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Agrégé de lettres, ancien élève de l'École normale supérieure et spécialiste du XVIIe siècle, René Pommier s'est imposé comme un critique redoutable, animé par une exigence rationaliste et un goût certain pour la polémique. Ses travaux, nourris par une érudition rigoureuse, consistent à déconstruire ce qu'il considère comme des impostures intellectuelles, souvent érigées en dogmes. Son parcours universitaire classique contraste ainsi avec l'audace de ses prises de position, toujours argumentées, mais rarement consensuelles.
S'attaquant aussi bien aux penseurs religieux qu'aux figures majeures des sciences humaines, Pommier démonte avec une précision implacable les discours qu'il juge irrationnels, infondés ou mystificateurs. Il réfute ainsi l'interprétation barthésienne de Racine, qu'il juge absurde et prétentieuse, avant de s'en prendre à Pascal, dont il démonte les raisonnements apologétiques au nom d'un rationalisme rigoureux. Sa critique de Freud, qu'il accuse d'avoir bâti une œuvre relevant plus du mythe que de la science, s'inscrit dans la même logique démystificatrice. Girard, autre figure intellectuelle célébrée, est à son tour passé au crible : Pommier démonte son concept de désir mimétique et dénonce ses lectures littéraires comme profondément erronées. Enfin, son analyse des écrits de Sainte Thérèse d'Avila se veut une mise à nu d'un discours mystique qu'il lit comme une pure manifestation de folie, imperméable à toute forme de doute ou de réflexion critique.
Cette série de conférences, placée sous le signe de la rigueur et de l'irrévérence, invite à une réflexion stimulante sur les limites de la foi, de la théorie et de l'autorité intellectuelle. À travers ses lectures incisives, René Pommier nous pousse à exercer sans relâche notre esprit critique, même – et surtout – face aux figures les plus respectées du panthéon intellectuel.


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En interprète matérialiste de l'histoire qui tient les phénomènes religieux pour irréductibles, Leszek Kolakowski - révoqué de sa chaire de philosophie à Varsovie en 1968 - évoque dans son livre Chrétiens sans église le conflit de la conscience et du rite, du sentiment et de l'institution à travers l'histoire religieuse du XVIIe siècle.
Une étude qui éclaire d'un jour nouveau les conflits actuels entre la conscience et l'organisation qui, de Luther à Jaspers, n'ont pas cessé d'habiter nos sociétés politiques.


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La figure de Sabbataï Tsevi, le messie de Smyrne, hante l'histoire juive ainsi que l'histoire des mouvements apocalyptiques, d'autant qu'elle est restée très longtemps totalement inexplorée. Il fallait Gershom Scholem, grand historien de la kabbale et de la mystique juive, pour nous donner une évocation détaillée du personnage, qui, dans toute l'Europe et en Orient, apparut comme le messie.
Comment presque tout un peuple a cru à un moment à la fin du monde et s'y est activement préparé, comment le fol espoir de délivrance bouleversa les données historiques concrètes et l'ordre social ordinaire pour s'effondrer ensuite et jeter dans le désarroi le monde juif abusé, c'est la question à laquelle Gershom Scholem a tenté de répondre.
Aborder l'histoire dans l'horizon de ce qu'imaginent les hommes et non sous l'angle étriqué de leurs conditions d'existence matérielle, tel est l'apport de Gershom Scholem à la démarche historique.
Une série d'émission animée par Emmanuel Hirsch.


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Peter Lamborn Wilson (plus connu sous le nom de "Hakim Bey", signifiant "Le Sage" en arabe) est né à New York en 1945. C’est un écrivain politique et poète, américain, se qualifiant d'anarchiste ontologique et prônant un activisme révolutionnaire poétique. Depuis 2010, il vit en retrait de la société, on ne sait où : Hakim Bey semble mener une vie en parfaite conformité avec Ses principes (les TAZ ?), ou Le Principe (cher à René Guenon). Sans doute un mélange des deux.
Quelles sont les "racines intellectuelles" de son anarchisme ontologique et mystique ? Et comment doit-on comprendre sa "politique poétique" ?
Une intervention dans le cadre du Colloque "Philosophie de l'anarchie - Théories libertaires, pratiques quotidiennes et ontologie".


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La mystique de Maître Eckhart ne cesse, depuis plus de six siècles, d'inspirer la spiritualité chrétienne et le grand médiéviste Alain de Libera retrace ici le contexte historique dans lequel Eckhart vécut, prêcha et écrivit ses traités. Il décrit aussi l'influence qu'il exerça sur ses premiers disciples, Suso et Tauler.
Maître Eckhart, sur qui beaucoup de contresens ont été faits, nous a légué une mystique qui conserve toute son actualité et sa puissance.


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Pour ce 71ème numéro de "L’Heure la plus sombre", Vincent Lapierre reçoit l'historien de l'eschatologie messianique Youssef Hindi.
- 00'00 : introduction
- 01'15 : la laïcité est une religion de remplacement
- 05'00 : Junius Frey ou la kabbale dans le christianisme
- 11'05 : le mysticisme dans la Révolution française
- 15'15 : Jacob Franck ou la destruction du catholicisme de l'intérieur
- 22'19 : la mystique du socialisme
- 23'50 : "La République n'est pas fonctionnelle"
- 30'00 : Les immigrés, la nouvelle classe messianique
- 32'27 : Ferdinand Buisson, l'héritier du projet kabbaliste
- 35'10 : vers un "catholicisme moderne"...
- 37'40 : ...et une VIème République
- 40'36 : la rigidification du Système
- 43'33 : sur le double discours
- 46'00 : "La solution est religieuse"


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Le très fin connaisseur de la société russe qu'est Gérard Conio, pour avoir enseigné la civilisation russe à l'université et traduit nombre de ses grands auteurs, nous propose un voyage fascinant dans la pensée de ce pays entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.
Il explique la relation particulière qu'ont les Russes avec le Cosmos et revient sur l'idéologie du cosmisme russe, qui justifie la nécessité de la conquête spatiale de l'Homme, et ce à travers de grands auteurs et philosophes tels que Nikolaï Fiodorov ou Alexandre Tsiolkovski.
Émission "Histoire vivante", animée par Jacques Mouriquand.


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"Le grand artiste [Léon Bloy] vient nous montrer ce qui se cache depuis la perte du Paradis terrestre dans les abîmes du cœur des hommes ; ces trésors séculiers résident aussi bien chez tous que chez lui, mais il a, pour les faire remonter à la surface, une mirifique poulie et les autres n'en disposent pas. Un Shakespeare, un Baudelaire, un Dostoïevski, un Wagner ou un Bloy, qui découvrent des étoiles imprévues dans le ciel renversé des âmes, n'ont pas plus de constellations en eux, sans doute, que ce vulgaire piéton qui traverse la rue. Mais ils ont, pour les décrocher, des baguettes infinies."
Une série de cinq émissions, coordonnées par Stanislas Fumet, pour commémorer les cinquante ans de la disparition du "mendiant ingrat".