Doit-on réveiller l'idée de progrès ? Avec Michaël Foessel sur France Culture.


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07.05.2016

L'idée de progrès était une idée doublement consolante. D'abord, parce qu'en étayant l'espoir d'une amélioration future de nos conditions de vie, en faisant miroiter loin sur la ligne du temps un monde plus désirable, elle rendait l'histoire humainement supportable. Ensuite, parce qu'elle donnait un sens aux sacrifices qu'elle imposait : au nom d'une certaine idée de l'avenir, le genre humain était sommé de travailler à un progrès dont l'individu ne ferait pas lui-même forcément l'expérience, mais dont ses descendants pourraient profiter.
En somme, croire au progrès, c’était accepter de sacrifier du présent personnel au nom d'une certaine idée, crédible et désirable, du futur collectif. Mais pour qu'un tel sacrifice ait un sens, il faut un rattachement symbolique au monde et à son avenir. Est-ce parce qu'un tel rattachement fait aujourd'hui défaut que le mot progrès disparaît ou se recroqueville derrière le seul concept d'innovation, désormais à l'agenda de toutes les politiques de recherche ? D'où vient que l'avenir a pris la figure de l'ennemi et non plus celle de l'ami ?

Émission "La Conversation scientifique", animée par Etienne Klein.

De l'anéantissement de l'espace par le temps à l'abolition de l'espace-temps : utopie et uchronie du management scientifique. Avec Baptiste Rappin pour l'université Sorbonne-Nouvelle .


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22.04.2021

Le management scientifique relève de l'utopie en ce qu'il est sans site, sans topos, car il est plus porté par une dynamique temporelle, celle de la synchronisation générale des activités humaines, que désireux de s'enraciner dans un lieu singulier. On peut également soutenir une thèse semblable en ce qui concerne le rapport social qu'instaure le capitalisme au sein duquel l'impératif abstrait de valorisation ne prend sens qu'avec les quanta de temps de travail social dépensés lors d'une activité productive.
C'est donc sous l'angle de la temporalité que peuvent être conjointement saisies les deux grandes révolutions modernes que sont le capitalisme et le management.

Une intervention dans le cadre des "leçons de la Sphère", dispensées par Carlos Pereira.

L'innovation et la peur en temps de guerre. Avec Michel Goya pour l'IRSEM.


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09.2019

Michel Goya est un essayiste particulier, qui allie la vocation militaire à la rigueur de l'historien. Dans le cadre de cet entretien, il revient sur deux de ses livres, Sous le feu. La mort comme hypothèse de travail (Tallandier) et S'adapter pour vaincre (Perrin).
L'occasion de développer des thématiques aussi différentes que l'expérience du feu, la formation des soldats et le problème des "savoir-faires disparus" à certaines époques au sein de l'institution, son intérêt pour la Grande guerre et la manière dont celle-ci fonctionne comme un cas d'école du changement en contexte de guerre, la problématique de l'innovation technique ou encore la notion de "doctrine", centrale dans le fonctionnement militaire, de sa naissance au XIXe siècle jusqu'à ses mutations contemporaines.

Émission "Le Collimateur", animée par Alexandre Jubelin.

La tradition, penser après et d'après. Avec Jean-Luc Marion à l'Université de Caen.


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16.10.2019

Le terme de tradition est d'un usage fréquent en philosophie, et pourtant même là il se trouve rarement défini ; on peut même dire que très souvent le terme de tradition ne reçoit pas la dignité d'un concept, et sert avant tout d'arme idéologique. Ainsi, pour affirmer un nouveau commencement en philosophie, on cherche, par exemple, à faire table rase de la tradition passée. Autrement dit, on se donne souvent la facilité d'opposer le nouveau concept (de nature, d'histoire, d'homme, de société etc.) avec un concept "traditionnel" que l'on se garde bien de définir et qui devient en quelque sorte un fourretout. Cela souligne déjà qu'il ne suffit pas de tout ignorer pour pouvoir commencer quelque chose de nouveau.
De ce point de vue, le rapport de la philosophie à la tradition peut servir d'analyse "exemplaire" pour tenter d'élucider le sens de la tradition en général, dans la mesure où la philosophie se comprend et se vit comme une tradition. En effet, afin qu'une pensée neuve puisse apparaître, il est nécessaire de parvenir à identifier, le plus clairement possible, la thèse que l'on veut réfuter, et dont la réfutation va servir de fondement à de nouvelles analyses. Il est alors possible de dire, au-delà du seul exemple de la philosophie, qu'il n'y a d'innovation possible qu'à partir d'une démolition radicale, et c'est pourquoi tout commencement est un recommencement.
Néanmoins, une thèse nouvelle ne peut se poser qu'en constituant en plus une autre tradition dont elle va se comprendre comme étant l'aboutissement. En un sens, cela semble être une loi d'essence de toute pensée commençante qu'elle constitue deux traditions : celle qu'elle refuse et celle dont elle se réclame. Même si bien évidemment, dans les deux cas, la tradition passée peut être déformée à partir des questions présentes, quitte à projeter sur les textes des expressions anachroniques. Néanmoins, c'est dans cette reprise, même déformante, que la tradition n'est pas la mémoire morte des vivants, mais la mémoire vivante des morts. De ce point de vue, il y a bien un lien d'essence entre innovation et tradition ; c'est même une exigence méthodologique de l'innovation que de se construire à partir de véritables désaccords, et non bien sûr à partir de simples disputes contingentes liées à l'air du temps.
En fin de compte, il est possible de dire que dans tout acte de pensée véritable, il y a toujours trois traditions : celle que l'on refuse, celle dont on se réclame, et enfin celle qui se trouve ouverte. Ainsi, c'est à partir de l'avenir que le sens du passé peut-être constitué, et cela sans tomber dans un simple relativisme. En conséquence, ceux qui font abstraction de la tradition, ou qui ont un rapport très léger avec elle, ne font finalement que répéter ce qui a déjà été dit. Il n'y a pas de philosophie sans une authentique histoire de la philosophie. La question se pose alors de savoir s'il est possible d'avoir accès à l'origine d'une tradition et donc de savoir si une tradition est véritablement achevable, ou bien si le propre d'une tradition est d'être inachevable, même si elle meurt un jour.

