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Le mot beauf qui à l'origine désignait le beau frère est entré dans le langage courant pour désigner la caricature d'un français moyen, réactionnaire, un peu bête, borné, macho, vulgaire… On pense alors au fameux tonton raciste ou à Kevin qui a un mulet, de grosses lunettes de soleil et fait du tuning….
Mais cela va encore plus loin, puisque petit à petit, le beauf devient l'autre, celui auquel on ne veut pas ressembler, celui qui n'a pas les bons goûts, la bonne culture, les bonnes opinions. Les beaufs n'existent que dans le regard de la société.
Dans son livre Ascendant Beauf, Rose Lamy démontre que la figure du beauf est surtout un outil de domination et de fabrique du mépris social. En se moquant des beaufs, on se moque aussi des classes populaires, on se désensibilise de leur sort. En revenant sur son histoire personnelle, l'autrice raconte tout ce qui se cache derrière l'image du beauf : une existence déterminée par la classe sociale, les morts prématurées, les emplois aliénants, les déserts médicaux. L'humiliation permanente…
Pourtant, le dessinateur Cabu, qui a en partie créé ce personnage le disait "on est tous le beauf de quelqu'un". Pour le sociologue Gérard Mauger cité dans le livre "la figure du beauf produit simultanément une représentation stigmatisée des classes populaires et une représentation enchantée de soi-même comme l'envers du groupe stigmatisé". Le beauf en dit donc beaucoup sur la personne qui juge, la condescendance lui donne une forme de supériorité morale et intellectuelle mais tout ceci a des conséquences bien réelles. "Nous sommes toutes et tous à la fois bourreaux et victimes de l'oppression de classe" écrit Rose Lamy.
Alors pourquoi est-ce problématique d'utiliser le mot beauf ? En quoi cette figure est-elle devenue un bouc émissaire ? Comment questionner ce mépris social ? Et comment l'extrême droite profite en partie de la stigmatisation des beaufs et donc des classes populaires blanches ?
Un entretien mené par Paloma Moritz.


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Christophe Guilluy alerte depuis plusieurs années du danger de fracture qui sépare les gens "d'en bas" et les gens "d'en haut". Il ne faut plus chercher à gauche ou à droite les réponses aux crises qui traversent nos fragiles démocraties. Les classes populaires, partout, se sont affranchies de ces vieilles étiquettes politiques qui ne les représentent plus. Les vrais frontières politiques sont d'abord inscrites dans la géographie, le territoire, qui oppose les villes à ce que Guilluy appelle la périphérie.
Dans un essai très prophétique, La France périphérique, paru en 2014, Christophe Guilluy donnait déjà les clés pour comprendre le monde qui se dessine depuis quelques années. Toute la classe politique française avait salué l'acuité de son diagnostic… sans jamais en prendre acte.
Le mouvement des camionneurs pendant la crise du Covid au Canada ou les Gilets jaunes en France n'étaient que les symptomes annoncés d'un conflit plus violent que le géographe pense, malheureusement, inévitable entre les élites métropolitaines, donneuse de leçons, et le monde d’en bas, celui de la périphérie.
- 0'00'00 : Intro
- 0'01'58 : L'impasse démocratique et culturelle de nos sociétés occidentales
- 0'08'51 : Métropoles : "Il y a des mécanismes pour chasser les inutiles"
- 0'15'38 : La droite et la gauche ne veulent plus rien dire
- 0'22'38 : Les classes populaires : "l’âme des civilisations occidentales"
- 0'33'05 : Les médias traditionnels et les intellectuels ne parlent plus aux gens d'en bas
- 0'38'47 : Le message de JD Vance aux européens
- 0'44'49 : Les fractures politiques d'aujourd’hui sont d'abord des fractures géographiques
- 0'48'35 : Une bourgeoisie "cool" qui n'assume pas son statut de classe… mais qui fait la leçon !
- 0'55'17 : Il n'y aura pas de réforme, il y aura un basculement violent
- 1'01'35 : "99% des prescripteurs d'opinions vivent dans les mêmes lieux"
- 1'08'35 : "Une société puissante s'alimente en permanence avec le bas, la sève"
- 1'12'00 : La comédie humaine du siècle
- 1'16'25 : La carte n'est pas le territoire
Un podcast animé par Stéphan Bureau.


