De l'économie-monde au système-monde. Avec Immanuel Wallerstein pour le Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée.


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2017

Le sociologue américain Immanuel Wallerstein, directeur du centre Fernand Braudel qui a également été le président de l'Association internationale de sociologie, est notamment connu pour sa production historique qui a repris le concept d'économie-monde proposé par Braudel, tout en cherchant à le libérer de certaines de ses limites. Son apport principal, qui constitue une véritable percée conceptuelle, consiste dans l'introduction d'un nouveau concept, celui de "système-monde".

 - 00'00 : qu'a inventé Fernand Braudel ?
 - 03'45 : c'est aussi l'inventeur de l'histoire longue ?
 - 10'50 : pourquoi le temps long est-il important ?
 - 13'30 : pourquoi faire de l'histoire longue aujourd’hui ?
 - 18'00 : comment le capitalisme est-il né au XVIème siècle ?
 - 21'15 : le capitalisme du XVIème siècle est-il le meme que celui d'aujourd’hui ?
 - 26'50 : quels points communs avec notre époque ?
 - 32'05 : les écanges de cette mondialisation sont aussi très inégalitaires ?
 - 32'30 : mais aussi en Méditérannée ?
 - 35'05 : quelles places ont les villes dans ce système monde ?
 - 37'40 : quel regard portez vous sur la ville capitaliste moderne ?
 - 39'00 : pourquoi accordez vous tant d’importance aux villes-ports ?
 - 43'45 : pourquoi avoir fondé le centre Fernand Braudel aux Etats-unis ?
 - 45'33 : pour vous aussi, comme disait Fernand Braudel "toute l’histoire relève de la reverie" ?

Penser la nature à l'heure de l'Anthropocène. Avec Philippe Descola au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Marseille.


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18.05.2017

Si les humains sont devenus une force naturelle capable de déstabiliser le "système Terre", ne doit-on pas mettre en question le "grand partage" entre nature et culture qui structure la pensée des Modernes ? L’anthropologue Philippe Descola révèle qu’il existe des sociétés où les hommes savent composer autrement des mondes avec ce qui n’est pas "eux" : les animaux, les plantes, les choses, les montagnes et les vallées, le ciel et la terre... Et nous invite à nous aventurer "par-delà nature et culture".
Tout a commencé pour Philippe Descola à la fin des années 1970 en Haute-Amazonie. Durant trois ans, pour les besoins de sa thèse d’ethnologie sous la direction de Claude Lévi-Strauss, il a partagé la vie des Jivaros Achuar, le "peuple du palmier d’eau". Peu à peu, il est entré dans une autre composition du monde, où le jaguar solitaire a une place semblable à celle du chamane, où le chasseur chante pour demander au singe laineux de se laisser tuer, où les plantes du jardin sont des enfants, le toucan un beau-frère, où la nature fait partie de la maison commune, ce que l’anthropologue appellera "la nature domestique". De cette expérience, Philippe Descola rapportera sa thèse et un splendide récit, Les Lances du Crépuscule. Il ne cessera par la suite de méditer et creuser ce terrain jusqu’à remettre la nature au cœur des sciences de l’homme. Il est aujourd’hui Professeur au Collège de France, titulaire d’une chaire d’Anthropologie de la nature, non pour s’interroger sur une hypothétique "nature humaine" mais pour élargir aux dimensions du monde la manière dont humains et non-humains négocient leur coexistence. Ce qu’il appelle "composer des mondes".
Philippe Descola a développé en système sa thèse dans Par-delà nature et culture, paru en 2005 et salué comme un des ouvrages majeurs dans l’héritage et la discussion de Claude Lévi-Strauss. Dans ce livre, il dégage quatre grandes cosmologies (naturalisme, animisme, totémisme, analogisme) qui fondent les sociétés selon la manière dont y sont inclus les non-humains (animaux, plantes, choses, astres, pierres et fleuves…), identifiés en continuité ou en discontinuité avec l’homme, semblables ou différents dans leur vie physique et spirituelle. Il s’agit en somme de différentes configurations de tout ce qui existe. C’est pourquoi Philippe Descola parle d’ontologies. Chacune d’elle a été formée par des peuples et civilisations spécifiques, parfois depuis des millénaires, même si, c’est l’hypothèse de Descola, elles peuvent en puissance coexister chez chacun des humains.
En tout cas notre "naturalisme", que nous croyons universel, est en réalité une exception, un modèle parmi d’autres. C’est ce que l’anthropologue révèle en mettant en question "le grand partage" entre une nature universelle et des cultures humaines diverses, qu’a opéré la pensée occidentale de l’Homme à partir de la fin du XIXe siècle. La nature alors, est vue comme un stock de ressources, elle devient muette, inanimée, on peut l’utiliser comme bon nous semble, au détriment des autres espèces que la nôtre et, à terme, des humains eux-mêmes. Nous en sommes précisément là lorsque ce dualisme a fabriqué le réchauffement global de la planète. Peut-être alors est-il temps de sortir de notre "ethnocentrisme" et de découvrir en nous-mêmes notre part d’animisme pour construire, enfin, une maison commune.