Notre attention est-elle une ressource limitée ? Avec Matthew B. Crawford sur France Culture.


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06.06.2016

Notre attention est devenue un bien monétisable - la publicité l’a bien compris. Face à ces sollicitations permanentes, mais aussi à l’explosion des possibilités d’objets d’attention, démultipliées par la technologie, notre capacité d’attention est-elle menacée ?
Alors que peu de penseurs ont tenté une définition de ce concept, le philosophe-mécanicien Matthew B. Crawford la considère à la fois comme une expérience de l’intime et un bien commun. Il nous propose dans Contact : pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver de tenir une position médiane entre une attention qui ne soit ni un retrait complet du monde, ni une posture excessivement volontariste.

Emission "La Grande table", animée par Caroline Broué.

Les patrons de la presse nationale, tous mauvais ! Avec Jean Stern à la Sorbonne.


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19.02.2013

Le rachat des journaux régionaux du groupe La Provence par l’homme d’affaire Bernard Tapie a récemment alimenté, dans le milieu politique, un débat sur les arrière-pensées qui pourraient avoir motivé sa démarche. L’intéressé a largement contribué à nourrir ces soupçons, affirmant publiquement qu’il "ne connaît rien à la presse", laissant entendre qu’il fallait donc chercher ailleurs la motivation de ce rachat. En quoi cette anecdote est-elle symptomatique d’un certain regard sur le fonctionnement et les usages possibles de la presse en France ? On peut relever que cette conception utilitaire s’avère très répandue chez les élites françaises : l’histoire récente ne manque pas d’exemples d’industriels, de financiers, de responsables politiques qui se sont appuyés, à un moment ou à un autre, sur un ou plusieurs média dont ils étaient propriétaires pour favoriser leur candidature à la tête d’une mairie, à l’obtention d’appels d’offres, ou encore pour faire œuvre de militantisme. Au-delà, on peut noter que cette vision de la presse procède d’une idée très bien reçue, au-delà du cercle restreint des potentiels propriétaires de journaux : ces derniers seraient tout-puissants face à la rédaction de leur titre, et pourraient faire publier ce qu’ils veulent aux médias qu’ils possèdent. Cette conception de la relation entre les groupes de presse et leurs propriétaires procède d’un oubli général du monde complexe de travail des médias, de l’histoire singulière de chaque titre, du rapport fragile qu’il entretient avec son public.
Le présente séance se propose d’aborder cet impensé à partir de l’objet "patron de presse", en posant cette question : à quoi les propriétaires de médias sont-ils supposés servir? Dans quelle mesure les difficultés actuelles de la presse française, et notamment celle de la presse quotidienne, sont-elles imputables à leurs propres errances gestionnaires ? Une discussion rigoureuse et informée sur le rôle de ces dirigeants, et d’une manière plus générale sur l’environnement économico-industriel dans lequel ils exercent leurs décisions, permettra notamment d’éclairer les paradoxes dans lesquels la presse française se débat en tant qu’industrie culturelle. Plus précisément, cette discussion pourra intéresser celles et ceux qui assistent, en observateurs, aux mutations que cette activité subit face au développement protéiforme de l’économie de la gratuité.

Cette nouvelle édition du séminaire "figures médiatiques de la représentation" reçoit ainsi Jean Stern, journaliste et formateur. Sa présentation lui donne l’occasion de rappeler la thèse de son livre Les patrons de la presse nationale, tous mauvais qui est ensuite discutée par Franck Rebillard, professeur d’économie des médias à l’université Paris 3.

Politique des médias. Audition programmatique d'Henri Maler et de Pierre Rimbert pour La France insoumise.


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2016

Alors que la presse française titube, l'exigence s'affirme d'un modèle radicalement différent. Quel serait son cahier des charges ? Produire une information de qualité soustraite à la loi du marché comme aux pressions du pouvoir, loger numérique et papier à la même enseigne et inventer un mode de financement solide et juste.
Surprise : les propositions de changement existent et les actions nécessaires à la mise en place de cette nouvelle production de l'information ne sont pas si difficiles que ça à mettre en place !
Et c'est en présence de plusieurs membres de "La France insoumise" que Pierre Rimbert, journaliste au Monde diplomatique et Henri Maler, fondateur d'Acrimed, nous exposent leurs réflexions pour que le quatrième pouvoir deviennent une réelle question démocratique que les citoyens s'approprient.

