Comment le néoliberalisme défait la démocratie. Avec Pierre Dardot et Christian Laval pour Citéphilo à Lille.


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19.11.2016

Comment expliquer l'insolente victoire des forces pourtant responsables de la crise économique de 2008, l'une des pires depuis 1929 ? Comment expliquer que, en dépit du chaos qu'il a généré et des désastres qu'il continue de préparer, le néolibéralisme soit sorti renforcé de la crise ? Au moment de son déclenchement, nombre d'économistes parmi les plus célèbres avaient hâtivement annoncé sa "mort". Ils n'ont vu dans la poursuite des politiques néolibérales que le résultat d'un entêtement doctrinal.
Pour Pierre Dardot et Christian Laval, le néolibéralisme n'est pas qu'un simple dogme ou une théorie qui aurait "failli" : c'est un mode de gouvernement des sociétés, en train de réaliser la sortie de la démocratie. Soutenu par des oligarchies puissantes, il est un véritable système politico-institutionnel obéissant à une logique d'autorenforcement. Loin d'être une rupture, la crise est devenue un mode de gouvernement d'une redoutable efficacité.
En montrant comment ce système s'est cristallisé et solidifié, ils expliquent que le verrouillage néolibéral a réussi à entraver toute correction de trajectoire par la désactivation progressive de la démocratie. Accroissant le désarroi et la démobilisation, la gauche dite "gouvernementale" a contribué très activement au renforcement de la logique oligarchique. Ceci peut conduire à la sortie définitive de la démocratie au profit d'une gouvernance expertocratique soustraite à tout contrôle.
Pourtant, rien n'est encore joué. Le réveil de l'activité démocratique, que l'on voit se dessiner dans les mouvements et expérimentations politiques des dernières années, est le signe que l'affrontement politique avec le système néolibéral et le bloc oligarchique a déjà commencé.

Une conférence animée par Stanislas d'Ornano.

Quand pouvoir faire, c'est pouvoir dire. Avec Francis Wolff pour Citéphilo à Lille.


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23.11.2019

Faire ce qu'on désire, ce n'est pas agir librement, c'est être mené par son désir. Le drogué, par exemple, n'est pas libre, puisqu'il désire une substance qu'il désirerait ne pas désirer. Être libre, c'est pouvoir agir comme on veut, c'est-à-dire conformément à ce qu'on désire désirer !
D'où vient, chez l'être humain, cette étonnante capacité à faire ce qu'il veut et non pas seulement ce qu'il désire ? Le philosophe Francis Wolff nous montre qu'elle est liée à une autre aptitude proprement humaine : le langage, plus particulièrement la capacité à dire "je", à dire "non" et à être son propre interlocuteur.

Une conférence modérée par Nassim El Kabli.

"Il faut s'adapter", sur un nouvel impératif politique. Avec Barbara Stiegler pour Citéphilo à Lille.


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20.11.2019

D'où vient ce sentiment diffus, de plus en plus oppressant et de mieux en mieux partagé, d'un retard généralisé, lui-même renforcé par l'injonction permanente à s'adapter ? Comment expliquer cette colonisation progressive du champ économique, social et politique par le lexique biologique de l'évolution ?
La généalogie de cet impératif nous conduit dans les années 1930 aux sources d'une pensée politique, puissante et structurée, qui propose un récit très articulé sur le retard de l'espèce humaine par rapport à son environnement et sur son avenir. Elle a reçu le nom de "néolibéralisme" : néo car, contrairement à l'ancien qui comptait sur la libre régulation du marché pour stabiliser l'ordre des choses, le nouveau en appelle aux artifices de l'État (droit, éducation, protection sociale) afin de transformer l'espèce humaine et construire ainsi artificiellement le marché : une biopolitique en quelque sorte.

Une conférence modérée par Karine Bocquet.

De la philosophie à l'anthropologie. Avec Philippe Descola pour Citéphilo à Lille.


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15.11.2019

Comment s'opèrent les choix d'une carrière, et finalement ceux d'une vie entière consacrée à l'anthropologie ? Il y a certes au départ, chez Philippe Descola, et ainsi qu'il a pu l'évoquer lui-même, une part de contexte familial et social, mais aussi de tempérament personnel : un père spécialiste de l'Amérique du Sud, de longues marches en montagne avec son grand-père, un goût pour la beauté du monde, un certain penchant pour la solitude, la passion des voyages...
Mais au-delà, quelles sont les rencontres amicales et intellectuelles qui ont été décisives, les lectures qui ont été marquantes, les maîtres qui ont compté ? Quel chemin parcourt-on quand on choisit la philosophie à l'ENS, quand on part en Amazonie, puis quand on enseigne au Collège de France ?

