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Comprendre et accompagner la transformation numérique des institutions de soin implique un questionnement éthique portant tout autant sur les usages de ces nouveaux dispositifs techniques que sur la signification culturelle et anthropologique que le numérique produit dans notre façon de penser la santé.
Autrement dit, il serait très réducteur de considérer que l'évolution numérique de la santé n'est qu'une option de plus dans ce que l'on appelle classiquement le "progrès scientifique et technique". Car si la santé numérique peut offrir des "opportunités", elle est aussi le miroir d'une société qui peine à dessiner un horizon de sens partagé.
La réflexion que développe le philosophe Mark Hunyadi apporte d'indispensables éclaircissements ainsi que les repères nécessaires.
Une intervention tirée de l'Université d'été 2017 "Éthique, Alzheimer et maladies neurodégénératives".


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Que la notion de progrès soit en crise, cela ne semble plus faire débat. L'axiomatique de ce qui en fait une idéologie — selon laquelle il y aurait une relation naturelle entre progrès scientifique, progrès technique, progrès social et progrès humain — n’est plus un horizon de sens crédible et partagé. Pour autant, nous constatons que la rhétorique de l’innovation et l’économie de la promesse cherchent, non sans contradiction, à perpétuer cette idéologie.
Nous vivons l’équivoque du progrès et nous cherchons difficilement la voie pour un nouvel horizon de sens, une nouvelle éthique pour penser notre place dans l’existence. Et dans cette hésitation des temps présents s’impose désormais une réflexion sur les notions de limite et de temporalité.
Limites morales lorsque sciences et techniques nous promettent le post-humain ? Limites écologiques lorsque tous les voyants environnementaux sont au rouge ? Limites sociales lorsque les innovations disruptives déstabilisent puissamment nos modes de socialisation ? Limites économiques lorsque le renouvellement des technologies conduit à l’obsolescence programmée ? Finalement, peut-on penser une éthique à l’âge des limites et, en même temps, sauver la notion de progrès ?