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Elles ont brillé, dans les ténèbres du XXe siècle - cette longue nuit de guerres, de totalitarismes, de barbarie où nous errons encore -, de leur désir de vérité et de cette volonté qui consiste à aimer inconditionnellement. Trois femmes, trois voix qui s'entrelacent sans le savoir en une seule flamme dans la nuit où le Verbe se fait silence, dans trois langues vivantes et soeurs, le français, l'italien, l'espagnol. Si différentes dans leur absolue singularité, elles se ressemblent, toutes trois de la lignée d'Antigone, éminente figure du sacrifice, de l'offrande sans concession, de l'amour sans conditions, du "moi" consumé pour accéder à l'être, sans lesquels il n'est pas de révolte authentique.
Dans le temps de vie qui leur fut imparti, brève et fulgurante trajectoire de Simone Weil (1909-1943), morte à trente-quatre ans, longue vie de Maria Zambrano (1904-1991) du début à la fin du siècle, parcours orienté dès la naissance par la maladie pour Cristina Campo (1923-1977) qui ne connut pas la vieillesse, elles ont eu cette capacité si rare de transformer leur vie en destin. Chacune de ces femmes laisse entendre une voix singulière, libérée de la pesanteur, d'une extraordinaire pureté, voix monacale, dépouillée comme le chant grégorien de Simone Weil, voix transparente aux mythes et aux rites de Cristina Campo, voix où bruissent les fleuves de l'exil, charriant les douleurs et les pleurs secrets de Maria Zambrano.
Émission "Le monde de la philosophie", animée par Rémi Soulié.


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Direction l'Hôtel du Grand Contrôle à Versailles où résidaient les ministres des Finances de Louis XVI, au XVIIIe siècle. C'est là que se joue le match entre Jacques Turgot et Jacques Necker, le libéral et l'interventionniste… Tous les deux hommes des Lumières et hommes d'Etat, ils tentent, chacun à leur manière, d'endiguer le risque de banqueroute que coure alors le royaume de France.
Mais en quoi ces deux hommes incarnent-ils l'esprit des Lumières ? Sur quel fond exactement porte leur désaccord en matière d'économie ? Et comment expliquer qu'aucune de leur réforme ne parviendra à éviter la crise économique, l'un des déclencheurs de la Révolution de 1789 ?
Émission "Entendez-vous l'éco ?", animée par Tiphaine de Rocquigny.


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Quand paraît Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, en 1949, c'est un scandale. À gauche comme à droite, chez les hommes comme chez les femmes, le livre est jugé grossier et ridicule : "L'initiation sexuelle de la femme est-elle à sa place au sommaire d'une grave revue littéraire et philosophique ?" se demande François Mauriac dans le supplément littéraire du Figaro.
Car oui, dans Le deuxième sexe, sans surprise, Beauvoir parle... de sexe, mais aussi de sexualité, et de sexualité féminine.
Qui avait, avant elle, parlé dans un même ouvrage de philosophie, de puberté, de clitoris et d'homosexualité ? Qui avait brossé le portrait de la femme mariée, de la prostituée, de la femme vieille, de l'initiation sexuelle de la jeune fille, et de la femme indépendante condamnée à être frigide ou masochiste ?
Simone de Beauvoir déplie dans cet ouvrage les ressors incarnés de la domination masculine à travers une réflexion et une description du corps féminin, dépeint tantôt comme un asservissement au destin de femelle, tantôt comme le lieu d'une possible libération.
Émission "Les Chemins de la philosophie", animée par Adèle Van Reeth.


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Il n'y a pas de société sans élite. Ce constat est désagréable pour tous ceux qui tiennent l'égalité pour une vertu fondamentale, mais c'est un fait.
Le problème est alors bien connu : comment concilier l'idéal démocratique avec la nécessité que les élites gouvernent de fait. Il doit demeurer un libre jeu, conflictuel, entre le peuple et les grands, pour parler comme Machiavel. Les lois fondamentales doivent être adoptées par le peuple tout entier et les élites doivent être élues par le peuple et doivent lui rendre des comptes. La république idéale n'a pas d'autres principes.
Si nous revenons maintenant à la situation française, il faut faire un constat terrible : celui de la décomposition accélérée des élites. En rajeunissant le personnel politique et en contribuant à l'éjection d'une bonne partie de la vieille classe politique, le macronisme a mis en lumière l'extraordinaire effondrement du niveau intellectuel des élites instruites dans notre pays. La bêtise crasse, la vulgarité, l'absence de tout sens moral et l'incompétence accablante dominent ces nouvelles élites, cette classe des "crétins éduqués" si bien caractérisée par Emmanuel Todd.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Émission des "Entretiens de la Quarantaine", animée par Pierre-Yves Rougeyron.