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Docteur en économie, agrégé de sciences économiques et sociales et professeur à l'université Paris-Nanterre, Antoine Vatan a publié en 2022 La Situation de la classe laborieuse en France (Éditions Delga), dans lequel il étudie, statistiques à l'appui, les conditions générales du capitalisme, au stade impérialiste, en France, et ses conséquences sur les conditions de vie des travailleurs mais aussi les potentialités révolutionnaires objectives liées à cette situation.
Ce long entretien forme une sorte d'introduction au Capital de Karl Marx. Objectif : mieux comprendre les principaux concepts et résultats de cet ouvrage majeur, toujours d'actualité pour comprendre le monde et le transformer. En effet : les notions de "taux d’exploitation" ou de "baisse tendancielle du taux de profit", comme bien d'autres, demeurent tout à fait opérantes, à la condition d'être rigoureusement précisées, ce qu'Antoine Vatan s'emploie à faire ici avec clarté.
1. Karl Marx avait raison
- 0'00'55 : Parcours d'Antoine Vatan jusqu'à Marx
- 0'05'27 : La situation des travailleurs en France
- 0'08'12 : La baisse tendancielle du taux de profit
- 0'15'02 : Les prédictions de Marx se sont réalisées
- 0'21'32 : Le marxisme, seule théorie des crises
- 0'32'17 : Contradictions fondamentales du capital
- 0'41'17 : L'actualité du Capital de Marx
2. La méthode Karl Marx
- 0'00'32 : La démarche théorique de Marx
- 0'04'45 : Critique de l'idéologie bourgeoise
- 0'08'01 : Marx : idéologue ou scientifique ?
- 0'15'22 : Le matérialisme dialectique
- 0'21'22 : Le matérialisme historique
- 0'24'48 : Le marxisme : un économicisme ?
- 0'33'02 : Marx a-t-il une vision morale ?
3. Qu'est-ce que le Capital ?
- 0'00'31 : Le Capital = un patrimoine ? (Piketty)
- 0'07'37 : L'analyse de la marchandise
- 0'10'17 : Qu'est-ce que la valeur chez Marx ?
- 0'15'39 : La valeur : une substance ? (Lordon)
- 0'20'03 : Transformation de l'argent en capital
- 0'29'56 : Les indépendants : des prolétaires ?
- 0'35'23 : Dépasser Marx ?
4. Le procès de production capitaliste
- 0'00'20 : Travail non payé et taux d'exploitation
- 0'06'05 : Plus-value absolue et relative
- 0'12'31 : L'armée de réserve du Capital
- 0'19'21 : L'accumulation primitive
- 0'28'28 : La circulation du Capital (livre 2)
- 0'38'39 : Différence profit / profit moyen
- 0'41'54 : Baisse du taux de profit (équations)
- 0'49'57 : Intérêt et rente foncière (livre 3)
5. Keynes et les néoclassiques
- 0'00'22 : Marx VS les classiques (Smith, Ricardo, etc.)
- 0'08'46 : Marx VS le malthusianisme
- 0'14'15 : Marx VS les néo-classiques (Hayek, Friedman, etc.)
- 0'22'45 : Marx VS keynésianisme (Sismondi, Keynes, etc.)
- 0'32'52 : Le protectionnisme est-il progressiste ?
- 0'40'45 : Néolibéralisme ou capitalisme ?


