Les premières organisations politiques humaines sont, certes sous des formes diverses et limitées, démocratiques. Et même si les définitions de la démocratie sont très nombreuses, que les spécialistes de science politique ne s'accordent pas sur ce qu'elle est et que les critiques ne manquent point, la démocratie relèvent d'une exigence morale et d'une certaine conception de la dignité de l'homme.
L'idée républicaine, quant à elle, reste une idée neuve : nous sommes loin d'en avoir épuisé ou même deviné tout le potentiel. Des citoyens libres dans une république émancipée : voilà ce qui permet de redéfinir un idéal libérateur pour notre époque.
C'est dans l'articulation de ces deux idéaux - démocratie et républicannisme -, que s'entrevoit une perspective émancipatrice.
Quelle est la véritable origine de la pensée politique moderne ? Où sont ses sources authentiques ? Comment est advenue et s'est bâtie cette révolution fondatrice ? Rénovant de fond en comble l'histoire de la pensée, Blandine Kriegel nous livre ici ses réflexions quant à la Florence du Quattrocento. Pourquoi a-t-elle inauguré le retour à l'Antiquité, défini la Renaissance, constitué un modèle en Europe et a-t-elle si précocement disparu ?
Personne n'ignore l'éclat de ses artistes, Brunelleschi, Botticelli, Vinci, Michel-Ange, mais qui mesure l'importance de ses penseurs, Salutati, Bruni, Alberti, Cues, Valla, Politien ? Qui sait l'influence de l'humanisme civique, le rôle des sciences physiques et historiques, la hiérarchisation intellectuelle de la rhétorique, de la logique et de la philologie qui a conduit leur démarche ? Et comment analyser leur double mouvement : l'échappée vers l'ésotérisme qui déporte la cité vers l'utopie à la manière du Songe de Poliphile et l'attachement au réel du Prince amer, abrupt et armé de Machiavel ?
La République imaginaire montre comment Florence, avec ses papes, ses potentats, ses peintres et ses philosophes, demeure au coeur de notre rêve politique.
Les Romains de la République ne savaient pas qu'ils vivaient en République. Mais ils savaient que la Res publica est "incertaine et imprécise, fluctuante et ouverte, en tant qu'elle est du ressort des citoyens" et que cette indétermination même est la "seule condition de la politique comme monde commun".
C'est en tout cas la thèse que défend Claudia Moatti, historienne en études romaines anciennes, complétée par une discussion plus générale sur les usages de l'histoire, l'art de comparer et la puissance de l'imagination politique.
Émission "Matières à penser", animée par Patrick Boucheron.
La gauche radicale est-elle soluble dans la République sociale ? C'est en tout cas à un débat d'idées entre le romancier François Bégaudeau et la journaliste Natacha Polony que nous sommes conviés, débat qui permet de mesurer les points de contact et de friction entre les diverses forces politiques qui résisent encore au néolibéralisme au nom de la défense des classes populaires.
- 0'00'00 : Introduction
- 0'03'30 : Présentations
- 0'06'20 : Vision du quinquennat Macron des deux invités
- 0'18'05 : C'est quoi la "Macronie" ?
- 0'38'00 : Le souverainisme
- 0'48'00 : La place du RN en 2022
- 1'38'00 : Votre vision de la république ? Ses forces, faiblesses, limites ?
- 1'48'15 : Le débat est-il vraiment utile ? N'assistons-nous pas à une division au sein du peuple ?
- 2'04'00 : Conclusion, qu'avez-vous pensé de ce débat ?
Depuis la disparition du général de Gaulle, un spectre hante toujours plus la France : celui de l'identité. Les Français ne savent plus qui ils sont. Médias et intellectuels, toujours prompts à se tourner vers "l'Autre", assurent que la France, c'est la République, les droits de l'Homme, les valeurs, l'universel.
Mais si la France ce sont des "valeurs", des "idées", alors qu'est-ce que le peuple français ? Que deviennent la langue, le territoire, les moeurs et les traditions ?