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L'Occident est à bout de souffle, il est tard, probablement trop tard pour changer de cap, et ce qui viendra après la collision annoncée entre la bienpenseance et la réalité, nul ne le sait. Et pourtant, il faut vivre ; vivre avec le déclin de l'Europe, vivre avec la certitude que demain ne pourra qu'être pire qu'aujourd’hui ; vivre en sachant que les jours de la civilisation occidentale telle que nous la connaissions sont comptés.
Que faire ? Comment gérer sa vie au quotidien, comment se projeter, malgré tout, dans l’avenir, et surtout, comment faire pour léguer notre héritage en danger à nos descendants ?


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Dans le monde merveilleux de la bande dessinée, celle que l'on peut désormais qualifier de classique, les duos s'épanouissent, les paires abondent, les couples font florès : il est ici question de la fameuse série Blake et Mortimer, d'Edgar P. Jacobs, sur laquelle nous nous penchons en compagnie de Pascal Ory.
Il va s'agir de comprendre ce que peut expliquer que cette oeuvre, qui remonte déjà loin en arrière (le troisième quart du XXe siècle) trouve, aujourd'hui encore, des échos tels que les albums que d'autres créateurs ont osé perpétuer depuis la disparition du créateur, connaissent actuellement des tirages énormes : plusieurs centaines de milliers, selon leurs éditeurs.
Est-ce donc un art spécifique de rejoindre des mythes éternels, entre les pharaons et l'Atlantide, de restituer les fascinations durables de l'archéologie, de nourrir une science-fiction d'anticipations lucides quant aux technologies et aux armements échappant à leurs créateurs, de donner vie à des stéréotypes indéracinables sur les peuples et sur les nations qui s'affrontent, et de porter, à la fin des fins, un optimisme tourmenté mais rassurant sur le triomphe du bien sur mal, des bons sur les méchants ?
Tout cela, oui, probablement, et davantage...
Émission "Concordance des temps", animée par Jean-Noël Jeanneney.


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Notre société est subjuguée par ses propres émotions. C'est en tout cas la thèse de la chercheuse et journaliste Anne-Cecile Robert qui a écrit un pamphlet questionnant l'omniprésence, voire le diktat des émotions dans le débat public et dans les décisions prises par nos hommes politiques.
Des marches blanches jusqu'aux causes humanitaires, de la culture de la victime jusqu'au sensationnalisme sans bornes des médias, la sensibilité est partout, l'émotion a toujours le dernier mot, souvent au détriment de la réflexion, du bon sens, et du rationnel.
La Stratégie de l'émotion, c'est le nom du livre paru chez Lux, qui démantèle cette toute-puissance du coeur.
Émission "Chaos", animée par Haekel Bekka.


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Auteur de l'ouvrage Vers les Etats-Désunis ? aux éditions Perspectives Libres, le géopolitologue David Teuscher tente d'évaluer les incidences à long terme de l'élection américaine et de ses incertitudes sur un territoire et une société au bord de la sécession et de l'implosion.
Quelque soit le résultat définitif de l'élection, la fragmentation de la société américaine ne va aller que grandissante jusqu'à la sécession possible de certains Etats, regroupés en "méga-régions".
Et le tout au prix d'une guerre civile ? C'est l'une des grandes questions de cet échange.
Émission "Grand Angle", animée par Thomas Arrighi.


