Cybernétique et techniques de gouvernement. Avec Ivan Bouchardeau pour Lundi matin.


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03.2026

En 1966, à la question "Qu'est-ce qui prend la place de la philosophie aujourd'hui ?", Heidegger répondit : "La cybernétique." Ivan Bouchardeau aborde ici frontalement la question à laquelle Heidegger répond à la volée. Il se confronte au difficile problème de la définition de la "cybernétique", cette science du contrôle et de la communication, cette "utopie de l'information", ou encore, étymologiquement, cette science du gouvernement (kubernétès, en grec : gouvernail).
Il ne prend pas la cybernétique à la lettre, mais au sérieux, à la fois comme discours mythique dans les modalités de la science moderne opposant le chaos de l'entropie à l'ordre de l'information, et comme aboutissement de traditions pluriséculaires : pour les uns (Heidegger), la cybernétique venait se substituer à la philosophie en réalisant le Logos grec ; pour d'autres (Musso), elle était l'ultime incarnation de l'esprit depuis que l'idéologie chrétienne d'un dieu fait chair se serait répandu en occident. Pour d'autres encore, la cybernétique était le développement logique, nécessaire, et annoncé par Marx de la division sociale du travail en division cognitive du travail, et de la réification du capital en tant que technologie de la productivité mentale.
On y (re)découvre que la cybernétique ne fut pas qu'une tentative de science ou de mythification et de relance de la modernité après deux guerres mondiales, mais aussi un paradigme de gouvernement, une manière de faire tenir ensemble spontanéité contrôlée et planification douce, voire insensible. Ce paradigme fut mis en oeuvre tant par des socialistes, comme Allende au Chili avec le projet Cybersyn, que par les néo-libéraux qui y virent une méthode pour réaliser la main invisible du marché.
Un travail très riche, dont l'un des aspects les plus original est peut-être la mise en évidence du renversement de Heidegger par des apôtres de l'IA qui envisagèrent, il n'y a pas si longtemps, des "IA heideggérienne" dotées de leur être-au-monde.

 - 0'00'00 : Introduction
 - 0'01'18 : Ramener l'Esprit à la matière
 - 0'06'51 : Qu'est-ce que la cybernétique ?
 - 0'13'20 : L'origine balistique de la cybernétique
 - 0'18'12 : Position prévue et position effective
 - 0'21'14 : Boucle de rétroaction et information
 - 0'25'44 : Un mythe cosmologique
 - 0'28'24 : L'irréversibilité des processus
 - 0'30'37 : L'extension du modèle à un mythe plus large
 - 0'37'12 : La cybernétique : aboutissement et clé de voûte de l'occident ?
 - 0'38'52 : Heidegger et l'oubli de l'être par le calcul
 - 0'42'32 : Pierre Musso, la religion industrielle et l'incarnation.
 - 0'47'55 : James R. Beniger, la révolution du contrôle
 - 0'53'36 : Les implications politiques de la cybernétique en contexte socialiste
 - 1'01'08 : Les implications politiques de la cybernétique dans la théorie néolibérale
 - 1'03'54 : La critique Heideggerienne de l'IA d'Hubert Dreyfus
 - 1'11'37 : Les IA Heideggeriennes

Un entretien mené par Blaise Marchandeau.

Producteurs ou parasites : un fascisme est déjà là. Avec Michel Feher pour Lundi matin.


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12.2024

Le RN est rarement crédité d'un vote d'adhésion. Jugeant l'hypothèse trop décourageante, ses détracteurs préfèrent évoquer le désaveu qui frappe ses rivaux, la toxicité de l'espace médiatique ou le délitement des solidarités ouvrières.
Michel Feher entreprend au contraire d'examiner la popularité de l'extrême droite à la lumière des satisfactions que sa vision du monde procure à ses électeurs.

