

(0)
il est une idée répandue, quoique fausse, qui voudrait que Marx n'ait jamais donné de description claire de ce que sera le communisme. Simon Verdun défend la position exactement inverse : loin de s'être limité à décrire les mécanismes essentiels du capitalisme ainsi que ses catégories, Marx n'a pas fait autre chose que de décrire, au sein même de son œuvre économique, la forme invariante que devra nécessairement prendre le communisme comme mode de production non-marchand constitué en négation de la société marchande développée.
Il s'agit alors de revenir sur un certain nombre de descriptions faites dans les livres I, II et III du Capital du système de la production et de la distribution communiste, tant dans sa phase inférieure que supérieure, en les mettant en relation avec les descriptions que Marx donne dans le livre I d'autres formes de production non-marchandes (famille antique patriarcale, société féodale, unités productives fermées dans une moindre mesure), où les produits du travail ne prennent pas la forme de valeurs et au sein desquelles la logique de l'accumulation tautologique de valeur ne s'est pas encore emparée de l'ensemble de l'organisation sociale.
Loin de constituer un retour à la pensée utopique, cette projection de Marx du communisme comme organisation sociale où le travail social est réparti à l'avance selon un plan central unique apparaît comme la conséquence directe de l'analyse des catégories de la production capitaliste, dans laquelle les produits de travail des producteurs séparés revêtent universellement la forme de marchandises, dans laquelle le travail humain social se présente sous la forme de travail abstrait et où la mesure du temps de travail s'effectue nécessairement sous cette "forme démente" (Le Capital, I) qu'est la grandeur de valeur, c'est-à-dire sous forme de prix.
Qui connaît ce qu'est le capital connaît nécessairement ce que devra être le communisme ; qui connaît les conditions sociales dans lesquelles la valeur d'échange fait son apparition pour s'ériger en fétiche et en maître de l'organisation sociale connaît nécessairement les conditions dans lesquelles les rapports de production pourront enfin être soumis "à la puissance des individus unis" (L'Idéologie allemande). Il ne s'agit rien de moins que de la description faite par Marx, sous une forme épurée et essentielle, des conditions de la fermeture définitive de la parenthèse historique qu'est la société marchande : les conditions de la destruction des rapports et des catégories mercantiles, de l'échange, de la forme-valeur, de l'argent, de l'État et des classes.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".


(0)
Philosophe et maître de conférences à l'université de technologie de Belfort-Montbéliard, Mathieu Triclot se demande si on peut trouver dans la cybernétique américaine des ressources critiques pour penser le moment contemporain, entre autres en termes d'intelligence artificielle.
Après avoir définit la première cybernétique, il se demande ce que veut dire l'information pour les premiers cybernéticiens, étudie les préceptes pour une politique de l'information chez Wiener et termine en cartographiant les politiques cybernétiques.
(1)
En 1924, au moment de sa mort, Vladimir Ilitch Oulionov (1871-1924), dit Lénine, a perdu le contrôle du parti qu'il avait fondé en 1903. En 1943, l'Internationale qu'il avait créée en 1919 a été dissoute par son successeur. En 1991, l'État qu'il avait bâti en 1917 au milieu des ruines s'est effondré.
Pour comprendre cet homme, Jean-Jacques Marie va au-delà des légendes et des jugements moraux et, à la lumière des informations révélées par les archives soviétiques, nous restitue ce que fut la dernière période de sa vie, de 1917 à 1923.
Ni hagiographique ni inquisitorial, le travail de Jean-Jacques Marie permet également de mesurer l'héritage de cet "inventeur politique" hors-norme.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".


(0)
Capital marchand et capital financier sont des concepts clefs dans la description du capitalisme contemporain. Dans le livre III du Capital, Marx s'attache à exhiber leur genèse logique, c'est-à-dire la manière dont ce qui n'était, dans le livre II notamment, que des moments du cycle capitaliste s'autonomise et devient capital à part entière.
Guillaume Fondu propose une étude de cette autonomisation et de la manière dont le schéma logique qu'elle propose peut être utilisé pour penser des phénomènes contemporains.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".