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C'est notamment à partir de Bourgeois et bras-nus. Guerre sociale durant la Révolution française (Libertalia, 2013) de Daniel Guérin et de Les Jacobins Noirs. Toussaint Louverture et la Révolution de Saint-Domingue (Amsterdam, 2017) de C. L. R. James que l'historienne Caroline Fayolle revient sur les luttes de classe, de genre et les enjeux de décolonisation en France et à Saint-Domingue (Haïti) entre 1789 et 1804.
Plusieurs points de vue qui, croisés, permettent de renouveller la vision que l'on peut avoir de la Révolution française.
Émission "Sortir du capitalisme", animée par Armel Campagne.
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Du point de vue de la théorie critique, il est désormais impossible d'éviter de traiter le dossier Francis Cousin. Ce "philo-analyste" de profession, docteur en philosophie, n'hésite pas à répondre aux sollicitations de Radio Courtoisie, de TV Libertés ou encore à discuter pendant plus de trois heures avec Étienne Chouard, le tout en professant dogmatiquement une pensée marxienne qui serait celle des origines, débarrassée des rajouts successifs qui n'auraient fait qu'altérer sa substance subversive initiale.
Enfilant les perles et les poncifs éculés jusqu'à la corde, son audience n'a pourtant cessé d’augmenter, jusqu'à devenir celle d'un leader d’opinion.
C'est en compagnie du professeur de philosophie et militant de l'Union Communiste Libertaire Benoit Bohy-Bunel que cette émission produit une analyse critique "radicale et définitive" des théories fumeuses et dangereuses de Francis Cousin.
Émission "Sortir du capitalisme", animée par Armel Campagne.


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Le 10 mai 2001, en votant la "Loi Taubira", les députés français ont imposé une vision idéologique et manichéenne de la traite esclavagiste.
Cette loi ne dénonce en effet que la Traite pratiquée par les Européens. Elle fait l'impasse sur les Traites arabo-musulmanes, afin que, selon Christiane Taubira, "les jeunes Arabes (…) ne portent pas sur leur dos tout le poids de l'héritage des méfaits des Arabes" (L'Express, 4 mai 2006).
En pliant sous "l'air du temps", les députés français ont donc effacé de la Mémoire collective des millions de victimes. A commencer par ces femmes et jeunes filles razziées dans ce que les conquérants arabes appelaient la "moisson berbère". Ibn Khaldun évoque à ce sujet les "belles esclaves berbères, de toison couleur de miel". Et que dire des enlèvements opérés jusque dans les années 1800 en mer et le long des rivages méditerranéens européens ?
Cette loi fait également l’impasse sur le rôle des Africains eux-mêmes. En Afrique sud-saharienne, les Européens, dont il n'est évidemment pas question d'évacuer la part de responsabilité, n'ont pas participé à la chasse aux esclaves, attendant sur le littoral que leur soient livrés les captifs. Il dépendait donc in fine de leurs partenaires africains d’accepter ou de refuser de leur vendre leurs "frères". La réalité est qu’une partie de l'Afrique s'est enrichie en vendant l'autre partie.
Loin des nuées et des manoeuvres culpabilisatrices, le travail de Bernard Lugan nous donne les moyens de réfuter une histoire officielle dont la finalité est de paver la route de la repentance.
Émission du "Libre journal de chrétienté", animée par Guillaume de Tanouärn.


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Il y a vingt ans Apple entamait avec le retour de Steve Jobs sa seconde vie. Google et Amazon étaient des start-up et Facebook n'existait pas. Vingt ans après, les GAFA font partie des entreprises les plus puissantes au monde.
N'avons-nous pas fait preuve de naïveté face à ces jeunes pousses qui se réclamaient de la liberté d'entreprendre et de l'innovation ? Peut-on encore lutter contre ces empires plébiscités par les consommateurs et aux ambitions sans limite ?
Joëlle Toledano montre comment les GAFA arrivent à s'extraire du droit commun, à verrouiller la concurrence, à définir leurs propres règles en s'appuyant sur l'efficacité des outils numériques. Dénonçant notre retard face à ces entreprises sophistiquées et agiles, elle nous exhorte à comprendre ce nouveau monde et à reprendre l’initiative.
La transformation numérique est rapide, bouleverse les chaînes de valeur. Les intérêts de court terme sont souvent opposés à ceux de long terme, d'où les difficultés à définir l'intérêt général. Donnons-nous les moyens de fabriquer les institutions du XXIe siècle au service du bien commun !