La société du spectacle. Avec Patrick Marcolini à la Bibliothèque nationale de France.


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13.04.2013

Le concept de "société du spectacle" est le plus souvent mal compris et ne rend pas justice de la puissance de l'analyse développée au sein du mouvement situationniste en général, et par Guy Debord en particulier.
C'est bien l'analyse du spectacle comme modalité de l'aliénation qui est originellement visée, et la dénonciation d'un rapport social où l'identification psychologique des masses s'accorde aux représentations de la vie qui leur sont données à voir. La conséquence n'étant autre que leur maintient dans un état de passivité quant à leur vie réelle.
Avec Patrick Marcolini, retour sur la genèse de ce concept qui trouve ses racines dans la critique que Bertolt Brecht fait du théâtre.

Ces histoires qui nous gouvernent. Avec Christian Salmon au Théâtre du Rond-Point à Paris.


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30.11.2012

Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une "arme de distraction massive".
L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré.
Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine.

La cité perverse. Avec Dany-Robert Dufour au Centre d'Enseignement Multimédia Universitaire à Caen.


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25.03.2014

La crise, qui n'est pas seulement économique et financière, a mis à nu ces mécanismes pervers qui régissent aujourd'hui le fonctionnement de la Cité. S'il faut s'empresser de les révéler, c'est parce qu'il est fort possible que bientôt, en attendant une nouvelle crise de plus grande ampleur encore, tout redevienne comme avant. Entre-temps, nous aurons mesuré l'ampleur des dégâts.
Nous vivons dans un univers qui a fait de l'égoïsme, de l'intérêt personnel, son principe premier. Ce principe commande désormais tous les comportements, ceux de l' "hyperbourgeoisie" ou des bandes de jeunes délinquants comme ceux des classes intermédiaires. Destructeur de l'être-ensemble et de l'êtresoi, il nous conduit à vivre dans une Cité perverse.
Pornographie, égotisme, contestation de toute loi, acceptation du darwinisme social, instrumentalisation de l'autre : notre monde est devenu sadien. Il célèbre désormais l'alliance d'Adam Smith et du marquis de Sade. À l'ancien ordre moral qui commandait à chacun de réprimer ses pulsions, s'est substitué un nouvel ordre incitant à les exhiber, quelles qu'en soient les conséquences.
Revisitant l'histoire de notre monde depuis la crise de 1929, Dany-Robert Dufour éclaire notre parcours. Afin de mieux savoir comment sortir de ce nouveau piège (a)moral.

Le nouvel ordre narratif. Avec Christian Salmon au Centre de Recherches sur les arts et le langage.


