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En 1972, René Girard publiait chez Grasset La violence et le sacré. Une dizaine d'années plus tard, il revient sur cet ouvrage qui avait eu un retentissement international et suscité des jugements contrastés. Avec la question du sacrifice comme point de départ, René Girard aborde chacun des points sur lesquels repose la théorie de la genèse du sacré qu'il avait exposée dans ce livre.
Une contribution que certains avaient considéré comme la première théorie réellement athée du religieux et du sacré, alors que d'autres commentateurs contestaient, pour leur part, la méthode de René Girard et la manière dont, tout en s'y référant, il se démarquait de la psychanalyse freudienne et du structuralisme de Lévi-Strauss.
L'occasion de clarifier la façon dont il a cherché à fonder une nouvelle anthropologie de la violence et du religieux en revenant longuement sur la fonction du sacrifice, de la victime émissaire, des rites et des rituels, des interdits, de la rivalité mimétique, du désir et de la violence, tels qu'ils s'étaient éclairés pour lui à la lecture des mythes, à la lecture des grands romans, des grandes tragédies grecques et de celles de Shakespeare.
ÉMission "Les vivants et les dieux", animée par Philippe Némo.


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Notre espèce, Homo sapiens, présente un paradoxe remarquable : nous sommes la seule espèce capable à la fois de conflits létaux et de coopération pacifique étendue entre groupes.
Alors que certaines espèces se livrent à des conflits intergroupes (comme, par exemple, les chimpanzés, les loups et les fourmis), d'autres font preuve d'une coopération intergroupe limitée (comme les bonobos et les dauphins), mais aucune autre espèce ne combine ces deux comportements à une telle échelle et avec une telle complexité.
En intégrant des données issues d'un large éventail de disciplines (biologie, primatologie, anthropologie, archéologie, génétique, neurosciences, criminologie, psychologie sociale, linguistique, démographie et climatologie), Hugo Meijer analyse les facteurs biologiques, culturels et environnementaux qui permettent de saisir quand et pourquoi cette dualité au fondement des logiques de la guerre et de la paix, qui nous distingue au sein du règne animal, a émergé au cours de la lignée humaine.
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Agrégé de lettres, ancien élève de l'École normale supérieure et spécialiste du XVIIe siècle, René Pommier s'est imposé comme un critique redoutable, animé par une exigence rationaliste et un goût certain pour la polémique. Ses travaux, nourris par une érudition rigoureuse, consistent à déconstruire ce qu'il considère comme des impostures intellectuelles, souvent érigées en dogmes. Son parcours universitaire classique contraste ainsi avec l'audace de ses prises de position, toujours argumentées, mais rarement consensuelles.
S'attaquant aussi bien aux penseurs religieux qu'aux figures majeures des sciences humaines, Pommier démonte avec une précision implacable les discours qu'il juge irrationnels, infondés ou mystificateurs. Il réfute ainsi l'interprétation barthésienne de Racine, qu'il juge absurde et prétentieuse, avant de s'en prendre à Pascal, dont il démonte les raisonnements apologétiques au nom d'un rationalisme rigoureux. Sa critique de Freud, qu'il accuse d'avoir bâti une œuvre relevant plus du mythe que de la science, s'inscrit dans la même logique démystificatrice. Girard, autre figure intellectuelle célébrée, est à son tour passé au crible : Pommier démonte son concept de désir mimétique et dénonce ses lectures littéraires comme profondément erronées. Enfin, son analyse des écrits de Sainte Thérèse d'Avila se veut une mise à nu d'un discours mystique qu'il lit comme une pure manifestation de folie, imperméable à toute forme de doute ou de réflexion critique.
Cette série de conférences, placée sous le signe de la rigueur et de l'irrévérence, invite à une réflexion stimulante sur les limites de la foi, de la théorie et de l'autorité intellectuelle. À travers ses lectures incisives, René Pommier nous pousse à exercer sans relâche notre esprit critique, même – et surtout – face aux figures les plus respectées du panthéon intellectuel.