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Quelles sont les causes profondes du vote RN et d'extrême droite en général ? Qui sont les électeurs, quelles sont leurs motivations, leurs peurs, leurs attentes ?
Le sociologue et politiste Félicien Faury travaille sur l'extrême droite. Il est l'auteur de Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l'extrême droite, un ouvrage basé sur une enquête de terrain de six ans, qui analyse l'implantation électorale et partisane du Front national, puis du Rassemblement national, dans un territoire du sud-est de la France.
- 0'00'00 : Réflexion sur la montée de l'extrême droite
- 0'13'08 : Méthode d'enquête terrain et représentativité
- 0'19'45 : Impact des transformations économiques sur le vote RN
- 0'34'49 : Causes sociales et processus de racialisation
- 0'40'42 : Vote RN comme instrument d'intégration
- 0'45'24 : Menace sur la norme et le mode de vie
- 0'49'21 : Inégalités sociales et territoriales en PACA
- 0'54'08 : Politisation de l'immigration vs inégalités économiques
- 0'55'18 : Hiérarchisation des Français et question d'identité
- 0'59'49 : La préférence nationale et l'immigration
- 1'05'25 : La vision des problèmes de la société par le RN
- 1'11'55 : L'islamophobie et la stratégie du RN
- 1'17'47 : Les perceptions concrètes du discours politique
- 1'27'26 : Le pouvoir des médias et des électeurs
- 1'36'20 : L'implantation locale et la solidification de l'électorat
- 1'42'56 : Les réactions face aux discours de disqualification
- 1'47'19 : Compétence versus amateurisme: un argument clivant


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Depuis vingt ans, Pièces et main d'œuvre (PMO) ont publié une quinzaine de livres. Pour tout écologiste attaché à la nature et à la liberté, leur travail est aussi important que passionnant.
Pour PMO "la technocratie est la classe du savoir, de l'avoir et du pouvoir produite par le capitalisme industriel pour révolutionner constamment les produits, services et moyens de la puissance". Et "le transhumanisme est l'idéologie de la technocratie à l'ère des technologies convergentes, et à l'avènement du règne machinal".
Mais pour bien comprendre tout cela, il faut du temps. Au cours de 19 épisodes, nous faisons connaissance avec PMO, avec leur méthode de travail. Nous faisons également plusieurs voyages dans le temps, dans l'histoire de l'industrialisation de Grenoble, celle de la volonté de puissance, de l'eugénisme, du transhumanisme, de "l'emballement des technologies convergentes nous mènant au règne machinal et à l'incarcération de l'homme-machine dans le monde-machine".
Prenons notre temps, il y a beaucoup à explorer ensemble.


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Dans leur livre L'illusion du bloc bourgeois, Stefano Palombarini et Bruno Amable citent L'Art de la guerre de Machiavel : "Celui-là est rarement vaincu, qui sait mesurer ses forces et celles de l'ennemi." À partir de cette prise de position "néoréaliste", essayons de mesurer la dynamique et l'histoire des forces de l'ennemi en dissipant les nuages du chaos apparent.
La crise que nous traversons semble, désormais, se réduire et se résumer dans la "décision" devenue presque arbitraire du président Macron. Elle semble atteindre une forme paroxystique. Voire extatique. Les stratagèmes électoraux du macronisme, devenus inopérants, font place à ce qu'il reste lorsque la stratégie semble morte : le pur pari – l'action votive – le coup de poker.
Ce qui est en jeu dans cette dissolution, c'est bien tout le paradoxe d'une victoire par deux fois d'un président dont le soutien est une base sociale minuscule, obligé d'essayer de se rallier non seulement le "bloc bourgeois", ni de droite ni de gauche, mais, à terme, le "bloc identitaire" - seul bloc "populaire" encore compatible avec le libéralisme autoritaire.
En bref : il y a, depuis 40 ans, une vaste crise d'hégémonie et de dominance sociale.


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Émeutes de 2023, radicalisation du débat, partis politiques qui soufflent sur les braises, la paix civile est-elle en sursis dans les démocraties occidentales, ainsi que des fictions comme La Fièvre, série Canal + signée Éric Benzekri, ou Civil War d'Alex Garland, côté États-Unis, le suggèrent ?
François Bégaudeau, écrivain, et Pierre-Yves Rougeyron, président du Cercle Aristote, débattent de ces questions.
Un débat mené par Aude Lancelin.


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La petite bourgeoisie culturelle s'est fabriqué un destin collectif partagé entre des membres des classes populaires en ascension, grâce à l'école, et une fraction de la bourgeoisie en rupture avec le capital économique.
Le socialisme municipal des années 1970-1980 a libéré les initiatives locales, la vie associative, les pratiques artistiques ou sportives.
Elie Gueraut, sociologue, nous présente l'enquête qu'il a menée et qui montre comment cette effervescence collective retombe aujourd'hui faute de moyens et de soutiens politiques, participant au déclin des petites villes françaises.