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Il fut un être paradoxal - contradictoire, insaisissable, impossible à situer - et, par la même, un être humain par excellence. Comme si Romain Gary avait voulu illustrer, dans sa vie et sa personne, ses convictions secrètes optimistes (alors que ses convictions avérées étaient toujours pessimistes) concernant l'espèce humaine.
Grand Français (diplomate, Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération)... mais né en Russie et élevé en Pologne. Grand gaulliste... mais contre tous les partis, tous les mouvements et toutes les idéologies politiques. Juif... qui n'admire dans la tradition juive que son sens de l'humour et son auto-ironie. Écrivain qui cherchait à imposer son nom à tout prix... puis se cache derrière des pseudonymes divers. Défenseur de la nature... mais en révolte permanente contre ses lois (avant et surtout : celle du passage du temps). Grand humaniste... mais sceptique, méfiant à l'égard de presque tous les hommes. Arborant tous les signes extérieurs du macho... tout en s'insurgeant contre l'oppression des femmes. Champion inconditionnel du couple... mais "tombeur" invétéré. Défenseur ardent de l'imaginaire et de l'art (la musique, le cinéma, l'illusionnisme sous toutes ses formes)... mais confit d'ennui devant les monuments, les musées et tout ce qui représente "la culture". Avide de récompenses, prix, honneurs, décorations, et fier lorsqu'il les gagne... mais heureux seulement dans l'anonymat, le déplacement constant, le vagabondage.
Un homme paradoxal, contradictoire et impossible à situer... mais un être humain par excellence !
Émission "Une vie, une oeuvre", produite par Nancy Huston.


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"Et si ma pensée n'avait tout son sens que pour la postérité", écrivait Toulet en 1907 dans ses étonnantes Lettres à soi-même. Il est vrai qu'il a fallu attendre 1985 et 1986 pour que son oeuvre soit rééditée. Elle n'avait pas tenté non plus les éditeurs contemporains. Mais il est vrai aussi que Valéry, Giraudoux, Debussy l'aimaient, que du Bos, Mauriac, Vialatte, Paulhan... le citent et que, pour Borges il est un des trois grands Poètes français.
Le Sud-ouest et Paris se partagent les années de sa vie. De son Béarn natal, il conservera une nostalgie éblouie, mais ce sera à Guéthary qu'il finira ses jours. Quelques voyages cependant, notamment en Extrême-Orient et, dans sa jeunesse, un séjour à l'Ile Maurice où vivait sa famille. En 1898, le dandy s'installe à Paris où il mène une vie de noctambule, dans ce Paris 1900 de la rive droite dont l'écho se retrouve dans plusieurs de ses Romans. En 1912, il fuit le Béarn, perdu (dit-on) de drogue, d'alcool et de difficultés financières.
Sa sensibilité exacerbée, corsetée par une extrême pudeur, se traduit souvent par la légèreté, le jeu, l'ironie. On le perçoit particulièrement dans les Contrerimes dont la métrique singulière permet le balancement et comme l'irisation de la pensée et des mots.
Les fantaisistes l'ont tenu pour leur maître, mais chez Toulet, l'allégresse de la démarche va de pair avec la gravité du sentiment. Celui qui domine, étant celui de la fragilité de l'instant.
Émission "Une Vie, une Œuvre", animée par Paule Chavasse.