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Jusqu'à une période récente, le Droit se présentait en Europe comme un pavage de Droits nationaux. Chacun d’eux constituait un système clos sur lui-même et possédait, avec le droit international privé, son propre outil (national) de communication avec tous les autres.
Ce tableau a beaucoup changé durant ces trente dernières années. Certes le tropisme national continue de dominer l’étude du Droit, mais il a perdu de sa force pour des raisons à la fois internes et externes à l’Europe. Internes avec l’emprise désormais considérable d’un droit élaboré hors des cadres nationaux (essentiellement par la Commission européenne et la Cour de justice de l’Union et, dans une faible mesure, la Cour européenne des droits de l’Homme). Externes avec la fin des empires européens, l’effacement des frontières du commerce et la montée corrélative en puissance de droits individuels détachés de leurs cadres nationaux et de nouveaux juges internationaux (Cour pénale internationale, Organe d'appel de règlement des différends de l'Organisation Mondiale du Commerce).
Cette internationalisation du Droit soulève de nombreuses questions, concernant notamment le statut des droits de l'Homme, l'inscription territoriale des lois, la souveraineté nationale ou la nature du droit européen.
Ce sont ces questions qui font ici l'objet d'un dialogue entre Mireille Delmas-Marty et Alain Supiot, puis d'un débat ouvert avec les auditeurs présents.


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Catastrophes environnementales, violences urbaines, précarisation de l’emploi, risques épidémiologiques : tout semble, en ce début de XXIe siècle, participer du renforcement de notre sentiment de peur.
Ou plutôt faudrait-il parler plus justement de nos peurs. Ces peurs qui nous rappellent l’incertitude propre à notre condition humaine et nous font réagir à toute forme d’intrusion ou d’étrangeté.
Peur de l’autre, peur de l’étranger, peur de la différence... peur de l’humain ?
Pour tenter d’atténuer ce sentiment, la plupart de nos sociétés occidentales ont choisi de renforcer, au moyen du droit, leurs outils de contrôle.
Or, ces formes de politique sécuritaire n’accroissent-elles pas paradoxalement nos peurs ? Ne produisent-elles pas à leur tour de nouvelles formes de peur ? Ou du moins, n’instrumentalisent-elles pas ces dernières afin d’assurer la pérennité de leur pouvoir ?