 - 0'00'00 : Introduction
 - 0'00'12 : L'imaginaire du Rassemblement national, les évolutions du capitalisme et les écueils de la gauche
 - 0'03'29 : Qu'est-ce qu'une "gauche d'occasions" ? (Kaïros ou Leboncoin)
 - 0'04'25 : Pourquoi la gauche est-elle structurellement minoritaire?
 - 0'07'35 : "Pour être de gauche il faut tenir tous les bouts", classe, race, sexe ou l'intolérance aux inégalités
 - 0'10'35 : Plus la gauche est exigeante, plus elle se fragmente
 - 0'11'42 : "La notion d'intersectionnalité est moins faite pour annoncer le rassemblement des dominés que pour cartographier les tensions qui ne cessent de l'ajourner."
 - 0'14'07 : "Pour qu'il y ait convergence, il faut s'occuper des inégalités que l'on subit comme celles que l'on ne subit pas."
 - 0'17'08 : "Le ressentiment tient mieux que les moments de générosité." Différence entre puissance et pouvoir
 - 0'18'19 : Émeutes George Floyd : les barricades ajournent-elles l'intersectionnalité ?
 - 0'21'36 : Pourquoi la gauche n'assume-t-elle pas la confusion de son horizon ?
 - 0'23'12 : Intervention du public : assumer la part expérimentale de toute prise de partie révolutionnaire (et pas de gauche)
 - 0'24'29 : L'antifascisme comme pierre angulaire d'une recomposition politique
 - 0'26'46 : Les "fachés pas fachos" et le populisme de gauche : les fascistes doivent être vaincus avant d'être convaincus
 - 0'29'43 : Parasites et producteurs : la promesse de l'extrême droite c'est l’épuration pour que tout s'améliore sans que rien ne change
 - 0'32'03 : Ni radicalité, ni modération : l'intransigeance
 - 0'34'00 : Qu'est-ce qu'une affirmation politique ?
 - 0'36'20 : Le travail critique, la mélancolie de gauche et l'absence d'horizon
 - 0'38'50 : Financiarisation et mutation du capitalisme : le profit est remplacé par le crédit
 - 0'41'13 : De la subjectivité ouvrière à la subjectivité "investie"
 - 0'44'02 : Pour combattre le macronisme, faut-il être plus machiniste que Macron ?
 - 0'45'46 : Pourquoi l'anti-impérialisme et l'anti-totalitarisme ne permettent pas de penser le fascisme aujourd'hui
 - 0'49'10 : Black Lives Matter et Metoo sont des mouvements qui jouent sur le crédit et la spéculation
 - 0'53'30 : Le fascisme Trumpiste est lui aussi spéculatif : s'y joue la "valeur" de l'homme blanc
 - 0'55'39 : Fait-on face à un nouveau fascisme ? Ressentiment et épuration
 - 0'56'28 : Géopolitique du fascisme présent ou la non pertinence de l'anti-impérialisme et de l'anti-totalitarisme
 - 1'01'15 : Le nouveau modèle du fascisme en train d'émerger : l'impérialisme continental
 - 1'05'23 : L'exemple et le basculement israélien
 - 1'06'54 : Les exemples indiens et chinois
 - 1'08'34 : L'épuration comme paradigme essentiel
 - 1'09'32 : L'absence de tout contrepoids au nouveau paradigme fasciste
 - 1'11'19 : Pourquoi ceux qui défendent les ukrainiens ne sont pas les mêmes que ceux qui défendent les palestiniens ?
 - 1'14'01 : Objection: ne peut-on pas s’opposer au fascisme émergent sans dépendre de la forme État?
 - 1'15'27 : Une intervention anarchiste confuse et trop longue: pourquoi la gauche est à la masse. Forme-de-vie, composition, insurrectio
 - 1'23'29 : On est en fait plutôt d’accord
 - 1'25'31 : Ce qu'il fait qu’ils sont fascistes, c’est que leur ennemi n’est pas une race inférieure mais une race dangereuse
 - 1'26'23 :  Le "wokisme" est vécu comme un danger existentiel
 - 1'27'46 : Jusqu’à aujourd’hui être courageux était relativement risqué, cela va le devenir absolument

Fascisme et bloc bourgeois. Avec Stefano Palombarini pour Lundi matin.


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06.2024

Dans leur livre L'illusion du bloc bourgeois, Stefano Palombarini et Bruno Amable citent L'Art de la guerre de Machiavel : "Celui-là est rarement vaincu, qui sait mesurer ses forces et celles de l'ennemi." À partir de cette prise de position "néoréaliste", essayons de mesurer la dynamique et l'histoire des forces de l'ennemi en dissipant les nuages du chaos apparent.
La crise que nous traversons semble, désormais, se réduire et se résumer dans la "décision" devenue presque arbitraire du président Macron. Elle semble atteindre une forme paroxystique. Voire extatique. Les stratagèmes électoraux du macronisme, devenus inopérants, font place à ce qu'il reste lorsque la stratégie semble morte : le pur pari – l'action votive – le coup de poker.
Ce qui est en jeu dans cette dissolution, c'est bien tout le paradoxe d'une victoire par deux fois d'un président dont le soutien est une base sociale minuscule, obligé d'essayer de se rallier non seulement le "bloc bourgeois", ni de droite ni de gauche, mais, à terme, le "bloc identitaire" - seul bloc "populaire" encore compatible avec le libéralisme autoritaire.
En bref : il y a, depuis 40 ans, une vaste crise d'hégémonie et de dominance sociale.

