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Pour l'auteur de BD Hugo Pratt, "plus le livre s'éloigne du réel, plus il devient vrai et prend son envol, sans voile ni vent". Dans sa quête de la fable, il a toujours nourri son œuvre de sa vie et fait de sa vie une œuvre, dessinée entre les mers du sud, les mythes celtes, Venise, Buenos Aires, Addis-Abeba, la Kabbale ou la franc-maçonnerie.
Une vie d'aventures au service de la BD et des aquarelles au point que le nom de ce personnage phare qu'il crée à 40 ans finit par éclipser son créateur : Corto Maltese, personnage romantique complexe, marin, pirate, gentilhomme de fortune.
Corto Maltese a vu le jour sur l'île de Malte, le 10 juillet 1887. Son père était un marin des Cornouailles. Sa mère, une prostituée gitane de Séville, née à Triana d'où Magellan partit pour le premier voyage autour du monde, en 1519.
Hugo Pratt, lui, est un Vénitien avec un nom anglais, fils d'une Italienne juive hérétique, et d'un père militaire fasciste qui l'entraîne en Éthiopie en 1937. Ce voyage initiatique marquera à jamais le jeune soldat fasciste qui décide alors d'opter pour le crayon, apprend l'amharique, et trahit l'Italie.
Témoin troublé de la guerre et d'une époque révolue, Pratt raconte alors des histoires, situées avant la Grande Guerre, en les peuplant de ses expériences, de ses souvenirs et des lectures de son enfance. Conrad, Stevenson, London, Staline ou Gauguin y croisent le fameux Corto Maltese.
Après toutes ses aventures et ses conquêtes, Pratt, ce "menteur du beau" pudique et extraverti, finit sa vie en Suisse, au milieu de ses 20 000 livres, et disparaît le 20 août 1995. Corto Maltese, lui, continue à vivre depuis 2014 par la plume, l'encre et les idées des Espagnols Juan Diaz Canales et Rubén Pellejero.
Première figure du festival Angoulême, Hugo Pratt est devenu un auteur classique du neuvième art, François Mitterrand confiait qu'il était l'un des rares auteurs de BD qu'il lisait, Woody Allen le cite dans Hannah et ses sœurs, et Frank Miller lui rend hommage dans son fameux Sin City.
Émission "Toute une vie", réalisée par Elodie Maillot et Nathalie Salles.
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Entre ce qu'étaient les pirates réellement et ce qu'on en imagine, il y a un gouffre ! Alors, depuis quand s'intéresse-t-on à eux, et comment a évolué ce mythe pirate depuis le 18e siècle ?
- 0'00'00 : Introduction
- 0'02'12 : Le parcours de William
- 0'05'20 : Une révolte à l'origine de la piraterie ?
- 0'12'59 : Les premières représentations de la piraterie
- 0'15'38 : Les pirates dans la littérature - Les Aventures de Beauchesne d’Alain-René Lesage, une œuvre fondatrice du mythe pirate
- 0'19'11 : Comment sont définis les pirates dans la littérature ?
- 0'21'47 : Les pirates dans la littérature après Beauchesne : la recherche d'un ailleurs
- 0'24'44 : Où se passent les histoires de pirates racontées aux 18e et 19e siècles ?
- 0'27'30 : Parenthèse politique : le mythe pirate comme justification de la colonisation
- 0'32'11 : Le pirate dans la littérature vu à la fois comme un héros et comme un monstre : exemple avec Fanny Campbell
- 0'35'15 : Les évolutions de l'image de la piraterie dans la littérature du XIXe siècle
- 0'40'36 : L'apport des œuvres d'Emilio Salgari
- 0'44'18 : Les pirates au cinéma
- 0'49'33 : Pourquoi les films se passent essentiellement dans les Caraïbes ?
- 0'50'21 : L'évolution du pirate au cinéma à partir des années 50
- 0'53'39 : Les films de pirates dans les années 80
- 0'57'12 : Les pirates dans les films ou la littérature d'horreur
- 0'59'48 : La représentation des pirates dans Pirates des Caraïbes
- 1'04'39 : Les pirates dans la série Black Sails
- 1'06'02 : Les pirates et l'univers Fantasy
- 1'11'54 : L'histoire de l'imagerie des pirates
- 1'16'02 : Les pirates dans les BD
- 1'22'31 : Les pirates dans les jeux vidéos
- 1'30'45 : Les pirates contre le capitalisme
- 1'33'23 : L'image de la femme pirate
- 1'36'53 : Les usages politiques du mythe pirate
- 1'47'00 : Les conseils de lecture
- 1'49'50 : Présentation de l'ouvrage collectif Pirates
- 1'51'51 : Actualités et conclusion


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Dans cet entretien réalisé en mai 1975, Edgar P. Jacobs, vraie légende de la "ligne claire" et créateur de Blake et Mortimer, accordait à François Rivière et Olivier Martial Thieffin un long entretien, véritable voyage dans sa mémoire intime, récit de sa geste d'artiste et évocation de plus d'un demi-siècle d'histoire du neuvième art.
Après être revenu sur son enfance, sa jeunesse et l'amorce d'une double carrière graphique et lyrique, il revient longuement sur sa trajectoire dans l'univers de la bande dessinée.
Émission "Mauvais Genres", animée sur François Angelier.


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Benoît Peeters est écrivain, scénariste, biographe (Valery, Hergé, Derrida, Ferenczi) et inventeur d'univers de Cités obscures. Analyste de Barthes, Hitchcock et Chris Ware, historien et théoricien de la BD, éditeur et héros de roman photo, c'est peut-être d'abord un homme d'images.
L'occasion de revenir sur sa carrière et d'en comprendre, si ce n'est le sens, au moins les points d'inflexions et les aspirations et occasions qui ont mené à des recherches qui pouvaient encore paraître, en leur temps, assez incongrues.
Un entretien mené par Franck Senaud.