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La violence semble omniprésente dans notre monde - terrorisme, crime organisé, conflits armés, exploitation économique. Nous la traitons généralement comme une série d'anomalies à corriger, de dysfonctionnements à régler. Mais si la violence était en réalité un système cohérent et organisé qui structure profondément nos sociétés ?
Guillaume Soto-Mayor, chercheur et président d'Egregor, nous invite à changer radicalement notre regard. À travers son analyse des "économies de violence", il révèle comment des acteurs sophistiqués - des groupes criminels aux multinationales, des organisations terroristes aux États eux-mêmes - utilisent la violence comme instrument de pouvoir et de profit.
De l'Afrique à l'Europe, des cartels mexicains à la finance mondiale, des mines de coltan à nos smartphones, il convient de comprendre les mécanismes cachés qui lient violence et économie, criminalité et pouvoir légitime.
Cette nouvelle grille de lecture nous aide à comprendre pourquoi tant de nos réponses échouent face aux crises actuelles, et surtout, quelles transformations sont nécessaires pour construire un monde plus juste. Une réflexion essentielle pour comprendre les défis de notre époque et imaginer de nouvelles solutions.
- 0'00'00 : La violence comme système structurant
- 0'08'20 : Parcours et origines de la réflexion sur les économies de violence
- 0'15'42 : Définition des économies de violence : au-delà des faits divers
- 0'18'33 : Les différentes formes de violence : de la violence physique à la violence systémique
- 0'25'16 : La continuité historique des systèmes de violence
- 0'31'15 : La violence dans nos objets quotidiens : exemple des smartphones
- 0'36'28 : L'exploitation dans les chaînes de production mondiales
- 0'41'38 : Le rôle des institutions financières dans les systèmes violents
- 0'47'15 : Les paradis fiscaux et le blanchiment d'argent à grande échelle
- 0'52'42 : Les acteurs violents : sophistication et capacité d'innovation
- 0'58'33 : Le numérique : nouvel espace de violence
- 1'05'47 : La transformation des États : entre impuissance et criminalité
- 1'13'26 : Les États mafieux : quand la violence devient gouvernance
- 1'21'33 : L'échec des réponses internationales face aux crises
- 1'30'15 : L'aide au développement : entre bonnes intentions et effets pervers
- 1'38'52 : La question migratoire : anatomie d'une politique contre-productive
- 1'47'24 : Les conséquences humanitaires des politiques sécuritaires
- 1'55'31 : Les mouvements progressistes face à la violence : pourquoi cet échec ?
- 2'04'18 : La gauche et son angle mort sur les questions de sécurité
- 2'13'32 : Trump et la nouvelle politique de la violence assumée
- 2'25'45 : La montée des populismes : symptôme d'une violence systémique
- 2'40'11 : Les enfants, premières victimes silencieuses
- 2'48'33 : Le cyberharcèlement et les nouvelles formes de violence
- 2'56'30 : Vers de nouvelles approches : exemples d'initiatives réussies
- 3'05'42 : L'importance des solutions locales et leur passage à l'échelle
- 3'13'54 : Garder espoir malgré tout : les raisons d'y croire
- 3'19'40 : Conclusion et recommandations de lecture
Un entretien mené par Julien Devaureix.


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La guerre provient-elle du fond des âges, voire de notre héritage biologique, ou est-elle apparue à un stade déterminé de l’évolution des sociétés ?
De cette question, l'anthropologue Christophe Darmangeat et le préhistorien spécialiste de l'art rupestre et des mythologies Jean-Loïc Le Quellec en discutent en marge d'un colloque précisément consacré à ce sujet, organisé par la Société historique française à l'Université Toulouse Jean-Jaurès.