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11.2009

Le champ d’études ouvert par les nouveaux usages du récit est immense, sous l’autorité de multiples disciplines, qui se disputent des territoires aux contours flous parmi lesquels on peut repérer quatre entités ou régions principales :
 1) Au niveau microéconomique de l’entreprise, le storytelling est investi par les techniques de production ("storytelling management") et de vente ("marketing narratif") qui permettent de produire, de transformer et de distribuer des marchandises. Il désigne des modes d’actions et des dispositions de contrôle qui ont pour but de répondre à une crise générale de la participation et à la nécessité d’une mobilisation permanente des individus. Les techniques du storytelling interviennent ainsi dans les organisations afin de convertir des schémas ou des plans d’organisation en conduites individuelles. Ce sont des pratiques de configuration concrète des conduites : apprentissage, adaptation, formation, guidage et contrôle des individus, mais aussi de gestion des flux émotionnels, des investissements affectifs, d’organisation du sensible.
 2) Au niveau juridico-politique, le storytelling inspire de nouvelles techniques de pouvoir qui déterminent la conduite des individus, les soumettent à certaines fins par le quadrillage des territoires, la télésurveillance et le profilage narratif rendu possible par le croisement des fichiers. C’est l’équivalent de ce que Michel Foucault avait repéré et qualifié de "pouvoir d’écriture" à la naissance des sociétés disciplinaires (apparition des registres, des fichiers) et qui se prolongerait aujourd’hui à l’heure numérique par un pouvoir de narration capable non seulement d’enregistrer les allées et venues et les faits et gestes des individus, mais de prévoir leur comportement, de profiler leur histoire et de l’anticiper.
 3) Au niveau macropolitique, ce que Foucault appelait la "gouvernementalité", on constate la multiplication des références légitimantes au récit comme discours de validation des pratiques sociales, et de légitimation de l’ordre social dans lequel s’inscrivent ces pratiques telles qu’elles s’expriment par exemple dans les discours des hommes politiques. Ce storytelling (comme ethos qui s’oppose au storytelling comme praxis des niveaux 1 et 2) a pour but de justifier et d’engager les masses, de synchroniser et de mobiliser les individus et les émotions. C’est l’œuvre des storyspinners, des candidats et des agences de lobbying et de narration politique.
 4) Au niveau individuel, le storytelling se manifeste aussi dans les nouvelles techniques d’écriture et de jeux (digital storytelling) aux applications sans cesse nouvelles (blogs, chat, jeux interactifs en ligne, etc.) et qui permettent aux individus de prolonger l’action régulatrice des pouvoirs par des conduites d’auto-examen et d’autocontrôle. Cette mise en récit de l’existence par le sujet lui-même généralise un nouveau mode d’individuation : une autoprésentation de soi qui est à la fois écriture et exhibition. Autocontrôle narratif des individus : autoblographies, webcam, second life…
L’exposé s’est concentré sur deux points.
 1. Obama in fabula : Barak Obama a élevé le storytelling politique au rang d’un nouvel art rhétorique. Il doit sa victoire à un modèle nouveau, qualifié par Christian Salmon de "carré magique" : 1) raconter une histoire capable de constituer l’identité narrative du candidat (Storyline) ; 2) "inscrire l’histoire dans le temps" de la campagne, gérer les rythmes, la tension narrative tout au long de la campagne (timing) ; 3) "cadrer le message" idéologique du candidat (framing), c’est-à-dire encadrer le débat, comme le préconise le linguiste Georges Lakoff, en imposant un "registre de langage cohérent" et en "créant des métaphores" ; 4) "créer le réseau" sur Internet et sur le terrain, c’est-à-dire un environnement hybride et contagieux susceptible de capter l’attention et de structurer l’audience du candidat (networking).
 2. Kate Moss Machine : le "système de la mode" décrit par Roland Barthes à la fin des années 1960, immuable et souverain avec ses sentinelles silencieuses du style et sa loi d’euphorie, explose au début des années 1990. La mode sort de ses gonds. Elle fusionne avec la culture de masse et vivra désormais au rythme de ses polémiques et de ses scandales. Christian Salmon poursuit son enquête sur le "nouvel ordre narratif" en interrogeant la figure énigmatique de Kate Moss, mannequin célèbre dans le monde entier et nouveau mythe "trash" à l’âge d’Internet… Avec le corps maigre et mobile de Kate Moss, c’est une nouvelle figure qui apparaît au tournant du XXe siècle, celle d’un sujet idéal, adaptable en toutes circonstances, capable de se réinventer sans cesse à travers la mise en scène et la narration de soi.

La société de l'indécence. Avec Lucien Cerise et Thibaut Philippe sur Méridien Zéro.


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21.11.2014

En 1983, Stuart Ewen publiait "Consciences sous influence - Publicité et genèse de la société de consommation". Ce livre, devenu aujourd'hui introuvable alors qu'il était pour beaucoup une référence incontournable de la critique sociologique, est republié aux éditions du Retour aux Sources sous un nouveau titre : "La société de l'indécence". 
Stuart Ewen y retrace l'origine de ce que Guy Debord nomma pour sa part le Spectacle, allié objectif bien que jamais défini comme tel de la guerre culturelle menée pour l'expansion du modèle américain, finissant par instaurer après des décennies de mise en œuvre une véritable société de l’indécence, en opposition frontale avec la fameuse common decency (décence commune) de George Orwell si chère à Jean-Claude Michéa.
L'auteur démontre dans son livre que ce nouvel ordre "libéral-libertaire" mondial, loin d'être l'aboutissement d'une évolution spontanée, a bien été mis en place de manière concertée selon des méthodes scientifiques de planification et d'ingénierie sociale.
En fidèles disciples d’Ewen, Lucien Cerise et Thibaut Philippe nous expliquent ici la genèse, les ambitions et les techniques mises en œuvres par le système pour imposer le modèle de cette "société de l’indécence".

L'émission est animée par Jean-Louis Roumégace.