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À travers une oeuvre consacrée en partie à la situation de l'homme-culture face a la barbarie, George Steiner suscite une interrogation fondamentale : quel sens peut-il émerger du champ de ruines laissées par l'histoire de ce XXe siècle ?
De cette barbarie-là à ce qu'il appelle l'espéranto technocratique et technologique ; il est question de la place de la culture et de l'intellectuel dans notre société. Deux siècles après les Lumières - quand Jefferson proclamait "plus, jamais on ne brûlera de livres parmi les hommes civilisés".
Pourtant le bilan est lourd...
Les entretiens sont menés par Antoine Spire.


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La société contemporaine apparaît dominée par ce que Marx a appelé le "fétichisme de la marchandise". Mais on y observe aussi une montée du narcissisme au sens de Freud : les individus ne connaissent qu’eux-mêmes et nient la réalité extérieure. Y a-t-il un lien entre ces deux phénomènes ?
En quoi l’inconscient explique-t-il l’omniprésence de formes fétichistes de socialisation tout au long de l’histoire ? Peut-on imaginer un dépassement du "malaise dans la civilisation" en rompant avec le travail, la famille patriarcale et les structures autoritaires, comme le proposait Herbert Marcuse, ou risquet-on de cette manière de remplacer les formes œdipiennes-autoritaires par des formes narcissiques et "liquides" qui ne nous rapprochent pas davantage de l’émancipation ? Vaut-il alors mieux se référer à Christopher Lasch et juger les différentes cultures sur leur capacité d’apporter des solutions "évolutives" – plutôt que "régressives" – à l’angoisse originaire de la séparation et à d’autres données inconscientes ? En quoi cette approche permet-elle de critiquer efficacement de nombreux traits de la société contemporaine "liquide" ? Le sujet narcissique contemporain constitue-t-il une rupture avec le sujet "classique", "fort", "œdipien", ou en est-il plutôt la continuation ? Et quel est le lien entre néo-libéralisme économique et diffusion de comportements narcissiques, en tant qu’exaspération de la mentalité de concurrence ? Faut-il revenir au sujet "autonome", "kantien", et à l’État régulateur ? Est-ce souhaitable ?
Dans ce séminaire, qui fait suite aux cours déjà proférés à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Anselm Jappe approfondira le lien entre la théorie freudienne et la critique du fétichisme de la marchandise. L’arrière-plan théorique est constitué par la "critique de la valeur", un courant international de critique sociale basé sur une relecture original de l’œuvre de Marx. Elle fut élaborée notamment par Robert Kurz en Allemagne et Moishe Postone aux États-Unis.


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Il y a aujourd'hui une posture souvent adoptée qui voudrait qu'une bonne partie des maux de notre pays viendraient du "communautarisme". Celui-ci fragmenterait la nation et mettrait en cause le "vivre ensemble", encore une des ces expressions figées dont on ne sait plus bien ce qu’elles veulent dire mais servent d’argument dans la discussion publique. Il s’agit, nous dit-on, de retisser "le lien social", de "refaire société". Bref, il faudrait défendre la société contre le communautarisme...
Mais qu'en est-il vraiment ? Il semble bien qu’il y ait beaucoup de confusion dans tout ce discours relayé abondamment par les médias.
Dans cette conférence, Denis Collin nous apporte un peu de lumière en travaillant sur ces concepts et en introduisant de la distinction là où il y a surtout de l’indistinction.
Enfin, il essaiera de nous montrer pourquoi il n’y a pas forcément de mal à se dire "communautariste" au sens où Costanzo Preve faisait l’Éloge du communautarisme (éditions Krisis, 2012).




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Pourquoi certains penseurs, et non des moindres (de Hölderlin à Stirner en passant par Hegel, Feuerbach et Marx), ont-ils ressenti le besoin de théoriser ce sentiment de dépossession propre à notre époque moderne ?
C'est le but de l'étude passionante du concept d'aliénation à laquelle nous sommes conviés en compagnie de Bruce Bégout.


