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Historien de la philosophie et chercheur en sciences sociales, François Azouvi vient de publier, sur la mémoire de la Résistance et sur celle de Vichy, un essai qui ruine la prétendue déconstruction du mythe “résistancialiste” fabriqué par certains historiens à la fin du XXe siècle.
Français, on ne vous a rien caché. Mais pourquoi de très nombreux citoyens ont-ils cru, après 1970, qu’ils étaient les héritiers d’un passé honteux ?
Conférence :
- 0'01'49 : le travail mémoriel de la 2e Guerre Mondiale en France
- 0'10'40 : mystique et résistancialisme
- 0'29'00 : épuration et divisions politiques à droite (RPF) comme à gauche (PC et goulags)
- 0'35'49 : légitimité et légalité de Vichy
Discussion :
- 0'44'11 : la disparition de la génération de Gaulle dans les années 1970
- 0'56'00 : le rôle du récit mémoriel dans l'édification périodique de la nation.
- 0'59'33 : le syndrome de Vichy dès 1971
- 1'09'00 : polémique autour des propos antérieurs


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Politiste et président du Cercle Aristote, Pierre-Yves Rougeyron propose une exploration approfondie des grands thèmes structurants de l'histoire et de la société françaises.
À travers des épisodes thématiques, il interroge l'identité, l'enracinement, le sens du passé, la question des frontières, la centralisation, ou encore les modèles politiques, offrant des clés de lecture pour comprendre les défis contemporains de la France dans une optique souverainiste et sociale, à l'image du gaullisme dont il se réclame.
Une série d'interventions qui s'adresse à tous ceux qui souhaitent dépasser l'actualité immédiate pour saisir les racines profondes des crises actuelles et qui veulent s'armer -intellectuellement parlant !- pour faire face aux enjeux qui nous attendent.

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L'historien Éric Aunoble évoque la longue histoire de la paysannerie et du monde rural en Ukraine depuis le XIXe siècle, de la fin du servage jusqu'à la fin de la collectivisation.
Il se penche sur les traces que ces événements ont laissées dans les mémoires, ainsi que les usages politiques qui en sont faits, notamment celui de "l'holodomor", dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine débutée le 24 février 2022.
Un entretien mené par Sylvie Steinberg.


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En 1985, Paul Ricoeur habitait à Châtenay-Malabry. Les Murs Blancs… cette grande et belle demeure entourée d'un parc immense, devenue après la Libération, autour d'Emmanuel Mounier, le cœur battant de la revue et du mouvement Esprit, une sorte de phalanstère philosophique où furent réunies les familles Mounier, Fraisse, Marrou, Domenach. Seul protestant de ce bain catholique œcuménique, c'est là que Paul Ricoeur s'est éteint en 2005, à 92 ans.
Il y était arrivé en 1956 et ne l'avait jamais plus quitté ; pas même durant les années 70, quand il partageait son temps entre la France et le département de philosophie de l'Université de Chicago. Car dans ces années post-soixante-huitardes, durant lesquelles un fort vent de révolution soufflait ici dans les universités, ce fut avant tout loin de son pays que les travaux de ce philosophe croyant et non marxiste furent reçus à la hauteur qu'ils méritaient.
Ce "bon plaisir" ne manque d'ailleurs pas de revenir sur la violente agression physique dont il avait été victime à Nanterre en 1970. S'y invitent également Olivier Mongin, le pasteur André Dumas et les philosophes Jean-Marc Ferry, Cornelius Castoriadis et Emmanuel Levinas.
Une émission conduite par Emmanuel Hirsch.


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Depuis qu'a commencé en Ukraine la confrontation de l'Occident et de la Russie, l'emprise sur l'opinion d'une présentation médiatique accumulant chimères et préjugés atteint des niveaux inégalés. En dissimulant les faits et les enjeux cruciaux à l'origine d'une crise commencée bien avant février 2022, en manipulant les peurs fantasmagoriques pour mieux mobiliser sous la bannière atlantiste, en imposant non seulement à l'opinion mais à l'ensemble des partis politiques leur rhétorique belliciste, les entreprises médiatiques se posent plus que jamais en seules détentrices du discours légitime.
Décryptant cette imposture, Fabrice Garniron revient également sur les torts des Etats occidentaux : les engagements pris par eux après la chute du mur de Berlin puis leur trahison peu après, leur volonté de prendre le contrôle de l'Ukraine quitte à déclencher une guerre civile, l'instigation d'un putsch sanglant pour renverser en 2014 un gouvernement démocratiquement élu et leur alliance avec la mouvance néonazie ukrainienne.
Au-delà du cynisme, Fabrice Garniron, voit dans cette logique de guerre une cause fondamentale : le suprémacisme, qui est au coeur de la vision du monde des élites occidentales, décidées à imposer au reste du monde ce que jamais elles ne voudraient se voir imposer. Dérive séculaire mais que le déclin inexorable de l'Occident a paradoxalement accélérée.