Une communicatin donnée dans le cadre du séminaire "Enjeux de l'écriture".

La révolution numérique. Avec Olivier Ezratty pour le podcast Sismique.


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02.2019

L'accélération du progrès technologique est peut-être ce qui caractérise le mieux notre époque. Nous avons développé des outils qui nous donnent un pouvoir immense et d'une sophistication encore inimaginable il y a quelques décennies.
La révolution numérique en particulier a eu pour conséquence une accélération du rythme de l'innovation, permettant notamment à l'information de circuler tout le temps et partout, au point que nous sommes tous plus ou moins dépassés par la profondeur et vitesse de changement de notre environnement.
Olivier Ezratty est un veilleur technologique qui passe son temps à tenter de comprendre ce que le développement et la diffusion des technologies numériques impliquent pour la société, les entreprises et les individus. Il revient ici sur l'histoire récente de la tech, de l'intelligence artificielle, de l'informatique quantique et de ce qu'il faut en retenir pour mieux appréhender la complexité du monde actuel et imaginer ce qui arrive.

Un entretien mené par Julien Devaureix.

Pourquoi (et comment) critiquer la technologie aujourd'hui. Avec Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Alain Gras et Paul Jorion pour Sciences Critiques.


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29.05.2019

C'est en compagnie des historiens Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige et des socio-anthropologues Alain Gras et Paul Jorion qu'est abordé la nécessité de faire émerger une communauté technocritique aujourd'hui, dont les armes intellectuelles doivent être renouvelées en fonction des enjeux qui sont les nôtres. Le projet politique alternatif de la décroissance, l'action directe contre les machines ou encore le retour à une véritable culture humaniste nous donnent-il un but pour lequel nous pourrions nous battre ?

Interventions :
 1. L'Anthropocène, ou les dégâts du progrès, par Jean-Baptiste Fressoz
 2. Une (brève) histoire de la technocritique, par François Jarrige
 3. Les imaginaires de l'innovation technique, par Alain Gras
 4. Les effets et les méfaits du techno-capitalisme, par Paul Jorion

S'adapter pour vaincre. Avec Michel Goya pour l'Institut libre d'étude des relations internationales.


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05.03.2020

Les changements politiques, sociaux, techniques et économiques qui se sont succédés depuis la fin du XVIIIe siècle ont engendré de grands bouleversements au sein des nations devenues "industrielles", qui sont parvenues notamment à transformer l'énergie de manière nouvelle et à produire des biens en masse. Mais ce nouveau monde industriel est aussi un monde d'affrontements, et les armées sont naturellement au coeur de ces turbulences. Elles aussi sont amenées à se transformer, poussées par l'évolution en toute chose et surtout celle de leurs ennemis.
Quand et pourquoi innovent-elles dans la manière dont elles combattent ? Sont-elles condamnées, si elles ne sont pas assez rapides, à refaire la guerre précédente ? Est-il plus facile d'innover en temps de paix, ou au contraire en temps de guerre, au contact des réalités ? Comment s'articule, dans ces efforts, l'action des institutions internes aux armées avec les pouvoirs externes - de l' "arrière", du pouvoir politique et peut-être surtout de l'ennemi ?
C'est à toutes ces questions, parmi beaucoup d'autres, que répond Michel Goya. Abordant le phénomène de l'innovation militaire dans sa globalité, il s'attarde particulièrement sur la transformation de l'armée française pendant la Grande Guerre, un exemple qui illustre et démontre la nécessaire adaptation de l'art militaire face aux circonstances et aux innovations du moment.

Le transhumanisme. Avec Olivier Rey et Jacques Testart à l'Ecole Normale Supérieure Paris-Saclay.


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23.01.2019

Icare se brûlera t-il deux fois les ailes ? Le transhumanisme se résume-t-il à une question éthique ? Et peut-on parler des lois de la "dénature" ?
Le biologiste Jacques Testart et le philosophe et mathématicien Olivier Rey, deux penseurs de renom, échangent ensemble pour nous inviter à saisir les enjeux du transhumanisme, idéologie qui promet notamment le dépassement de l'homme par la technique.