Un échange animé par Pierre Lemonnier et Bruno Karsenti.

La condition anarchique. Avec Frédéric Lordon pour Citéphilo à Lille.


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17.11.2019

"Anarchie" du grec anarkhia, "sans commandement", ne se répand qu'à la fin du XIXe siècle avec le sens général de "désordre politique faute d'autorité". La Révolution française entérine cette acception péjorative tout en admettant l'existence d'une doctrine politique qu'elle combat et qui appelle à la suppression du pouvoir d'État. Si État - entendu comme stase (stato) - il y a, c'est aussi qu'il y a flux, entendu comme changement continu que l'État se donne notamment pour vocation de réguler.
La condition anarchique résulte-t-elle de ce changement continu observable dans toute société depuis Athènes ? Ou tient-elle à l'absence de fondement propre à toute société démocratique ? Est-il possible de parler de "condition anarchique" sans aborder la question de l'anarchisme au sens qu'il a pris au XIXe et au XXe siècles ?

Une conférence modérée par Léon Wisznia.

Le déchaînement du monde. Avec François Cusset pour Citéphilo à Lille.


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14.11.2018

Le monde est déchaîné. La violence n'y a pas reculé, comme le pensent certains. Elle a changé de formes, et de logique, moins visible, plus constante : on est passé de l'esclavage au burn-out, des déportations à l'errance chronique, du tabassage entre collégiens à leur humiliation sur les réseaux sociaux, du pillage des colonies aux lois expropriant les plus pauvres... L'oppression sexuelle et la destruction écologique, elles, se sont aggravées.
Plutôt qu’enrayée, la violence a été prohibée, d'un côté, pour "pacifier" policièrement les sociétés, et systématisée de l'autre, à même nos subjectivités et nos institutions : par la logique comptable, sa dynamique sacrificielle, par la guerre normalisée, la rivalité générale et, de plus en plus, les nouvelles images. Si bien qu'on est à la fois hypersensibles à la violence interpersonnelle et indifférents à la violence de masse. Dans le désastre néolibéral, le mensonge de l'abondance et la stimulation de nos forces de vie ont fait de nous des sauvages d'un genre neuf.
Pour sortir de ce circuit infernal des nouvelles luttes d'émancipation, encore minoritaires, certaines forces politiques détournent ces flux mortifères d'énergie sociale. Quand le camp progressiste milite pour un avenir collaboratif, d'autres convertissent cette énergie en haines identitaires et en replis patriotes. Qui l'emportera ? De quel côté échappera toute la violence rentrée du monde ?

L'ombre d'octobre. Avec Christian Laval et Pierre Dardot pour Citéphilo à Lille.


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23.11.2018

Le mythe bolchevik est épuisé. Seuls de sinistres régimes et quelques sectes, accrochés aux emblèmes, rituels et formules desséchées, continuent aujourd'hui d'en faire une référence identitaire. A quoi bon alors en parler encore ?
Le refoulement de cette histoire risquerait de nous aveugler sur la persistance de pratiques directement héritées du bolchevisme : verticalisme ouvert ou occulte au profit d'un leader, culte de l'Etat-nation, obsession de la prise du pouvoir par l'insurrection, refus de la démocratie et de l'autonomie des formes d'auto-organisation, autant d'éléments qui forment ce qu'il faut appeler "l'ombre d'Octobre".
La prise du pouvoir par les bolcheviks a été une catastrophe pour le mouvement ouvrier et pour l'histoire même de l'émancipation. Elle doit être mieux comprise dans sa logique profonde. Du Parti souverain à l'Etat national, il y a en effet continuité : le bolchevisme a été la culmination fanatique et délirante de la doctrine occidentale de la souveraineté de l'Etat.
Tournant le dos à ce communisme d'Etat, une politique du commun s'invente aujourd'hui qui renoue avec d'autres expériences révolutionnaires et met en oeuvre le principe démocratique de l'autogouvernement.

Philosophie de Péguy. Avec Camille Riquier pour Citéphilo à Lille.


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25.11.2017

De Charles Péguy (1873-1914), nous connaissons l'engagement dans l'affaire Dreyfus, les Cahiers de la quinzaine, l'adhésion au socialisme, la poésie et le poète de l'espérance, la critique de L'Argent, de la modernité et de l'idée de progrès, le retour à la foi catholique et la mort au champ d'honneur aux premiers jours de la guerre de 1914.
L'auteur de la Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne n'a pas construit de système philosophique. Y a-t-il alors une philosophie de Péguy et quelle est-elle ? Autrement dit : qu'est-ce qui fait l'unité de son œuvre ?
Camille Riquier montre magnifiquement le "profond ordre intérieur" qui tient ensemble la diversité des textes du génial écrivain.

Une rencontre animée par Julien Farge.