

(0)
Après LʼOrdre contre lʼHarmonie – Anthropologie de lʼAnarchie, Charles Macdonald publie un nouvel ouvrage : L'autorité sans le pouvoir - Anthropologie critique, perspectives libertaires.Afin de mieux comprendre le présent il développe une hypothèse sur la source et l'origine de l'organisation humaine : "la modernité peut devenir plus intelligible dans la perspective d'une théorisation de l'anarchie, qui s'avère l'une des idées les plus productives que j'aie jamais rencontrées dans ma carrière d'anthropologue professionnel".
Il rappelle que "les êtres humains peuvent vivre et ont vécu très longtemps non pas dans une structure sociale rigide et mécanique, mais dans le respect de valeurs propices à un mode de vie libre, ouvert, égalitaire, solidaire. C'est ce qui survit dans le cœur de beaucoup et apparaît chaque fois que l'État faiblit".
Il présente les principes de la vie collective anarchique : partage, égalité, fraternité, autonomie, liberté, solidarité, pacifisme, par lesquels le "primitif", le "sauvage" construisait et maintenait l'harmonie collective.
À l'opposé, dans la continuité de la société marchande du Moyen-Âge, du capitalisme industriel de XIXe siècle et du capital financier d'aujourd'hui, les principes socio-hiérarchiques ont transféré les liens de dépendance personnelle à une entité abstraire transcendante dotée d'une valeur suprême : Dieu, Nation, État, Patrie, Devoir, Obéissance, Honneur... Nous lui devons une loyauté indéfectible, intériorisée par beaucoup et imposé par la contrainte aux autres.
Pour Charles Macdonald "le sauvage moderne civilisé est le bureaucrate, le fanatique religieux, le patriote", mais il n'existe aucune prédestination dans la "nature" de l'Homo Sapiens pour une telle forme de vie hiérarchisée, individualisée, marchandisée car "l'anarchie, une société sans gouvernement, existe depuis des temps immémoriaux" et "le sauvage moderne non civilisé est l'anarchique, celui qui vit en la plupart d'entre nous".


(0)
David Graeber, décédé en septembre 2020, était "anarchiste de cœur et anthropologue de profession". A été saluée "son œuvre qui promeut des points de vue anarchistes du changement social, qui sont vécus au sein des mouvements sociaux tous les jours".
Auteur en 2004 de l'ouvrage Pour une anthropologie anarchiste, il explique que "l'anthropologie pourrait être regardée comme la science de l'anarchisme" car "son potentiel radical a toujours été de nous obliger à voir dans les humains beaucoup plus que ce que nous avions été encouragés à imaginer".
Il affirme que l'anarchie est un système possible de vie collective, souhaitable et de portée universelle, "l'anarchisme n'est ni une attitude, ni une vision du monde, ni même un ensemble de pratiques, mais un processus permanent de va-et-vient entre les trois".
Un de ses premiers ouvrages a récemment a été traduit en français : La fausse monnaie de nos rêves - Vers une théorie anthropologique de la valeur. Il y rappelle les diverses approches sociologique, économique et structuraliste de la valeur et leurs limites. Plus que dans les objets, un sens de la valeur émerge de l'échange, des relations directes entre les personnes ne se réduisant pas aux relations marchandes. Ainsi la valeur est un moteur de vie, un déclencheur de luttes, aidant à développer la puissance d'agir, la capacité collective à imaginer des alternatives au monde actuel. Il fustige le "post-modernisme" qui conduit à la mise en avant de l'individualisme, au fatalisme, à l'abandon de tout projet de changer le monde.
Fondamentalement Graeber, pose la question du changement social.
Émission "Trous Noirs".


(0)
Professeur de science politique et d'anthropologie à l'université Yale aux États-Unis, James C. Scott a vu plusieurs de ses ouvrages traduits en français, comme Zomia ou l'art de ne pas être gouverné et Petit éloge de l'anarchisme. Ses travaux se situent dans la continuité de Pierre Clastres et de David Graeber en ce qu'il contribue à mettre à mal les récits civilisationnels faisant de l'émergence de l'État, l'outil que les humains auraient construit pour sortir de la "barbarie".
Dans son dernier livre, Homo Domesticus – Une histoire profonde des premiers États, s'appuyant sur de récentes découvertes en archéologie, il montre que "l'État est à l'origine un racket de protection mis en œuvre par une bande de voleurs qui l'a emporté sur les autres". Il met à mal le "Grand Récit" dominant attribuant à l'État le "bien-être" apporté par l'irrigation, la domestication et l'ordre social. En réalité, la sédentarité a déjà existé plusieurs milliers d'années avant l'agriculture sédentaire et il a fallu attendre ensuite plus de 4'000 ans pour voir apparaître les premières cités-États, dans lesquelles l'État incarne le contrôle des populations, la servitude et la guerre - monarque, prêtres et collecteurs d'impôts formant l'élite qui vit du travail forcé de ses habitants.
Comprendre l'origine de l'État, c’est découvrir qu'une autre voie est possible et qu'elle l’est encore aujourd'hui.
Émission "Trous Noirs".


