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Le Développement Durable est dans toutes les bouches. Il apparaît comme la solution à tous nos maux, le mode de production capable de résoudre tous les problèmes écologiques tout en assurant la croissance. Pourtant, dès que l’on essaie de définir cette notion, les choses deviennent plus floues.
Les uns jugent que parler de développement durable est une tautologie : tout développement se développe nécessairement dans le temps ; d’autres y voient une contradiction en tant que le développement serait nécessairement vouée à prendre fin en raison des limites des ressources naturelles.
Quoi qu’il en soit, cette expression a le mérite de souligner que l’écologie n’est pas seulement une affaire de préservation de la nature et de sa biodiversité, mais concerne l’ensemble de nos pratiques et en particulier de nos pratiques productives, autrement dit que l’écologie est une question globale qui passe par la nécessaire dialectique de la nature et de la technique, et non par leur séparation dualiste.


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Aujourd’hui on célèbre partout le savoir. Qui sait si, un jour, on ne créera pas des universités pour rétablir l’ancienne ignorance ?
La question posée semble assez curieuse et même paradoxale. Après tout, on dit qu’il y a aujourd’hui bien plus de savants vivants et en activité qu’il n’y en a eu dans toute l’histoire de l’humanité. Nos connaissances de la nature ont fait des bonds prodigieux au cours du dernier siècle, qu’il s’agisse de la physique ou de la biologie. Les connaissances ne sont pas restées confinées au petit monde des savants, mais elles sont répandues dans le public, d’abord par les progrès de l’instruction et le recul massif de l’alphabétisme, mais aussi par les moyens de communication de masse dont le dernier, l’internet, semble mettre à disposition de chacun tout le savoir de l’humanité. La science n’est plus et depuis longtemps une activité théorique, elle est pratique, incorporée dans les techniques et on nous annonce que nous entrons maintenant dans "l’économie de la connaissance". La science, comme le disait Marx, semble devenir une "force productive directe". Bref, nous ne sommes pas devenus ignorants mais savants !
Qu’est-ce donc qui pourrait refréner cet enthousiasme qui nous porte depuis le commencement des "temps modernes" et singulièrement depuis l’époque des "Lumières" ? L’accumulation quantitative de connaissances fait-elle de nous automatiquement des savants ? La connaissance peut-elle être mesurée ? Les savoirs du passés qui tendent à être recouverts par de nouvelles "innovations" technologiques peuvent-elles passer par pertes et profits ? Enfin, se pourrait-il qu'à côté des progrès formidables du savoir, l’ignorance se répandrait aussi ?


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Pierre Musso, professeur à l'Université de Rennes, nous donne à voir dans son dernier ouvrage la naissance, dans la matrice chrétienne, d'une religion rationnelle qui est désormais notre croyance universelle.
L'esprit industriel s'est emparé du plus grand mystère de l'Occident chrétien, celui de l'Incarnation, et l'a inscrit dans divers grands Corps pour transformer le monde : ceux du Christ, de la Nature, de l'Humanité et de l'Ordinateur.
Il explore la généalogie de la religion industrielle et met en évidence trois bifurcations majeures institutionnalisées dans le monastère (XIe-XIIIe siècles), la manufacture (XVIIe-XVIIIe) puis l'usine (XIXe), avant de constituer l'entreprise (XXe-XXIe). Son élaboration s'est accomplie sur huit siècles pour atteindre son apogée avec la "Révolution managériale", la cybernétique et la numérisation.