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En tant que psychiatre dans un centre de rééducation fonctionnelle, Maurice Berger reçois des victimes d'agressions qui gardent des séquelles importantes. En tant que pédopsychiatre, il travaille avec des mineurs extrêmement violents qui déclarent tous "n'en rien avoir à foutre" des blessures qu'ils ont occasionnées, avec une absence totale d'empathie.
Pour ralentir l'augmentation de cette violence dans notre société, il faut donc remonter l'histoire psychique de ces mineurs dont un certain nombre deviendront des majeurs dangereux. De manière schématique, ils présentent une violence "individuelle" liées à des maltraitances vues ou subies dans l'enfance, ou une violence liée à un milieu familial clanique, ou une violence commise en bande où le rôle du leader négatif est essentiel.
Le point commun est que les sujets concernés ne savent pas ce que c'est qu'obéir, à la loi entre autre, et que toute contrainte est ressentie par eux comme une insupportable soumission.


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Pour Ibn Khaldûn, immense historien arabe du XIVe siècle, l'État "civilise" au plein sens du terme, il crée une société civile, pacifique et désarmée. L'État trace une limite claire entre la société sédentaire, qui vit sous sa protection, et la société bédouine, tribale, qu'il ne contrôle pas. Mais il a besoin des deux mondes, puisqu'il tire du monde tribal la violence nécessaire pour imposer sa paix dans le monde sédentaire, où il puise ses richesses à travers l'impôt. Si on donne à ces termes, "sédentaire" et "bédouin", leur véritable sens, c'est-à-dire "sous le contrôle d'un État" et "hors du contrôle d'un État", la pertinence de la théorie peut être étendue très au-delà de l'Islam et du Moyen Âge.
Pour comprendre cette fascinante théorie utile à notre temps, Gabriel Martinez-Gros, avec toute la finesse et l'érudition qui lui sont coutumières, nous présente les lignes de force de l'œuvre d'Ibn Khaldûn pour nous permettre d'en cerner la richesse et la portée.
- 0'00'00 : Intro
- 0'00'45 : Qui est Ibn Khaldûn ?
- 0'08'55 : Développement de la dialectique entre bédouin et sédentaire
- 0'15'27 : Une logique de la violence chez Ibn Khaldûn
- 0'19'31 : La philosophie de la temporalité politique marche-t-elle ?
- 0'29'06 : Ibn Khladûn semble avoir une conception très moderne du travail
- 0'35'40 : N'est-ce pas étonnant la faible place de la religion dans sa pensée ?
- 0'41'26 : Vous dites que la théorie d'Ibn Khaldûn ne fonctionne pas pour l'Europe. Pourquoi ?
- 0'52'16 : Pour vous, nous vivons une actualité "khaldunienne" aujourd'hui.
- 1'04'25 : Selon vous et Kamel Daoud, la langue arabe littéraire est une invention et il n'existerait que DES langues arabes ?
- 1'09'38 : On dit souvent que la "vraie" langue arabe, c'est celle du Coran et on a vu le cas d'Al Jazeera incomprise par une part importante des arabophones.
- 1'11'48 : A l'époque d'Ibn Khaldûn, était-ce déjà sous domination ottomane ?
- 1'18'27 : Quelles langues parlait Ibn Khaldûn ?
- 1'20'27 : En vous écoutant, on a l'impression qu'il n'y a aucun point commun entre les dominés et les dominants
- 1'28'40 : Outro


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Pour Ibn Khaldûn, immense historien arabe du XIVe siècle, l'État "civilise" au plein sens du terme, il crée une société civile, pacifique et désarmée. L'État trace une limite claire entre la société sédentaire, qui vit sous sa protection, et la société bédouine, tribale, qu'il ne contrôle pas. Mais il a besoin des deux mondes, puisqu'il tire du monde tribal la violence nécessaire pour imposer sa paix dans le monde sédentaire, où il puise ses richesses à travers l'impôt. Si on donne à ces termes, "sédentaire" et "bédouin", leur véritable sens, c'est-à-dire "sous le contrôle d'un État" et "hors du contrôle d'un État", la pertinence de la théorie peut être étendue très au-delà de l'Islam et du Moyen Âge.
Pour comprendre cette fascinante théorie utile à notre temps, Gabriel Martinez-Gros, avec toute la finesse et l'érudition qui lui sont coutumières, nous présente les lignes de force de l'œuvre d'Ibn Khaldûn pour nous permettre d'en cerner la richesse et la portée.