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Face à l'aggravation des crises environnementales qu'elle a provoquées, la société industrielle semble frappée d'aveuglement. Elle est bercée de l'illusion que tout finira par s'arranger, grâce à la souplesse du marché, l'innovation technique et l'inventivité du capital. Toute une mythologie économique entrave ainsi la réflexion et la perception de la gravité de la situation.
Dans le but de défaire cette mythologie, Sylvain Piron cherche à en comprendre l'histoire, en associant deux voies complémentaires. Le désastre vers lequel nous avançons est annoncé depuis un demi-siècle. Parmi les penseurs de l'écologie politique des années 1967-72, les parcours de Gregory Bateson et d'Ivan Illich permettent d'observer l'émergence de cette réflexion, puis son occultation sous l'effet du tournant néo-libéral des années 1980.
Mais pour saisir la puissance du mythe et ses effets dévastateurs, il faut remonter bien plus haut. L'appétit de transformation du monde naturel par l'action humaine correspond à une pente générale de l'Occident dans la longue durée du second millénaire de l'ère chrétienne. C'est ce que l'on peut décrire comme une dynamique d'occupation du monde, au double sens d'une occupation objective par des êtres subjectivement occupés à le transformer.
Les théologiens scolastiques ont été les premiers à observer le phénomène au XIIIe siècle. Point de départ d'une pensée de l'économie, leur philosophie morale peut aujourd'hui fournir des arguments critiques face aux dogmes de la pensée économique contemporaine.
Alors que les réflexions politiques et sociologiques ont eu maintes fois l'occasion de reformuler leurs postulats, la pensée économique est demeurée prisonnière de présupposés qui lui confèrent à présent une texture quasiment théologique. Cet impensé est le premier responsable de notre incapacité à faire face aux crises actuelles.
Sylvain Piron nous propose une interprétation globale du destin économique de l'Occident, en vue de défendre la nécessité d'un autre rapport au monde.
Une intervention modérée par Catherine König-Pralong, agrémentée des contributions des deux discutants Emanuel Bertrand et Julie Brumberg-Chaumont.


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Le Moyen Âge fut une période d'une richesse intellectuelle remarquable, notamment à travers le développement des universités et la quête de la vérité. En effet, le Moyen Âge a vu naître une pensée structurée, où théologie, philosophie et science dialoguaient pour construire un savoir rigoureux. Les universités médiévales, loin d'être de simples lieux de transmission, étaient des espaces dynamiques où l'on cherchait activement la vérité, en s'appuyant sur les textes antiques tout en les discutant et en les dépassant. La logique, la disputatio (débat contradictoire) et l'enseignement des arts libéraux y jouaient un rôle central, formant des esprits critiques capables de raisonner par eux-mêmes.
Cette période a aussi été marquée par un vaste mouvement de traduction et d'assimilation des savoirs grecs, arabes et latins, posant les fondations de la Renaissance. Ainsi, le Moyen Âge apparaît comme une époque où la pensée, loin d'être figée, était en constante évolution, mêlant héritage antique et innovations pour façonner l'avenir intellectuel de l'Europe.




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Qu'est-ce que la toute-puissance ? Dieu peut-il vraiment tout ? Peut-il marcher, mentir, faire le mal ? Peut-il faire que ce qui a été n'ait pas été ? Ou, au contraire, ne peut-il faire que le meilleur et le plus rationnel ? Peut-il faire autre chose que ce qu'il fait ? Créer d'autres mondes ?
Autant de questions qui ébranlent les limites du possible et du pensable, qui organisent le partage entre la puissance et son ombre, cette obscure limite qui lui permet d'exister, entre la contingence et la nécessité, la liberté et la bonté, le pouvoir absolu et l'ordre du monde, construisant le cadre conceptuel des débats de l'âge classique.
Olivier Boulnois et Cyrille Michon nous présentent une spéculation continue sur la toute-puissance divine sur plus de trois siècles, qui forme une sorte d'introduction à la philosophie médiévale : Pierre Lombard, évêque de Paris vers 1150, auteur des Sentences, maître livre qui a donné lieu à plus de mille quatre cents commentaires théologiques, puis ceux qui l'ont repris et discuté, notamment Albert le Grand, Bonaventure, Thomas d'Aquin, Duns Scot, Ockham et Luther.
Émission des "Mardis de la mémoire", animée par Pierre Chaunu.


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Entre le XIIIe et le XVe siècle, la péninsule italienne est l'un des principaux foyers intellectuel et économique européens. Organisée tout d'abord autour des communes, la vie politique suscite la naissance d'États régionaux. Les deux forces antagonistes, Empire germanique et papauté, qui avaient jusque-là dominé, renoncent à assurer leur prépondérance.
De 1454 à 1494, une "politique d'équilibre" groupe les souverains dans une Ligue italienne qui, dans le climat culturel et artistique prestigieux du Quattrocento, semble préfigurer la formation d'un État national, sur le modèle espagnol ou français. Mais une série d'interventions étrangères vont bloquer cette évolution.
C'est dans ce contexte que certains esprits vont alorsa produire des oeuvres qui joueront un rôle décisif pour l'avenir du continent : Machiavel, Giordano Bruno ou encore Galilée.


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Comme le rappelait récemment Alain Pascal sur Radio Courtoisie, "on est encore aujourd’hui dans les universités sur un mythe cartésien, le mythe de Descartes rationaliste, alors que Descartes était un illuminé".
Etienne Couvert met en lumière les fondements gnostiques de la pensée cartésienne en étudiant son parcours (particulièrement les conditions de création de ses écrits) et son oeuvre.


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Cet entretien du Cercle Kritik avec l'historien de la philosophie Denis Kambouchner est organisé suite à la publication récente d'un livre sur les préjugés et les clichés très répandus sur le philosophe française René Descartes, père du rationalisme.
L'occasion nous est ainsi donnée de replonger dans cette pensée incontournable et fondamentale pour comprendre la philosophie moderne.


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Le travail de Saint Ignace de Loyola est remis dans son contexte, et étudié en miroir de l'oeuvre de Martin Luther, dont il est contemporain.
En effet, Ignace de Loyola identifie dans ses "Exercices Spirituels" les principales divergences doctrinales qui l'opposent à Luther : celle de "la foi informée par la charité", celle du "libre arbitre" et celle de l'Église à laquelle il convient d'obéir.
Parallèlement, le Père Renè Lafontaine cherche à cerner la pertinence de la position luthérienne, qui met en évidence l'excellence de la foi, la gravité du "serf arbitre" et la soumission à la Parole de Dieu comme instance suprême de l'autorité divine au sein de l'Église.


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Le sujet n’est pas une création moderne. Ce n’est pas davantage un concept psychologique. Moins encore l’invention de Descartes.
C’est le produit d’une série de déplacements, de transformations et de refontes d’un réseau de notions. Une histoire de la subjectivité ne peut donc être qu’une archéologie du sujet.