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Le monde observe la mutation politique des États-Unis sans en comprendre la racine idéologique. Derrière l'ascension de figures comme JD Vance ou l'omniprésence de Peter Thiel, se cache un courant radical : la néoréaction (NRx), également appelée "les Lumières Sombres". Ce mouvement, théorisé par Curtis Yarvin et Nick Land, rejette frontalement l'héritage démocratique occidental.
Le constat de départ est brutal. Pour ces idéologues, la démocratie libérale est un système inefficace qu'ils surnomment La Cathédrale. Ils ne cherchent plus seulement à réduire l'État, comme le voulaient les libertariens classiques. Leur stratégie a basculé du contournement vers le retournement : prendre le contrôle du sommet pour transformer la nation en une corporation privée performante.
Cette vision s'incarne déjà dans des outils de puissance technologique sans précédent. L'entreprise Palantir Technologies, spécialisée dans le Big Data et l'intelligence artificielle pour le renseignement, semble être le bras armé de cette doctrine. Selon toute vraisemblance, il ne s'agit plus de politique traditionnelle, mais d'une tentative de remplacer le citoyen par un client au sein d'une monarchie capitaliste.
Quel est le véritable calendrier de cette élite techno-conservatrice ? Comment la pensée de Curtis Yarvin a-t-elle pu infiltrer le cercle restreint de la Maison-Blanche ? Sommes-nous en train de vivre la fin programmée du modèle républicain au profit d'une gestion algorithmique du monde ?
- 0'00'00 : Introduction
- 0'02'08 : Les origines libertariennes
- 0'30'28 : La critique de la démocratie moderne
- 0'41'08 : Les trois courants néoréactionnaires
- 1'00'07 : Le bioléninisme selon Spandrel
- 1'17'36 : Palantir : les fonctions de l'État
- 1'36'10 : Conclusion
Un entretien mené par Raphaël Besliu.


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Les Cahiers de prison d'Antonio Gramsci contiennent des passages d'une grande actualité consacrés aux crises du capitalisme. Dans les sociétés modernes, les crises économiques ont rarement des effets politiques immédiats. Elles sont le plus souvent amorties par ce que Gramsci appelle les "tranchées" et "fortifications" de la société civile et de l'Etat.
Entre les structures et les superstructures se trouve un ensemble de médiations, qui les conduisent à former un "bloc historique", et qui empêchent qu'un effondrement de l'économie se traduise par un effondrement correspondant du système politique.
C'est seulement lorsque les crises deviennent "organiques", c'est-à-dire qu'elles se transforment en crises du bloc historique lui-même, qu'elles contaminent toutes les sphères sociales : économie, politique, culture, morale, sexualité… Gramsci qualifie ces crises de "crise d'hégémonie" ou de "crise de l'Etat dans son ensemble".
Elles se caractérisent notamment par leur longue durée, et par le fait qu'aucune des classes antagonistes ne dispose d'assez de réserves matérielles et symboliques pour imposer aux autres une nouvelle hégémonie. S'ensuit un "équilibre catastrophique des forces", dont le césarisme – par exemple fasciste – est l'une des issues possibles.
La crise économique déclenchée en 2008 par l'effondrement des marchés financiers a-t-elle donné lieu à une crise d'hégémonie au sens de Gramsci ?


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À quoi pourrait ressembler une révolution anarchiste à l'échelle d'un pays ? C'est la question à laquelle tente de répondre Pierre Kropotkine (1842-1921), géographe, explorateur, militant et théoricien du communisme anarchiste, dans une série d'articles et de conférences publiées entre 1886 et 1907 dans le journal anglais Freedom.
Il y expose les grandes lignes du programme antiautoritaire et les bases du fonctionnement d'une société libertaire appliquées à l'Angleterre où il réside alors.
En dépit des changements économiques, politiques et sociaux, les propositions de Kropotkine, à plus d’un siècle de distance, restent des pistes d'une grande actualité. Agir par, et pour, soi-même, sans intermédiaire et dans la solidarité, constitue sans aucun doute, encore et toujours, la voie à suivre pour parvenir à l'émancipation.
Émission "Trous Noirs".


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Existe-t-il un imaginaire de la décadence qui dépasse les frontières de la pensée réactionnaire et, si oui, est-il fondamentalement antidémocratique ? Arnaud Mirand répond doublement par l'affirmative : la décadence dépasse les frontières de la réaction et cela implique nécessairement un rapport conflictuel à la démocratie comme forme historique.
Pour soutenir cette thèse, il propose d'abord une analyse épistémologique de la notion de décadence : elle n'est pas un simple concept mais une manière de figurer l'histoire. Pour cette raison, elle doit être étudiée à partir de ces incarnations métaphoriques, dont la mise en réseau constitue un imaginaire. Arnaud Miranda compare, à travers ce prisme, deux formes de l'imaginaire de la décadence : la thématisation réactionnaire (Spengler, Evola et Schmitt) et la reprise "postmoderne" (Deleuze, Guattari et Derrida). Ce rapprochement met en lumière l'ambiguïté de ce dernier corpus vis-à-vis de la démocratie.
Enfin, une dernière forme de l'imaginaire de la décadence est identifiée dans le courant accélérationniste, en particulier à travers la figure de Nick Land. Il s'agit alors d'expliquer l'étonnante convergence entre certaines pensées radicales de droite et de gauche, ainsi que leurs rapports complexes à la démocratie.