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Aliénation, suicide : on sait que le travail peut produire le pire. Mais qu'il puisse aussi générer le meilleur, qu'il puisse être facteur d'accomplissement de soi et d'émancipation, une majorité de gens en doutent encore. C'est pourtant la voie explorée par Christophe Dejours qui nous propose, grâce à une nouvelle théorie du travail, de penser politiquement l'organisation de celui-ci.
Il nous montre que le travail de production est une épreuve pour la subjectivité tout entière d'où peuvent émerger de nouvelles habiletés, à la condition toutefois que cette épreuve soit relayée par un deuxième travail, de soi sur soi, ou de transformation de soi.
Mais l'organisation du travail a aussi des incidences qui vont bien au-delà du seul monde du travail. Au travail, on peut en effet apprendre le respect de l'autre, la prévenance, la solidarité, la délibération, les principes de la démocratie. On peut aussi y apprendre l'instrumentalisation de l'autre, la duplicité, la déloyauté, le chacun-pour-soi, la lâcheté, le mutisme.
De sorte que l'organisation du travail s'offre toujours comme un lieu d'apprentissage de l'implication ou de la désertion des espaces politiques...


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Le management est d'abord et avant tout un projet anthropologique et politique : "Harmony, not discord. Cooperation, not individualism", comme le formulait Frederick Winslow Taylor, le fondateur de la discipline.
Ni lutte des classes, ni homo economicus, le management se présente comme un projet coopératif, aujourd'hui appelé "gouvernance", fondé sur une science censée rendre les organisations transparentes aux uns et aux autres et ainsi démontrer scientifiquement la convergence des intérêts.
Mais ce projet est-il autre chose qu'une utopie ? Le travailleur sera-t-il si facilement désolidarisé de son appartenance de classe ? Et quels sont les enjeux de la généralisation de telles pratiques sur nos conditions d'existence dans nos sphères personnelle et professionnelle ?


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Alors que nous fêtons le deux-centième anniversaire de la naissance de Karl Marx en 2018, Anselm Jappe nous rappelle la pertinence de la pensée marxienne pour aborder les problèmes des sociétés actuelles.
L'on constatera, d'une part, la mesure dans laquelle la pensée de Marx nous fournit une grille d'analyse pour comprendre une société s'articulant toujours plus autour des catégories de bases de l'ordre capitaliste (valeur, travail, marchandise, argent) et d'autre part, les pistes qu'il nous propose pour changer et résoudre nos problèmes - notamment écologiques.


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Le travail, catégorie centrale de la philosophie de Marx mais aussi de Hegel, est analysé par Dominique Pagani dans ses implications actuelles, à l'heure du chômage de masse, de la précarisation et du retour des luttes qui, de 1848 à 1968 et passant par l'actuel conflit des cheminots, réaffirment le droit au travail dans la dignité.


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Depuis sa consécration par la Constitution de l’OIT, la notion de "régime de travail réellement humain" a été interprétée comme obligation d’humaniser les conditions de travail. La justice sociale a dès lors été comprise comme justice de l’échange salarial et son périmètre restreint aux questions de salaires, de temps de travail et de sécurité physique.
La période contemporaine a été marquée par une régression de cette idée de juste répartition des biens et par l’essor d’une revendication de juste reconnaissance des personnes. La justice sociale n’est plus — ou plus seulement — définie en termes d’égalité dans la répartition de richesses, mais en termes d’égalité dans le respect des identités.
Le creusement vertigineux des inégalités de fortune va ainsi aujourd’hui de pair avec l’exacerbation des revendications identitaires. Ainsi focalisés sur la dichotomie de l'avoir et de l'être, ces débats ont en revanche maintenu dans l'ombre une troisième dimension de la justice sociale — celle de l'agir — pourtant présente dans la Déclaration de Philadelphie (1944) qui compte au nombre des droits fondamentaux des travailleurs, celui d'avoir "la satisfaction de donner toute la mesure de leur habileté et de leurs connaissances et de contribuer au bien-être commun" (art. III-b).
Alain Supiot nous montre toute l’actualité de cette troisième dimension de la justice sociale, en des temps où ce n’est pas seulement la capacité des individus d’agir et de maîtriser leur destin qui est menacée, mais aussi celle des entreprises et des États.
Une conférence qui s'inscrit dans le colloque "Qu'est ce qu'un régime de travail réellement humain ?".