Confusion profonde entre valeurs et culture, universalisme idéologique, passions antagonistes pour l'élitisme et l'égalitarisme, telles sont, selon Paul-François Paoli, les questions qui se trouvent au centre du malaise identitaire français.
Dans cette conférence, il les dissèque et y répond avec clarté, ouvrant la voie au retour de l'identité paisible, ce sentiment d'être soi et pas un autre.
Émission "Le monde de la philosophie", animée par Rémi Soulié.
Un nouveau rapport sur la laïcité qui vient d'être remis au gouvernement fait le constat d'un "fléchissement de la mobilisation" sur ce sujet. Est-ce à dire que la laïcité est mal défendue ? Ou au contraire, qu'elle peut faire l'objet de plusieurs interprétations ?
Toujours selon son rapporteur, il semblerait que c'est dans "les territoires de la géographie prioritaire de la politique de la ville" que les contestations sont les plus fortes, autrement dit dans les quartiers populaires. Principal élément perturbateur selon lui : l'islam radical.
Comme le note l'Agence France Presse, ce rapport a été "fraîchement accueilli" dans certains milieux. Et ceci n'a rien de surprenant : depuis quelques années, la laïcité est redevenue un sujet de crispation, en particulier à gauche, entre les tenants d'une approche dite 'libérale', voire ouverte, et ceux qui défendent au contraire sa stricte application, pas seulement à travers la loi mais aussi en termes de principe politique. Ces positions sont-elles vraiment irréconciliables ?
Émission "Du Grain à moudre", animée par Hervé Gardette.
Qu'est-ce que la République ? Quels sont ses principes et ses valeurs ? Certains prétendent que la République ne serait plus qu'un mot "vide de sens". Pourtant, elle continue de fédérer les Français autour d'un même espoir de "dignité pour tous".
Paradoxalement, l'histoire de la République reste mal connue. Présenter cette histoire controversée et toujours amplement débattue impose de remonter à ses fondements idéologiques à partir de la redécouverte d'Aristote au Moyen Âge qui donna naissance à un "républicanisme classique" qui se répandra des Cités italiennes aux États-Unis d'Amérique. Mais les "Lumières radicales" vont donner à ce républicanisme une connotation particulière en France, en l'associant à la démocratie, ce qu'on a appelé l' "exception républicaine française".
À partir de 1789-1792, la République devient l'objet de grands affrontements politiques et pendant plus d'un siècle source de divisions, parfois même au sein du camp républicain. Plus complexe que ne le laissait jadis entrevoir l'étude téléologique de l'idée républicaine, l'histoire que nous raconte Thomas Branthôme révèle qu'il n'y a pas une tradition républicaine mais plusieurs (conservatrice, libérale, jacobine, plébéienne). Le ralliement de la plupart des traditions politiques à l'idée républicaine au cours du XIXe siècle s'est ainsi faite sous ces couleurs diverses, habillant parfois des conceptions fort opposées.
Avant même son arrestation et son exécution lors de Thermidor (juillet 1794), Maximilien Robespierre a été outrancièrement vilipendé et calomnié par les ennemis de la Révolution, en particulier par les presses royaliste et anglaise. Son élimination a été immédiatement justifiée par une diabolisation destinée à discréditer tout projet de démocratie réelle au profit d'un système représentatif reléguant le peuple à la passivité et laissant aux possédants le monopole d'un gouvernement "des compétences" mené en fonction de leurs intérêts.
En évoquant les différents regards successivement portés sur l' "Incorruptible" jusqu'à nos jours, les historiens Marc Belissa et Yannick Bosc montrent la permanence de l'enjeu politique essentiel qui s'est cristallisé autour de cette figure. Enjeu qui demeure on-ne-peut-plus actuel : la démocratie réelle, où l'action des représentants seraient strictement contrôlée par le peuple, est-elle possible ?
Émission "La grande H.", animée par Julien Théry.