Nervosité dans la civilisation. De la culture de la performance à l'effondrement psychique. Avec Alain Ehrenberg à l'Université de tous les savoirs.


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23.10.2000

Le basculement d'une société organisée par la discipline à une société fonctionnant à l'autonomie est l'objet de cette conférence. Je suivrai ici le fil directeur des transformations de la drogue et des pathologies mentales, plus particulièrement celui de la dépression, dans nos sociétés en prenant comme angle d'attaque les changements ayant affecté l'individualité contemporaine au cours de la deuxième moitié du XXe siècle et les tensions qui le traversent.
Je montrerai d'abord comment la dynamique d'émancipation, qui émerge au cours des années 1960, a progressivement dessiné un type d'individu qui est le propriétaire de lui-même et a produit un pluralisme normatif extrême d'où ressortent de multiples revendications identitaires. Ce phénomène conduit à une situation de l'individualité qu'avait parfaitement pressentie Claude Levi-Strauss en 1960 : "tout se passe comme si chaque individu avait sa propre personnalité pour totem".
Je décrirai ensuite comment les exigences d'action, d'autonomie et d'initiative personnelles se sont ajoutées au pluralisme normatif, au cours des années 1980, induisant un mode de vie caractérisé par des normes de dépassement de soi, sur le modèle de la compétition sportive. Ce double processus a abouti à un phénomène tout à fait nouveau de par sa visibilité, à savoir une sensibilité très forte à la souffrance psychique dont les dépressions et les addictions sont à la fois les symboles et les prototypes. Du culte de la performance à l'effondrement psychique, nos sociétés ont fini par donner forme à une culture du malheur intime parfaitement inédite. La performance, l'épanouissement individuel et la vulnérabilité de masse forment un tout que j'appelle la nervosité dans la civilisation.

Inégalités et redistribution en France au XXe siècle. Avec Thomas Piketty à l'Université de tous les savoirs.


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11.04.2002

Le conférencier s'applique à dresser le tableau d'un siècle d'inégalités économiques en France, et de montrer que contrairement à une idée reçue, l'inégalité des salaires y est restée sensiblement la même tout au long du 20e siècle. Bien que le pouvoir d'achat ait été multiplié par 5 pendant cette période, la hiérarchie n'a pratiquement pas changé !
L'inégalité totale des revenus a fortement diminué au cours des années 1914-1915, mais cette baisse est due pour l'essentiel aux chocs subis par les revenus du capital (destruction, inflation, crise des années 1930), et non pas à un processus économique "naturel" ou par une décision politique.
La concentration des fortunes et des revenus du capital n'a par la suite jamais retrouvé le niveau astronomique qui été le sien à la veille de la première Guerre mondiale.
L'impact de l'impôt progressif sur l'accumulation et la reconstitution de patrimoines importants semble avoir prévenu le retour à une société de rentiers. En l'absence de ces chocs et de l'impôt progressif, il est probable que la France n'aurait pas quitté de sitôt le sommet inégalitaire du début du siècle.

L'identité. Avec Zygmunt Bauman à l'Université de tous les savoirs.


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07.05.2000

Il y a eu une véritable explosion discursive ces dernières années autour du concept d' "identité" : aucun autre aspect de la vie contemporaine, n'attire, semble-t-il, autant d'attention de la part des philosophes, des spécialistes des sciences humaines et des psychologues.
Les "études d'identité" ne sont pas les seules à devenir rapidement une industrie florissante, cela va bien au delà - on peut même dire que "l'identité" est devenue maintenant un prisme par lequel d'autres aspects de la vie contemporaine sont reconnus, compris et examinés.
Par exemple, le débat sur la justice et l'égalité tend à être conduit en termes de "reconnaissance", on parle de culture en termes de différences, de créolisation et d'hybridité individuelles, de groupes ou de catégories, alors que le processus politique est encore plus souvent théorisé autour des problèmes liés aux droits de l'homme et aux "politiques de vie".
A l'ère de la "modernité liquide", Zygmunt Bauman se propose d'essayer de cerner ce concept tant invoqué d' "identité".

Finitude et ouverture : vers une éthique de l'espace. Sur les fondements de la société. Avec Peter Sloterdijk à l'Université de tous les savoirs.


