

(0)
La question de la liberté est à la fois fondamentale et posée en des termes qui la rendent insoluble : comment penser une action libre si l'on admet que les phénomènes sont soumis à la causalité ?
En analysant l'émergence du concept de libre arbitre, Olivier Boulnois propose une autre généalogie de la morale. Sous un problème en apparence évident (la liberté de la volonté, née de l’idée de responsabilité, et la difficulté de penser cette liberté dans un monde régi par des rapports de cause à effet), il débusque une série de questions correspondant aux différents sens de la liberté : la liberté à l’égard d'une contrainte n'est pas la liberté à l'égard des causes extérieures ou internes ; elle peut viser la liberté d'agir, mais aussi la liberté de choisir entre plusieurs options et la liberté de vouloir ou de ne pas vouloir.
D'une liberté à l'autre, les questions ne sont pas les mêmes – ainsi, Aristote élabore une théorie cohérente de l'action sans poser la question de la liberté. Il fallait faire apparaître l' "impensé" des théories du libre arbitre pour poser correctement la question, et espérer la résoudre.


(0)
L'Histoire a-t-elle perdu son sens ? Les grandes philosophies de l'histoire, qui cherchaient à y discerner une raison ou une finalité, semblent aujourd'hui contestées. Une approche originale propose d'aborder cette question à travers l'événement fondateur de la Révolution française, et plus particulièrement son aspect le plus déroutant : la Terreur. Plutôt que d'y voir un simple projet ou une étape téléologique, il s'agit de la considérer comme une oeuvre accomplie, dont l'énigme persiste.
Pour les penseurs du XIXe siècle – qu'ils soient contre-révolutionnaires (comme Bonald ou Maistre) ou défenseurs des idéaux révolutionnaires (comme Saint-Simon, Leroux, Michelet ou Quinet) –, la Révolution marque une rupture absolue. Inutile d'en chercher les causes lointaines dans des théories préparatoires : c'est dans ses effets, ses résonances et ses recompositions sociales qu'elle révèle sa portée philosophique. Elle redéfinit les liens entre religion, pouvoir, conscience individuelle et collective, tout en faisant émerger le Peuple comme nouveau sujet de l'Histoire.
Cette réflexion écarte toute dialectique spéculative ou matérialiste qui réduirait l'Histoire à un schéma préétabli. Elle met en lumière une scène politique et philosophique où se nouent, de manière inédite, les éléments d'un monde en mutation. La Révolution y conserve son caractère énigmatique, sans être instrumentalisée comme preuve d'une philosophie de l'Histoire préconçue.