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Le philosophe et sinologue François Jullien, l'un des penseurs français les plus traduits et les plus lus à l’étranger, passe par la pensée chinoise pour envisager du dehors la pensée européenne.
La Chine propose une tradition de pensée trois fois millénaire qui s’est développée sans rencontrer la philosophie européenne. Les questions qui nous semblent aller de soi, concernant le sens de la vie, l’origine du monde et la vie après la mort, ne s’y posent tout simplement pas. On ne va donc pas en Chine chercher d’autres réponses à nos questions, mais une autre intelligibilité et une autre manière de penser.
Passer par la Chine permet encore de nous retourner vers notre pensée européenne pour en redécouvrir la singularité et la fécondité.
Le christianisme propose des ressources pour penser et pour vivre. Ces ressources ne demandent qu’à être explorées et exploitées.
Quelles sont les ressources propres de l’interrogation chrétienne ? Comment peut-on vivre de ces ressources chrétiennes ? Comment la pensée chinoise peut-elle rouvrir les possibles de l’interrogation chrétienne ?


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Depuis 40 ans, l'identité est au cœur du travail de réflexion du mouvement dit de la "Nouvelle Droite". Un travail idéologique salué par Michel Onfray, Eric Zemmour ou plus récemment… Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du parti socialiste a avoué : "aujourd'hui l'idéologie dominante n'est pas celle de la gauche mais celle –les spécialistes me comprendront– de la Nouvelle Droite, celle de l'identité avant l'égalité."
Une analyse sommaire qui mérite des explications, explications qui nous sont ici fournies par Alain de Benoist et Thibault Isabel.
Alain de Benoist nous rappelle en préambule que l’identité ne se pose comme problème qu’au moment où elle ne va plus de soi, et souligne les différentes dimensions de l’identité : multidimensionnelle (car associant des composantes héritées et choisies), dialogique (on ne se constitue que par rapport à autrui), variable et dynamique au cours de la vie de l’individu ou de de la communauté.
En matière de menace sur les identités collectives, Alain de Benoist ne pense pas que notre identité soit d’abord menacée par l’identité des autres, même si une telle menace peut exister : le danger le plus grand est "le système à tuer les peuples", l’imposition d’une homogénéisation planétaire, l’offensive de "l’idéologie du Même". Le capitalisme comme "fait social total" (M. Mauss) s’est avéré le système le plus efficace pour effacer les frontières et les identités. Celles-ci seront menacées tant que l’on ne remettra pas en question les manières de vivre inhérentes à ce système.
Thibault Isabel, quant à lui, lie les revendications identitaires à une évolution anthropologique amorcée réellement à la fin du XVIIIe siècle : l’essor de l’idéal d’authenticité. L’homme est devenu un individu parce qu’il ne veut être rien d’autre que lui-même. À la différence des sociétés traditionnelles, les choix de vie qui s’offrent à l’individu à l’époque moderne sont incommensurables, rendant la question de notre identité plus problématique.
Si se distinguer des autres apparaît comme le seul moyen d’exister, l’anonymat qui prévaut dans le monde contemporain ne fait qu’exacerber ce besoin de reconnaissance. En outre, le désir d’être individuellement soi-même n’exclut pas le besoin d’appartenir à un groupe homogène qui ne ressemble lui non plus à aucun autre : le nationalisme n’est, à cet égard, rien d’autre qu’un individualisme à l’échelle de la nation. De l’anonymat, naissent ainsi les pathologies de l’identité, poussées de revendications qui peuvent être tragiques.
L'identité "saine" au contraire est celle qui respecte à la fois l’individu et la communauté, et qui ne rejette pas l’autre, mais au contraire l’intègre.


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Si le travail du psychanalyste consiste à identifier avec le plus de rigueur possible la subjectivité de son époque, il est alors important de se pencher sur la question du préœdipien.
Et c'est parce que la subjectivité néolibérale agence les avatars de la jouissance d'une manière toute différente de ce que nous avons connu que nous devons reprendre cette question qui fait débat.
PS: la qualité de l'enregistrement audio est mauvaise.


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Le psychanalyste freudo-lacanien Jean-Pierre Lebrun s'interroge sur ce qui fait la spécificité de l'humus humain, en développant une approche fondée sur l'étude des mythes.
En effet, le monde humain ne peut être pensé qu'en devant laisser sa place à ce qui nous échappe radicalement. C'est donc par la portée anthropologique des mythes que nous pouvons penser l'actualité de notre société.
En donnant sa place au vide qu'un libéralisme débridé s'efforce d'exclure, ce sont les paramètres de l'existence humaine que les mythes fondateurs pourraient resituer au sein d'un monde en pleine mutation.