(0)
L'ethnologie, ou l'anthropologie, en tant qu'étude de formes différentes de vie collective, peut-elle jouer un rôle de critique sociale ? Charles Macdonald pense que oui. L'une est anarchique et grégaire (il n'y a pas de pouvoir mais une cohésion qui vient d'ailleurs), l'autre est hiérarchique et "social" (il y a du pouvoir et la cohésion en dépend principalement).
C'est dans ces termes qu'il développe un modèle attesté par des applications historiques, ethnographiques et sociologiques concrètes (notamment Cosaques, pirates, Inuit, Palawan, communautés hippies et post-catastrophiques) dont le nombre et la variété infinies au cours de l'histoire récente et ancienne démontrent l'existence universelle dans notre espèce d'une aspiration anarchique. L'anthropologie de cette façon valide et prolonge les idées des penseurs et militants anarchistes.
D'autre points sont également traités, comme la violence collective et le rôle évolutionnaire de la coopération, thématiques au fondement d'une théorie des organisations anarchiques et sociales.


(0)
Charles Macdonald est l'auteur d'un travail passionnant : "Une flamme anarchique couvait sous la cendre académique. Jʼai abouti à des conclusions proches de lʼanarchisme sur la base dʼobservations ethnologiques et dʼun raisonnement anthropologique".
Il rapporte lʼexistence dans lʼaventure humaine de nombreux groupes "anarcho-grégaires" pratiquant le partage, "contrat social égalitaire", égalité qui est un processus construit, valorisé, maintenu volontairement : pas de chef avec pouvoir de coercition, ressources propriété commune de tous, décisions collectives avec recherche du consensus. "Pour coopérer dans un groupe, il ne doit pas y avoir de compétition, mais de la solidarité, une interaction bienveillante dʼindividus autonomes et égalitaires. Lʼégalité formant système avec lʼautonomie et la solidarité sont le fondement de lʼanarchie".
Ces réalités issues de la préhistoire, mais aussi de périodes plus récentes, rappellent quʼil nʼexiste aucune prédestination dans la "nature" de lʼHomo Sapiens pour une forme de vie hiérarchisée, individualisée, marchandisée, qui tend aujourdʼhui à devenir hégémonique. Charles Macdonald montre que les valeurs anarchiques, enfouies en nous, ressurgissent régulièrement dans les "brèches de lʼHistoire".
Émission "Trous noirs".


(0)
Les ethnologues ont pu observer depuis longtemps des communautés qui ne suivaient pas les règles qui sont celles des sociétés modernes, mais ceux-ci, et les sciences sociales en général, n'ont pas su en tirer les conséquences théoriques qui auraient permis de mieux comprendre l'histoire et le fonctionnement des collectivités humaines.
Ces petites communautés marginales exhibent des traits paradoxaux. Au contraire de nos sociétés fondées sur l'inégalité, la compétition, l'échange et le pouvoir conduisant à l'État, ces communautés sont strictement égalitaires, non compétitives, pratiquent le partage, ne connaissent aucune forme de pouvoir personnel ou institutionnel. Elles sont aussi, fréquemment, non violentes. L'existence de telles communautés est un état ancien qu'il est possible de considérer comme analogue à celui qu'a connu l'ensemble de l'humanité pendant les neuf dixièmes de son existence terrestre.
Or ces communautés, pour marginales et minoritaires qu'elles soient aujourd'hui, contiennent les principes mêmes de la forme anarchique fondamentale de notre moralité humaine. Leurs principes sont toujours à l'œuvre même dans les sociétés capitalistes et industrielles modernes et inspirent toujours les mouvements anarchistes, en nom ou en esprit, qui mettent ces principes en œuvre.
L'existence de sociétés "anarchiques" et les concepts qui les expliquent renouvellent la problématique des sciences sociales et permettent de beaucoup mieux comprendre la vie politique contemporaine.