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Titulaire de la chaire "Histoire contemporaine du monde arabe", Henry Laurens nous propose de nous arrêter dans l'atelier de l'historien afin de comprendre ses enjeux et ses concepts. En 2013 déjà, dans la revue Débat, il rappelait l'opposition entre le rôle des historiens et la société, "le besoin de savoir ne doit pas se transformer en posture d'accusateur, voire en juge et en jury. Si, à la rigueur, on peut assimiler l'historien à un juge d'instruction qui instruit à charge et à décharge, il n'est pas là pour effectuer le reste de la procédure judiciaire". Il souligne également ici que "les historiens doivent reconnaître qu'ils ne sont pas les maîtres de la représentation du passé. Ils ne sont que les artisans du segment scientifique de la mémoire".
Après avoir rappelé les bases de la connaissance historique, Henry Laurens pose la question des comparatismes et revient sur le développement de l'orientalisme et l'occidentalisme de l'époque moderne à la décolonisation. Avant d'ouvrir l'enquête sur ce qu'il appelle le "passé imposé", il revient sur les différentes formes de violences au XXe et au XXIe siècles et fait état d'un passage de la figure du combattant à celle de la victime, d'une culture de la guerre à une culture de la paix, tandis qu'il note que le djihadisme au XXIe siècle relève des deux cultures.
Alors que la demande sociale de "thérapies mémorielles" va croissant, il est salutaire que l'historien prenne du recul face à sa pratique pour comprendre les spécificités de sa mission, de ses productions et de ses outils de travail.


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Représentation, mise en scène ou configuration de processus et de situations historiques, l'écriture de l'histoire engage une pensée de l'historicité en délimiteant les contours du domaine historique, définissant ses acteurs, ses modes de production de la différence des temps, ses rythmes, ses échelles, élaborant ses méthodes et sa déontologie.
L'historien Laurent Henninger nous expose les rouages de son métier et revient sur ce que l'écriture de l'histoire appelle comme analyse et réflexion sur ses propres procédures d'accès au passé, sur sa corrélation au présent et à l'avenir, sur ce qu'elle conçoit comme sa vérité.


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C'est en revenant sur les tribulations politiques que connaît l'association Memorial que l'historien Eric Aunoble détaille les problèmatiques d'une histoire partagée et de mémoires divisées entre la Russie et l'Ukraine.
- 01'20 : Les menaces pesant sur l'association Memorial
- 03'05 : Le sens et le rôle de cette association née pendant la Perestroïka
- 07'00 : La fin des années 1980, moment de passion pour les révélations sur le passé soviétique
- 08'20 : Quels sont les acteurs à l'origine de Memorial ?
- 11'20 : Le rôle fondamental de Memorial pour documenter noms, lieux, archives de la terreur d'État soviétique, avec des bases de données
- 17'00 : Les résistances à ce travail, en Russie comme en Ukraine, avec un contre-récit nationaliste russe
- 23'20 : Le travail de Memorial sur les atteintes contemporaines aux droits de l'homme, à travers les guerres de Tchétchénie en particulier, sur fond de crise économique
- 27:30 : Les soutiens à Memorial de la communauté académique internationale, et les dilemmes des libéraux en partie coupés de la société russe
- 32:00 : L'inscription de l'affaire Memorial dans un contexte plus large d'usages du passé en Russie avec des mélanges mémoriels
- 34'00 : Les déclinaisons ukrainiennes de ces enjeux mémoriels avec la figure de Makhno et ses usages
- 38'00 : Quelle réception du "roman national" russe et poutinien dans la société ?
- 46'30 : Quels effets dans le champ académique ?