste mais saint-simonien et Emmanuel Macron candidat à l'Elysée reconnaître une filiation. Mais quand Saint-Simon voulait faire basculer le pouvoir vers la classe industrielle, il plaçait au cœur de celle-ci les travailleurs qui, faisant tout, n'avaient pourtant rien et en venaient à penser que leur travail était inutile. Le saint-simonisme était bien davantage qu'un technocratisme à destination des entrepreneurs...

Émission "La Marche de l'histoire", animée par Jean Lebrun.

Les textes illustrés du Moyen-Âge. Avec Michel Pastoureau sur France Inter.


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08.2018

Notre conseiller historique, pour cette série d'émission, est Michel Pastoureau. Conseiller historique ? Mieux encore ! Sur le sujet des maîtres-livres du Moyen Age, un maître-es-arts. Un guide sur les routes où les jongleurs nous attendent pour réciter leurs strophes. Un poisson-pilote qui nous fera distinguer les sources des grands textes du lit des fleuves où ils se glissent. Un jongleur qui attirera les voyageurs par ses récits.
Il y aura des batailles si merveilleuses et si puissantes que rien de si fort ne fut avant ni depuis. Mais Michel Pastoureau contera aussi les ruses de Renart qui n'ont pas besoin d'autres armes que celles de l'intelligence. Il y aura des bêtes rêvées et d'autres réelles et encore des animaux au statut indéterminé comme la licorne, à moins que ce ne soit l’unicorne. Il y aura, dans les chansons de geste, des héros tout d'une pièce comme Roland et d'autres, dans les légendes arthuriennes, qui seront plus subtils. Dieu sera avec eux ou aussi bien les laissera crier en vain dans le désert.

Émission "La Marche de l'histoire", animée par Jean Lebrun.

Loge P2 : francs-maçons, mafia et CIA. Avec Francesco Giorgini sur France Inter.


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11.03.2019

Dans les années 1970 en Italie, un homme, Licio Gelli, a pris la tête d'une loge maçonnique regroupant les personnes les plus influentes du pays. En quelques années, cet homme a quasiment réussi à créer un Etat dans l'Etat. Cette loge P2, pour "Propaganda Due", dépendait du Grand Orient d'Italie, la plus ancienne obédience maçonnique du pays. En 1976, le Grand Orient suspend cette loge P2 qui enfreint les règles de la franc-maçonnerie.
Devenue secrète et donc illégale, la loge P2 a laissé planer son ombre dans de nombreuses affaires qui ont secoué la société italienne des années 70 : la mort de Jean-Paul 1er, la faillite de la Banque Ambrosiano, l'attentat de la gare Bologne ou encore l'assassinat d'Aldo Moro. Dans cette période qu'on qualifie souvent "d'années de plomb", la loge P2 a joué un rôle actif dans la "stratégie de la tension" qui visait à encourager la violence politique, d'extrême-droite et d'extrême-gauche, afin de faire émerger un Etat autoritaire.
Mais l'histoire de cette loge P2, c'est aussi l'histoire d'un homme qui se considérait comme le grand marionnettiste : Licio Gelli. A travers son parcours, nous revisitons une grande partie du XXe siècle. De la guerre d'Espagne à l'émergence de Silvio Berlusconi à la tête de l’Italie, en passant par la guerre froide, Licio Gelli a laissé une empreinte. Une empreinte sulfureuse.
Sur le chemin de cet homme qu'on a surnommé Belphégor, nous croisons Franco, Mussolini, la mafia, la CIA, le Vatican, les banques suisses… Bref, tous les éléments d'une affaire sensible.

Émission "Affaires sensibles", animée par Fabrice Drouelle.

1938, il faut sauver les archives d'Husserl. Avec Bruce Bégout sur France Inter.