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C'est un entreprise proprement pédagogique qu'Antoine Dresse entreprend en proposant une cartographie méthodique des notions, des figures et des controverses qui structurent la pensée politique de droite. Chaque entrée fonctionne comme une fiche claire et synthétique, où l'on croise Joseph de Maistre, Alexis de Tocqueville ou encore Carl Schmitt.
Objectif : définir, contextualiser, puis relier les concepts à des querelles contemporaines. Mais aussi montrer les continuités et les ruptures au sein de cette vaste galaxie intellectuelle, et mettre en scène les tension internes, entre conservatisme, libéralisme, souverainisme et identitarisme.
En rendant visibles les arguments, leurs limites et, plus que tout, leurs implications pratiques, Antoine Dresse encourage à la réflexion... avant de retourner à l'action.


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Née sur le web au tournant des années 2010, la néoréaction (NRx) est désormais une galaxie intellectuelle aussi influente que méconnue. Cette pensée s'est structurée contre l'échec perçu du néoconservatisme de l'ère Bush pour infuser aujourd'hui le "Trumpisme 2.0", incarné par des figures comme JD Vance.
Arnaud Miranda distingue trois piliers fondamentaux de la droite : les conservateurs (préservation), les libéraux (réforme) et les réactionnaires (rupture). La singularité des néoréactionnaires réside dans leur rejet total de la démocratie, considérée comme une illusion métaphysique inefficace. Il souligne l'importance de la "Cathédrale", concept néoréactionnaire désignant le bloc médiatico-académique qui maintiendrait le consensus progressiste. Pour la renverser, ces penseurs utilisent le "passivisme" : une infiltration des élites plutôt qu'une mobilisation des masses.
- 0'00'00 : Présentation du travail d'Arnaud Miranda
- 0'01'16 : L'importance de prendre les idées politiques au sérieux
- 0'04'45 : Typologie des penseurs : de l'académie à la tech
- 0'07'35 : Conservateurs, réactionnaires et libéraux : les distinctions
- 0'16'00 : Les racines du libertarianisme américain
- 0'21'10 : Néoconservateurs vs Paléoconservateurs : le point de rupture
- 0'26'00 : Alt-right, néoréaction et post-libéralisme
- 0'33'50 : Curtis Yarvin et le concept de formalisme
- 0'44'50 : La "Cathédrale" et la stratégie du passivisme
- 0'56'50 : Nick Land et l'accélérationnisme technocapitaliste
- 1'05'50 : Peter Thiel : promoteur et financeur du mouvement
- 1'15'00 : Quelles réponses pour les démocraties ?
Un entretien mené par Pierre Coutelle.
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Les cinq penseurs présentés par Patrick Chastenet partagent le même amour de la liberté et de la nature. Trois se réclament de l'anarchisme, deux en sont proches, tous ont profondément enrichi le terreau libertaire de l'écologie politique.
Patrick Chastenent lui-même s'est lié d'amitié avec Jacques Ellul, dont il est un spécialiste reconnu. Il a sympathisé avec Ivan Illich et Bernard Charbonneau avant de découvrir les œuvres d'Élisée Reclus et de Murray Bookchin.
Son travail de présentation, rigoureux et vivant, nous introduit aux pensées de ces précurseurs encore trop méconnus mais dont l'actualité n'a pas fini de nous étonner.
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La néoréaction, les Lumières obscures (Dark Enlightenment), parfois appelée NRx par ses adeptes est un ensemble de discours dont les deux représentants les plus connus sont Mencius Moldbug (Curtis Yarvin) - ingénieur informaticien et entrepreneur - et Nick Land - philosophe britannique, ex-particiant du CCRU de Warwick.
Blaise Marchandeau essaie de poser les quelques éléments constitutifs de la néoréaction en passant, d'abord, par une analyse de la relation implicite entre vitalisme pseudo-nietzschéen, fascisme type mussolini et idéologie capitaliste de la valeur mise à nue. Par-delà sa pseudo-morale justificatrice, le capital est essentiellement un "brutalisme" - soit la forme contemporaine et adéquate à notre époque de ce qu'hier certains appelaient "fascisme".
À partir de là, il convient de comprendre de manière plus détaillée les modalités de ce brutalisme lorsqu'il rencontre les fantasmes utopiques d'un monde de Cité-État consumméristes, néo-monarchiques, type décomposition féodale, augmenté par la technologie et la mentalité d'ingénieur (un problème = une solution). Les néoréactionnaires sont en cela un cas d’école.
Si la faiblesse de leurs arguments et la naïveté irréaliste de leur vision du monde n'est plus à souligner, leur production idéologique et rhétorique, elle, nécessite une exploration. Avec cela d'assez amusant qu'ils se targuent d'être à la pointe la plus avancée du progrès technologique, mais ce progrès doit nécessairement, dans leur esprit, au nom d’une pseudo-"efficacité", s'articuler à la nostalgie bizarre pour les périodes de fragmentations compétitives violentes pré-impériales ou pré-modernes.