Anti-Dewey, en défense de la certitude. Avec Pascal Engel au Collège de France.


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03.11.2016

Dewey fut longtemps le seul philosophe américain connu et influent, notamment pour ses théories de l'éducation et son engagement politique.
Mais ce qui fait sa spécificité est son épistémologie "expérientialiste", non au sens où elle traiterait la sensation comme un donné, mais au sens où celle-ci est toujours déjà tissée de croyances, qui sont non pas des enregistrements passifs mais des dispositions à agir. En conséquence de quoi la conception deweyenne de la vérité devient une "assertion garantie" et un consensus sur le plan collectif.
Ce rejet de la conception classique de la vérité comme correspondance (avec les faits) et la conception traditionnelle selon laquelle la connaissance théorique prend le pas sur la connaissance pratique nous semble très contemporain, à nous qui avons renoncé aux vérités et aux fins transcendantes, et qui croyons qu'il nous faut inventer nos valeurs et réviser sans cesse nos croyances dans un univers incertain...

La Foi Obscure. Avec Pierre Magnard au Cercle Retour au Réel.


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21.01.2019

Durant ses études, Pierre Magnard reçut de Jean Beaufret l'interpellation de Heidegger, qui fit vaciller ses certitudes et une certaine manière d'être chrétien. Ce vacillement le conduisit vers Pascal, dont l'angoisse colore la foi d'une manière inoubliable.
C'est de cette "foi obscure" dont nous parle Pierre Magnard : une foi faisant l'épreuve du néant en l'homme et du silence de Dieu, un christianisme fondé non sur l'usage d'une raison dogmatique mais d'une raison joueuse, laquelle, tout en sachant que c'est le coeur qui lui donne ses principes, se déploiera en toute liberté.

La laïcite, un principe d'émancipation ? Avec Anastasia Colosimo pour ACTISCE à Paris.


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01.01.2019

Avant de constituer un principe juridique d'organisation entre les religions et le pouvoir politique, la laïcité est la formalisation de l'idée que l'être humain est seul souverain de sa pensée. La liberté de conscience qui lui est octroyée par ce principe l'affranchit de toute pression exogène sur sa conscience, qu'elle soit morale, religieuse, philosophique ou politique. La laïcité participe, à titre d’outil conceptuel et juridique, à l'émancipation de chaque individu. C’est en résistance aux violences provoquées par les discordes religieuses, que l'Europe a progressivement promu la laïcité. Voir aujourd'hui dans la laïcité un facteur de racisme parait donc aberrant.
Pourtant, une symétrie se dessine entre, d'une part, l'idéologie ethnocentriste identitaire et, d'autre part, l'enfermement communautariste promu par l'islamisme politique.
L'universalisme laïque, lui, se construit à distance de tout préjugé et aux antipodes de l'idéologie ethnocentriste des colonisateurs. Et Anastasia Colosimo nous rappelle ici la nécessité de défendre les principes politiques qui font l'exception de la société française.

Une conférence organisée au "Patronage laïque Jules Vallès".

Les secrets de l'anthroposophie. Avec Grégoire Perra pour La Tronche en Biais.


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14.11.2018

Philosophie karmique teintée d'astrologie et "science" volontiers occulte de la psyché, l'anthroposophie a de très nombreux adeptes, dont certains dans les plus hautes sphères de la société.
Fatras de croyances né sous la plume de Rudolf Steiner, puissante mais discrète dérive sectaire, quel est donc ce mouvement similaire en bien des points à la scientologie, mais dont la plupart d’entre nous n'avons jamais entendu parler ?

Sur le développement personnel. Avec Charles Robin sur Le Précepteur.


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04.2019

Qu'est-ce que le développement personnel ? Est-il un simple symptôme de nos sociétés individualistes ? L'expression d'une quête de sens ? Ou bien peut-il constituer un véritable outil de connaissance et d'amélioration de soi ?
Le Précepteur Charles Robin nous fait part de ses réflexions sur ce sujet très à la mode depuis quelques années.

Croire est-il logique ? Avec Jacques Bouveresse sur France Culture.


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07.05.2014

Depuis Platon, la croyance a été ravalée du côté du faux, de l'incertain et de l'invérifiable. Cela n'aura pourtant pas suffi : la croyance a la réussite et le pouvoir, la croyance est partout. Ou plutôt devrait-on dire la crédulité : car il y a aujourd'hui une tendance à tout croire, à tout rendre sacré, les religions bien sûr, mais aussi la démocratie, le peuple, la science et la raison, ou encore la vérité. Comble de la croyance ?! Elle-même a l'air d'être devenue sacrée ! Mais à tout rendre sacré, c'est la croyance qu'on confond avec elle-même.
Si certains revendiquent un droit de croire, ne devrait-on pas plutôt comme le proposait Oscar Wilde fonder un ordre pour ceux qui ne peuvent pas croire ? Mieux, ne devrait-on pas fonder un ordre pour ceux qui peuvent croire, mais ne veulent pas croire de manière crédule ?
Et si pour penser la croyance dans sa vérité et pour croire vraiment, il ne fallait en fait plus choisir entre le cœur et la raison, entre la passion et la vérité, ni entre Platon et la post-modernité, et s'il ne fallait plus la juger en fonction des uns et des autres, mais poser tout simplement notre regard sur ce qu'elle est ?