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25.09.2018

Il n'est pas question ici de traiter de la phénoménologie de Husserl en tant que telle, mais de savoir comment les archives de Husserl sont passées à Louvain, y devenant alors une source importante de la pensée contemporaine.
Car dans ses dernières années, Husserl, d'origine juive, avait été ostracisé. Après sa disparition, ses papiers que conservait sa veuve, contrainte à l'isolement, étaient à la merci des nazis. Or ces papiers, quelque 40'000 feuillets, représentaient une vie de travail. Husserl, homme de peu de publications, y avait jeté ses réflexions qu'il notait en sténo tant elles se bousculaient.
L'été 1938, un franciscain belge, Von Breda, vient  proposer à Madame Husserl d'organiser un transfert de ces archives vers l'Université de Louvain. Mais il faut transférer aussi les deux assistants de Husserl, seuls à même de déchiffrer les textes, Madame Husserl elle-même, la bibliothèque et, à tout prendre, les cendres du maître. C'est difficile, dangereux. Hitler a commencé ses attaques contre la Tchécoslovaquie, l'Europe se mobilise, le temps presse.
Mais il est ici question de Von Breda plus que de Husserl. Le franciscain savait d'instinct qu'en la circonstance, il gardait la liberté de soulever le joug. Il la prit. Le joug n'existe que parce que nous tendons le cou.
Quelque chose de la pensée européenne se joua ici.

Émission "La marche de l'histoire", animée par Jean Lebrun.

Le Général et l'OTAN. Avec Maurice Vaïsse sur France Inter.


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14.02.2018

Le 21 février 1966 – lors d’une grande conférence de presse – le Général de Gaulle annonce "qu'au terme de la prochaine échéance de ses engagements avec l'Alliance atlantique, les soldats français quitteront le giron de l'OTAN et que toutes les forces militaires étrangères – stationnées sur le territoire national – passeront sous commandement français" !
Dans les milieux diplomatiques, la nouvelle provoque une onde de choc… Dans la presse également, mais c’est sans conteste aux États-Unis que l’émotion est la plus grande. À Washington, en effet, le président Johnson fustige l’attitude de la France. Car en plein contexte de guerre froide, la décision prise par Paris est vécue outre-Atlantique, comme une trahison.
Aujourd'hui, plus de 70 ans après les faits, l'affaire de la "sortie de la France du commandement intégré de l'OTAN" reste encore très mal comprise. Perçue le plus souvent comme un acte de politique étrangère brutal, on l'associe à une rupture définitive de la France avec l'Alliance atlantique... alors qu'il n'en est rien : en vérité, la France n'a jamais quitté l'OTAN !

Émission "Affaires sensibles", animée par Fabrice Drouelle.

Radioscopie : Jean Cau répond aux questions de Jacques Chancel sur France Inter.


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25.10.1978

Jean Cau, écrivain et journaliste, fait le bilan des dix années qui le séparent de son premier entretien avec Jacques Chancel en 1968.
Bien que le déclin soit partout perceptible, il semblerait que de nouvelles voix, libres, se fassent à nouveau entendre...

Remède à la mélancolie. Avec Jean Clair sur France Inter.


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17.01.2016

Notre apothicaire de l'âme est écrivain, académicien, conservateur général du patrimoine et ancien directeur du musée Picasso. Il a aussi enseigné l'histoire de l'art à l'Ecole du Louvre, et a déjà été le commissaire de grandes expositions nationales et marquantes. C'est à lui que l'on doit la magistrale exposition de 2005 au Grand Palais et le merveilleux catalogue qui en découle : Mélancolie. Génie et folie en occident.
On peut dire aussi qu'il est docteur en spleen, chercheur en acédie, et gouteur de lait noir. Un homme d'images, au nom de guerre qui évoque pourtant le contraire de la sombreur. Auteur d'un Journal Atrabilaire, il confie dans son dernier carnet, entretenir avec lui-même des rapports difficiles. Trouvant refuge dans les livres, il cite une phrase de Flaubert qui pourrait être la devise de cette émission : "Le seul moyen de ne pas être malheureux, c'est de s'enfermer dans l'art et de compter pour rien tout le reste"...

Une émission animée par Eva Bester.

Radioscopie : Jean Cau répond aux questions de Jacques Chancel sur France Inter.


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17.09.1976

Jean Cau, écrivain et journaliste, revient sur le parcours intellectuel qui a été le sien. De proche collaborateur de Jean-Paul Sartre au prix Goncourt en 1961 avec La Pitié de Dieu, il commente l'évolution politique dont on le crédite qui l'a conduit à attaquer vertement le quotidien Le Monde.
Revenant sur ses origines modestes, il parle de son amour du peuple, de la responsabilité des hommes politiques qui se posent en conducteurs d'hommes et du rôle que l'écriture joue dans sa vie d'homme de plume.