(0)
Diabolisée pendant plusieurs décennies, la notion de "planification" revient sur le devant de la scène depuis quelques années. Le pouvoir macroniste a par exemple mis en place, en juillet 2022, un Secrétariat Général à la Planification Écologique, qui a présenté récemment un plan global de décarbonation de l'économie associé pour la première fois à de réels objectifs chiffrés.
Mais face à cela, une forme de libéralisme outré continue à dominer les politiques publiques – refus de l'endettement, refus de l'impôt, casse des cadres réglementaires nationaux, etc. – et achève de priver l'État de tout moyen réel pour mener une quelconque politique économique.
Guillaume Fondu s'interroge sur la dimension politique de la notion de "planification", telle qu'elle a résumé pendant des décennies le projet économique socialiste, construit dans une opposition structurante au marché capitaliste.Il part de ce point de départ, et de quelques exemples historiques, pour faire le point sur diverses questions liées au projet planificateur : son échelle, les modalités de la prise de décision qu'il suppose et les modes d'incitation qu'il peut mettre en œuvre.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".


(0)
Dès les premiers jours d'octobre 1917, Lénine va incarner la révolution russe, aux yeux de ses admirateurs comme de ses adversaires. Au plus fort de la guerre froide jusqu'à nos jours cette figure révolutionnaire va susciter des regards sans nuance : génie politique et chef d'orchestre de la révolution pour les uns, agitateur machiavélique et dirigeant sanguinaire pour les autres.
Écartant aussi bien la légende noire que la légende dorée, Guillaume Fondu confronte les réflexions et les choix politiques du leader bolchevique aux positions de ses camarades et adversaires sur les mêmes questions. Lénine est ainsi replacé au cœur du contexte historique dans lequel il s'est formé, a élaboré ses conceptions de la lutte politique et a œuvré à la révolution.
Grâce à cette approche originale, Guillaume Fondu bouscule non seulement des idées reçues renouvelant notre compréhension de ce personnage historique mais il nous permet aussi de questionner les pratiques militantes et les stratégies politiques contemporaines.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".


(0)
L'usage des drones armés prolonge et radicalise les procédés existants de guerre à distance, aboutissant à supprimer le combat. Cette tentative d'éradication de toute réciprocité dans l'exposition à la violence dans l'hostilité reconfigure non seulement la conduite matérielle de la violence armée, techniquement, tactiquement, mais aussi les principes traditionnels d'un ethos militaire officiellement fondé sur la bravoure et l'esprit de sacrifice.
Il s'agit d'explorer les implications de cette crise morale…


(0)
La transition du féodalisme au capitalisme est l'un des débats historiographiques qui a fait couler le plus d'encre, tant en raison de ses implications théoriques que politiques. Néanmoins, force est de constater qu'il y a longtemps eu un consensus entre libéraux et marxistes sur l'essentiel, à savoir que le capitalisme serait progressivement né en Europe occidentale dans les interstices du féodalisme, porté par une bourgeoisie urbaine qui aurait finalement triomphé de l'aristocratie féodale dans une série de "révolutions bourgeoises".
Inspirés par Hegel et les historiens libéraux français de la Restauration, Marx et Engels ont eux aussi initialement adopté une vision de l'histoire comme progressant téléologiquement de stade en stade vers le capitalisme (puis, a contrario des libéraux, vers le socialisme et le communisme). Le marxisme fit ainsi de la bourgeoisie et du développement des forces productives les moteurs de l'histoire. De ce fait, le capitalisme fut pensé comme déjà présent de manière embryonnaire dans les villes d'Europe occidentale, n'attendant que le triomphe politique de la bourgeoisie pour se déchaîner.
Pour le cas français, l’affaire semblait ainsi entendue parmi les historiens marxistes : le capitalisme, né dans les interstices du féodalisme et de l'absolutisme, aurait finalement triomphé avec la révolution bourgeoise de 1789. Le débat portait de ce fait essentiellement sur la nature de l'absolutisme français, parfois vu comme un instrument de l'aristocratie féodale, quelquefois comme une phase de transition nécessaire à l'émergence du capitalisme, voire comme déjà capitaliste.
Mais les historiens du long Moyen-Âge et de l'économie d'Ancien Régime, en montrant la compatibilité du féodalisme et de l'absolutisme avec une économie marchande et monétarisée, les historiens révisionnistes, en indiquant la nature non-capitaliste de l'économie d'Ancien Régime et de la bourgeoisie révolutionnaire, et les marxistes politiques, en démontrant la nature non-capitaliste de l'industrie française jusqu'aux années 1860 et de l'agriculture française jusqu'aux années 1960, sont venus bousculer ces certitudes communes aux libéraux et aux marxistes. Partant de ces travaux, c'est à une reconstruction schématique d'inspiration marxiste politique de ce qu'a été la transition du féodalisme au capitalisme en France qu'Armel Campagne s'attelle ici.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".