Pour un communisme des ténèbres. Avec Annie Le Brun pour Lundi matin.


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02.2023

Envers et contre elle, Annie Le Brun traverse l'époque. Elle occupe ce point où sensible et politique, littérature et subversion, restent indissociables. L'expérience du surréalisme dont elle témoigne est tout le contraire d'un mythe, le contraire d'un passé. On y entend le vif des rencontres et de le plein des singularités, la puissance du collectif quand il chemine vers l'inconnu. Autant dire que sa manière de soutenir les désirs, de chasser toute tendance à la résignation ou de faire entendre la joie d'être ensemble, continue à résonner en nous.
On parlé ici d'esthétique critique, de communisme des ténèbres et de ces lignes de crête sur lesquelles il faut se tenir pour rester inaccaparé. Ou encore, de ces "réserves monstrueuses de beauté" dans lesquelles puiser pour "se garder de reculer et de subir".

Du nazisme zombie. Avec Johann Chapoutot pour Lundi matin.


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02.2024

Les années 30 sont-elles derrière ou devant nous ? Mais alors : que faire du sentiment viscéral que nous vivons une "récidive" de l'entre-deux-guerres ?
C'est en compagnie de l'historien Johann Chapoutot qu'est étudiée la "fascisation d'atmosphère" qui, jour après jour, pulvérise la prétendue évidence du jamais plus.

Défaire le mythe de l'entrepreneur. Avec Anthony Galluzzo pour Lundi matin.


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02.2023

Elon Musk et Jeff Bezos aujourd'hui, Steve Jobs et Bill Gates hier, Thomas Edison et Andrew Carnegie un siècle plus tôt… De nombreuses célébrités entrepreneuriales peuplent nos imaginaires. Ces grands hommes seraient des créateurs partis de rien, des visionnaires capables d'imaginer des innovations révolutionnaires, des génies aux capacités hors du commun.
C'est cette mythologie que vient démolir Anthony Galluzzo dans son excellent Le Mythe de l'entrepreneur, défaire l'imaginaire de la Silicon Valley (Éditions Zones, 2023). Car ce que recouvre toujours la figure sympathique de l'entrepreneur, c’est la brutalité du monde de l'économie et l'antagonisme fondamental qui le traverse.

La fabrique du muscle. Avec Guillaume Vallet pour Lundi matin.


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01.2023

Depuis quelques années, nous voyons éclore des salles de musculation à tous les coins de rue. Leur succès repose toujours sur la même promesse. Dans l'ambiance moite et surpeuplée des salles, il est possible de se faire un corps puissant, performant et transformé. Une industrie de la rationalisation et du perfectionnement du corps (complément alimentaire, coaching, etc.) accompagne l'injonction de se faire un corps débarrassé de ses lourdeurs pour être en capacité d'assumer la brutalité de la vie ordinaire.
La fabrique du muscle a rarement été investie politiquement. Au mieux, cette pratique serait le symptôme du désespéré qui, à mesure qu'il expérimente son impuissance, se tourne vers la seule chose appropriable dans un monde inappropriable : son corps. Au pire, elle n’est que l'affaire de quelques activistes virilistes qui, aux côtés des agents de sécurité, des néo-fascistes et des petits policiers, gonflent le torse et se cherchent une certaine allure dont la visée n’est autre que d’apparaître.
Plutôt que de disqualifier d’emblée une pratique qui s'est popularisée, Guillaume Vallet se propose de réfléchir la fabrique du muscle. Qu'est-ce que la généralisation de cette pratique dit de notre société ? Comment ressaisir politiquement la fabrique du muscle pour en faire autre chose qu'un corps dressé et conforme à l'ordre social ?

Ethnographies des mondes à venir. Avec Philippe Descola et Alessandro Pignocchi pour Lundi matin.


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10.2022

Si l'on veut enrayer la catastrophe écologique en cours, il va falloir, nous dit-on, changer de fond en comble nos relations à la nature, aux milieux de vie ou encore aux vivants non-humains. Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Dans quels projets de société cette nécessaire transformation peut-elle s'inscrire ? Et quels sont les leviers d'action pour la faire advenir ?
En puisant son inspiration dans les données anthropologiques, les luttes territoriales et les combats autochtones, l'effort conjoint de Philippe Descola et Alessandro Pignocchi esquisse la perspective d'une société hybride qui verrait s'articuler des structures étatiques et des territoires autonomes dans un foisonnement hétérogène de modes d'organisation sociale, de manières d'habiter et de cohabiter.