Émission "Les Chemins de la philosophie", animée par Géraldine Mosna-Savoye.

Les Fake News. Avec François-Bernard Huyghe à la Médiathèque Anne Fontaine d'Antony.


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05.10.2018

Les "fakes" (fausses nouvelles), les théories du complot, l'intoxication en ligne ou la prolifération des faits dits alternatifs ou de révélations imaginaires, tout cela mobilise des vérificateurs et dénonciateurs dans la presse, dans les gouvernements et même chez les grands du Net. La montée du faux est sensée expliquer des votes irrationnels (Brexit, Trump), voire annoncer une ère de la "post-vérité" où les masses deviendraient comme indifférentes aux faits vérifiés. Au final, ce seraient autant de menaces pour la démocratie.
Chacun peut-il choisir les versions de la réalité conformes à ses préjugés et les communautés en ligne vont elles s'isoler de plus en plus dans des univers imaginaires partagés au détriment de la vérité commune ? Si tel est le cas, il faut se demander pourquoi une fraction de la population est devenue si rétive aux évidences que professent médias ou experts, d'où vient ce scepticisme de masse et comment se propage l’affabulation.
Prolongeant ses travaux sur la désinformation, François-Bernard Huygue montre les ressorts culturels, psychologiques et technologiques de la prolifération des impostures et délires. Il analyse aussi la coupure politique entre des élites convaincues que leurs convictions raisonnables ne peuvent être remises en cause que par volonté de manipulation et, d'autre part, des communautés "anti-système" insensibles au pouvoir des médias classiques. Il pose aussi la question de l'impuissance idéologique à maintenir un consensus sur le réel et analyse également le pouvoir inédit des technologies de communication et le conflit entre les médias, les vieilles machines à faire-croire et les nouveaux réseaux du croire ensemble.

Une conférence organisée par l'association "Rencontres et Débats Autrement".

Qu'est-ce que la vie de l'esprit ? Avec Pascal Engel et Barbara Carnevali au Centre de Recherches sur les arts et le langage.


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01.02.2016

Les mots clefs du programme du dernier Foucault sont : subjectivité et vérité. La subjectivité, le souci de soi, priment sur la vérité. Le souci de soi n’est pas la recherche d’une connaissance de soi, de l’intériorité, c’est une recherche des manières de maitriser son corps, ses désirs, de parvenir à une hygiène de vie et à la sagesse, que Foucault appelle aussi une "spiritualité".
Foucault a souvent insisté sur la séparation, à l’âge moderne, de la vie de l’esprit comme recherche de la vérité et entreprise de connaissance, et de la vie éthique, au sens d’une recherche de la sagesse. La vie de l’esprit a été opposée, dans la tradition chrétienne, à la vie du corps. A l’âge moderne, quand s’est formée l’image de la science, l’opposition s’est accrue entre la poursuite de la vérité et celle de la sagesse, entre connaissance et éthique.
Le "retour aux Grecs" de Michel Foucault est en grande partie une archéologie de cette opposition, et une tentative pour renouer les liens entre vérité et subjectivité, entre connaissance et éthique.
Dans L’usage des plaisirs et dans les autres textes de cette période de son œuvre, Foucault essaie de dépasser l’opposition vérité/subjectivité et objectif/subjectif. Mais cela passe par une conception non aléthique de la subjectivité, par une théorie sceptique ou nihiliste de la vérité, intenable à la fois en elle-même et du point de vue historique. Cela passe aussi par une conception de l’authenticité et de la subjectivité très biaisée. On le voit par exemple dans la manière dont Foucault traite de la curiosité, désir épistémique.
Pascal Engel lui oppose une autre conception de la vie de l’esprit, classique et néo-aristotélicienne, selon laquelle la vérité est le but de la connaissance, laquelle est coextensive à l’eudaimonia, et selon laquelle le vrai a une valeur intrinsèque. Une autre conception de la curiosité est requise, et une autre conception de la généalogie des valeurs et des vertus de vérité est également requise. Elle constituera les prémisses d’une conception anti-foucaldienne de la vérité, de la subjectivité et de la généalogie, et du slogan "vitam impendere vero".