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Qu'a d'unique la bande dessinée et quel est son génie ? s'interroge Benoît Peeters, qui revient sur l'extrême liberté des auteurs de BD et leur créativité, dès Rodolphe Töpffer.
Comment la planche a-t-elle conquis albums et journaux ? Pourquoi la bulle et le phylactère ne font pas la bande dessinée ? Quels sont les nouveaux horizons de son écriture?


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André Franquin débute brièvement sa carrière par l'animation, puis entre au journal de Spirou en 1945 en compagnie de ses comparses, Morris et Peyo. Avec Joseph Gillain, alias Jijé, le dessinateur de Spirou, ils formeront l'école de Marcinelle, et partiront vadrouiller en Californie et au Mexique.
Pendant presque toute sa carrière, Franquin fournit des planches au journal de Spirou, dans lequel il publie ses aventures de Spirou et Fantasio, variant les styles graphiques et les collaborateurs, créant des personnages toujours vivants aujourd'hui comme le Marsupilami.
Un beau jour de 1957, les lecteurs du journal de Spirou voient apparaître dans les marges de leur hebdomadaire un type mou et hésitant, qui délaisse très vite le nœud papillon et la veste un peu cintrée qu'il arborait dans un premier dessin pour un vieux mégot et un pullover râpé.
Ses lecteurs ne savent pas encore que ce "héros sans emploi", débraillé et mollasson, va devenir une icône de la bande dessinée franco-belge, mais ils connaissent son créateur, qui depuis plus de dix ans trimballe aux quatre coins de la planète le héros plus traditionnel qui a donné son nom à leur journal.
Dessinateur zélé : il conjugue plusieurs séries en même temps, multiplie les collaborations, notamment pour les décors et les couleurs de ses propres séries, et pour les scénarios de celles des autres. Sa brève période de dépression ne l'empêchera pas de dessiner Gaston, ni de créer la série caustique Idées noires, publiée dans Le Trombone illustré, supplément subversif au consensuel journal de Spirou.
André Franquin restera fidèle toute sa vie à l'idée que la bande dessinée est un genre humoristique et enfantin, et ses créateurs, d'honnêtes artisans...
Émission "Toute une vie", produite par Victor Macé de Lépinay.


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Septembre 1959, dans un HLM de Bobigny. L'été est caniculaire et il faut quelques verres de pastis à Albert Uderzo et René Goscinny pour trouver une idée : pour son premier numéro, le journal Pilote a besoin de nouveaux personnages. Goscinny avait déjà fait parler Lucky Luke et le Petit Nicolas, voilà qu'il crée Astérix. Le plus français de tous les Gaulois a pour co-créateur un homme de 33 ans... qui en a passé 23 à l'étranger.
Car si René Goscinny est né en France, il passe sa jeunesse en Amérique. Depuis l’Argentine d'abord et à New York ensuite, la France est exotique, fantasmée. Loin de l'Europe, ce petit Français juif expatrié échappe à la guerre. Ce n'est pas le cas de sa famille restée à Paris, pour partie assassinée dans les camps nazis. Pour surmonter ce malheur, peut-être, René Goscinny choisit de faire un "métier rigolo". Le dessin d'abord. Mais ses rencontres avec Morris, Uderzo et Sempé le font devenir scénariste, l'un des plus grands de la bande-dessinée.
Et pourtant… Scénariste de bande-dessinée est un métier qui n'existe pas. La bande-dessinée elle-même est méprisée, "une sous-littérature pour diminués mentaux", dit-il.
Le voilà, le fait d'arme de René Goscinny : avec Lucky Luke, Le Petit Nicolas, Iznogoud mais surtout avec Astérix et Pilote, lui, l'amuseur professionnel, le besogneux de la futilité, a mis les bandes-dessinées dans les mains des adultes. Non pas qu'ils n'en lisaient pas avant… Mais maintenant, ils l'avouent !
C’est Goscinny qui a mis sur les rails la bande-dessinée française. C'est lui qui a découvert et a laissé s'exprimer les Moebius, Druillet, Gotlib, Brétécher, Fred, Alexis, Reiser, Cabu, Mandryka, Patrice Leconte, Mézières, Christin et autres : il serait plus facile de dresser la courte liste des auteurs de BD qui ne sont pas passés par Pilote. Il fallait bien René Goscinny et son sourire en coin pour faire passer la bande-dessinée d'art mineur à neuvième art.
Émission "Toute une vie", produite par Romain Weber.


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Beaucoup de lecteurs de bande dessinée ne connaissent de l'homme qu'était Edgar P. Jacobs qu'une photo, reproduite au dos des albums de Blake et Mortimer. Plus exactement deux photos. Celle des éditions du Lombard, sur laquelle il mordille une branche de ses lunettes en fixant l'objectif d'un œil sombre et mystérieux, et celle des actuelles éditions Blake et Mortimer, qui montre un fringant jeune homme bien peigné et à la fine moustache, avec l'air romantique d'un presque jeune premier.
Hormis ces deux portraits, rien ou presque, tant l'auteur singulier qu'était Jacobs semble s'être réfugié derrière son œuvre... Et quelle œuvre ! Huit aventures seulement, mais qui ont fait de ses héros Blake et Mortimer et de leur éternel adversaire le colonel Olrik trois personnages incontournables de la bande dessinée.
Émission "Une vie, une oeuvre", réalisée par Victor Macé de Lépinay.