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"L'Etat, c'est moi" aurait dit le Roi Soleil. Mais tandis que le Soleil se couche, le siècle des Lumières commence. Avec Montesquieu, il se dit que l'Etat doit moins reposer sur une seule tête couronnée que dans l'esprit des lois. Révolution, restaurations, républiques et empires se succèdent et jettent progressivement les bases de l'Etat de droit.
Mais en quoi, en fait, l'Etat était-il de travers avant que d'être "de droit" ? Y a-t-il jamais eu un Etat sans droit, et inversement ? Au-delà du légendaire mot d'esprit royal, le premier n'est-il pas d'abord l'incarnation du second ? Et le second ne suppose-t-il pas le premier ? Bref : l'Etat de droit ne serait-il pas un pléonasme ?
Ce serait oublier un peu vite que le droit a des raisons que la raison d'Etat ne connaît pas, et l'Etat a des droits que le droit ignore. Dans ce couple si fusionnel qu'il en paraît incestueux, chacun peine à accepter les revendications de l'autre - dont il s'estime être le géniteur. Le droit est-il en état de dire à l'Etat son droit si le droit descend tout droit de l'Etat lui-même ? Quant à l'Etat, peut-il mettre hors d'état le droit si le droit est précisément ce qui le met en état de tenir de droit ? Mais, dans ce cas, l'Etat de droit est-il encore un pléonasme... ou un oxymore ?
Émission "Mots de passe".
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