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25.11.2000

"La différence topologique originelle entre l'intérieur et l'extérieur s'impose dans un premier temps sans jalons matériels massifs ; sur elle repose l'univers magique des identités qui, dans la plénitude démesurée de ses réalisations isolées, répète constamment la loi de la production d'espace dominée par l'endosphère."
Dans cette constatation, le philosophe Peter Sloterdijk trouve matière à une réflexion sur la manière dont un groupe humain parvient à créer, sans même avoir recours aux murs, la "serre relationnelle" qui mènera les individus du groupe à leur optimum relatif. Il s'interroge sur la notion "d'intérieur", et sur le rôle de l'étrangeté dans la création des cultures au sein de "sphères" d'où l'on a exclu le mal.
Une réflexion hors du commun sur la genèse de la sphère sociale et sur le rôle du "bien" et du "mal". Pour tenter de répondre à ces questions, l'exposé prendra appui sur le repérage des ruptures qui ont caractérisé, entre l'Antiquité et le XXe siècle, la longue histoire du livre, de l'édition et de la lecture.

Un humanisme est-il encore possible ? Avec Rémi Brague à l'Université de tous les savoirs.


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18.10.2008

Rémi Brague s'attache à comprendre l' "humanisme" dans les deux sens que ce mot recouvre : en temps que catégorie historiographique et en temps que vision du monde opérante.
C'est ce dernier sens qui sera travaillé et analysé pour en comprendre les dynamiques, la logique interne du concept et ses retournements récents à la faveur d'une crise écologique qui remet en cause le statut de l'Humain au sein de notre modernité.

Sommes-nous responsables de nos croyances ? Avec Pascal Engel à l'Université de tous les savoirs.


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26.11.2000

Les croyances ont des causes plutôt que des raisons, et beaucoup d'entres elles sont soumises à des déterminations sociales. Si la croyance n'est pas volontaire, comment pourrions-nous être responsables de nos croyances ? Peut-on reprocher à quelqu'un de croire des choses stupides ?
Et pourtant on peut blâmer un individu pour ses croyances racistes ou pour ses opinions irrationnelles, et nombre de conceptions de la croyance religieuse en font des engagements volontaires.
Depuis le fameux argument du pari de Pascal, on a également soutenu que les raisons pratiques de croire pouvaient, dans certains cas, l'emporter sur les raisons théoriques de croire. Y-a-t-il une "éthique de la croyance" au même sens qu'il y a une éthique tout court ?
Si nous voulons répondre à ces questions, il nous faut d'abord clarifier la psychologie de la croyance, et déterminer si elle relève de la part active ou de la part passive de notre esprit.
Alors que l'action est soumise au contrôle, les croyances ne le sont pas. Il faut aussi réviser notre conception usuelle de la liberté dans la croyance. Celle-ci ne repose pas sur la liberté de la volonté ou le libre arbitre, et la raison pratique diffère de la raison théorique.
Il ne s'ensuit pas qu'il n'y ait pas de liberté de croire, ni de responsabilité quant aux croyances. Nous devons à la fois renoncer à une conception purement déterministe et causaliste des croyances, du type de celles que défendent nombre d'anthropologues, de sociologues et de psychologues cognitifs, et à une conception purement volontariste.

Croyances religieuses et croyances politiques. Avec Marcel Gauchet à l'Université de tous les savoirs.


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30.11.2000

Dans les sociétés modernes, la croyance religieuse a, depuis un siècle, changé de figure. Cette transformation s'est opérée de manière analogue et parallèle dans la sphère politique. Si bien que les rapports du croyant à l'institution religieuse peuvent éclaircir les relations entre la société et l'État. À l'origine de ces bouleversements se trouve une attitude consumériste de l'individu.

Le pouvoir. Avec Claude Lefort à l'Université de tous les savoirs.


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30.05.2000

L'étude du pouvoir est ardue. Il n'est pas, en effet, de discipline scientifique dont l'objet spécifique soit la nature, l'origine et l'exercice du pouvoir, bien que ce phénomène ait suscité depuis longtemps la réflexion de grands esprits. 
Qu'appelle-t-on pouvoir ? Question préalable, semble-t-il. Mais, pour répondre, il faudrait énoncer un critère qui permette aussitôt de trancher un noeud de représentations dont chacune porte la marque d'une expérience collective.
Si l'on veut bien admettre que le pouvoir ne peut se réduire à la domination, à la puissance, au commandement ou à l'autorité, ce n'est pas toutefois sans raison qu'on en reconnaît le signe, soit à la capacité de décider des affaires publiques, soit à celle de disposer des moyens de coercition, soit à celle de commander, soit à celle d'incarner ou de représenter quelque puissance au-dessus des hommes ou bien d'en participer, soit à celle de posséder un savoir-faire qui échappe à l'intelligence commune. Bref, il peut être associé à l'image du prince, du gouvernant, du guerrier, du prêtre ou du magicien.
Dans tous les cas, le caractère du pouvoir est lié à celui de l'obéissance, et l'obéissance elle-même implique un certain mode de croyance.
Le pouvoir : une introduction.