Qu'est-ce que la critique ? Avec Grégoire Chamayou pour le séminaire Pensées critiques contemporaines.


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23.05.2012

Trivialement, faire une critique, c'est formuler un jugement négatif, expliquer un avis divergent, dire pourquoi l'on n'est pas d’accord. Au sens le plus immédiat, les pensées critiques, ce sont celles qui, d'une manière ou d'une autre, se montrent contestataires de l'ordre existant.
Mais, au-delà de l'étiquette, il n'est pas sûr que l'on dispose aujourd'hui d'un concept commun de ce en quoi la "critique" en question pourrait consister. A y regarder de plus près, il apparaît même que ce vocable recouvre des démarches que presque tout oppose au plan épistémologique. Alors que par exemple, pour certains courants issus de l'Ecole de Francfort, la théorie critique débouche sur la tâche de reconstruire de grands édifices moraux normatifs, Judith Butler insiste au contraire, dans le sillage de Foucault, sur la suspension des catégories du jugement comme condition même du maintien d'une attitude authentiquement critique. La critique semble alors prise dans une alternative quant à sa méthode et à son devenir : soit d'être réduite au statut de moment négatif, nécessaire mais transitoire, précédant la refondation d'une doctrine positive, soit d'être conservée, mais sous la simple forme d'une attitude ou d'une exigence subjective.
Il y a cependant, dans la longue histoire du concept de critique, une autre voie, esquissée par Marx, qui évite ce double écueil : la critique ni comme étape vers la refondation d'une doctrine morale, ni comme forme inquiète de subjectivité, mais comme médiation stratégique entre travail théorique et lutte politique. Pour saisir l'originalité de cette redéfinition, toujours actuelle, de la critique, il faut revenir sur le déplacement que Marx a fait subir à cette notion, en replaçant celle-ci dans son histoire philosophique.

Marx, critique de l'économie politique. Avec Guillaume Fondu pour le podcast En avant Marx.


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01.2024

Depuis 1844 et sa rencontre avec Engels, l'intérêt de Marx pour l'économie politique ne s'est pas démenti. Mais le début de son militantisme révolutionnaire et les révolutions de 1848 ont retardé le travail qu'il avait projeté au milieu des années 1840. Les années 1850 et son isolement politique après la dissolution de la Ligue des communistes lui offre un contexte propice pour se remette à l'ouvrage. Marx associe l'échec de 1848 à une double immaturité : immaturité des sociétés, qu'il faut étudier pour en distinguer les potentialités révolutionnaires effectives, mais immaturité également du mouvement ouvrier, qui reprend des thèmes et des programmes qui sont en réalité d'essence bourgeoise. Tout cela rend d'autant plus urgent de parvenir à une compréhension intime et scientifique des phénomènes économiques pour élaborer un programme politique adéquat.
Pour ces mêmes raisons, Marx engage la polémique avec Proudhon qui jouit d'une forte influence sur le mouvement socialiste et à qui Marx reproche une critique non scientifique des catégories économiques et un projet politique réactionnaire et illusoire.
C'est donc en 1859 que Marx aboutit à un projet ambitieux avec la publication de la Contribution à la critique de l'économie politique, dans laquelle Guillaume Fondu identifie déjà ce qui fait la singularité de l'approche marxienne des catégories de l'économie politique et de son actualité.

Une émission mené par Marina Garrisi.

Michel Clouscard : néo-capitalisme, gauchisme et critique du sujet associé au marché du desir. Avec Gilles Labelle à l'Université du Québec à Montréal.


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23.02.2024

La pensée de Michel Clouscard (1928-2009) repose sur un double rejet : celui du marxisme dogmatique du Parti communiste français, qu'il juge trop économiste, et celui du gauchisme post-68, auquel il reproche d'avoir ouvert la voie à un néo-capitalisme libéral-libertaire. Ce dernier dissimule les conflits de classe derrière une fausse émancipation centrée sur la permissivité des mœurs et un "marché du désir" déconnecté de la production.
Clouscard critique l'illusion d'une consommation libérée du réel et de l'histoire, où le sujet se pense affranchi des structures sociales (classe, famille, patrie), incarnant une humanité soi-disant émancipée. Cette désocialisation paradoxale est en réalité un projet ancien du capital enfin accompli. Mais, souligne Clouscard, les conflits de classe ressurgissent sous des formes nouvelles, parfois pathologiques, notamment dans l'intolérance de certains "mondains" envers ceux attachés au monde ancien, qualifiés de populistes.
L'enjeu pour Clouscard est de dépasser cette opposition stérile entre gauchisme mondain et populisme réactionnaire, en réaffirmant une voie socialiste qui redonne sens aux formes historiques héritées, et qui réintègre les classes populaires dans une dynamique dialectique et émancipatrice.

Métaphysique et apologétique. Avec Frédéric Guillaud sur Radio Courtoisie.


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01.11.2023

Jésus-Christ a-t-il vraiment existé ? Avait-il une femme et des frères ? Sa résurrection est-elle une hallucination ? Qui a écrit les Évangiles ? À ces questions, comme à toutes celles que nous n'avons jamais osé poser au catéchisme, Frédéric Guillaud apporte avec brio et simplicité les plus lumineuses des réponses.
L'occasion de montrer la profonde cohérence rationnelle de la doctrine chrétienne, sans esquiver aucune des difficultés historiques ou philosophiques rencontrées par les Chrétiens.Attention, que vous ayez la foi ou pas encore, vous risquez d'être convaincu !

Émission "Au fil des pages", animée par Virgile Tertian.

Penser l'imaginaire avec Manuel de Dieguez. Avec Pierre-Yves Rougeyron au Cercle Aristote.


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05.05.2025

La pensée de l'imaginaire et du religieux est une part majeure du travail du philosophe Manuel de Diéguez, qui développe une pensée et une méthode singulière pour mieux saisir l'Homme dans son histoire et sa relation au monde.

 - 0'00'00 : Conférence
 - 0'57'47 : Comment enseigner le Dogme, le comprendre et savoir s'en détacher ?
 - 1'08'07 : Est-ce que Manuel de Diéguez a dialogué avec Marcel Gauchet ?
 - 1'20'31 : Quelles sont les différences de point de vue par rapport à l'oeuvre de Diéguez ?
 - 1'25'57 : Y a-t-il eu un lien entre Manuel de Diéguez et Carl Jung ?
 - 1'28'53 : Est-ce que pour Diéguez la pensée religieuse peut aller au-delà des trois monothéismes Abrahamiques ?
 - 1'43'01 : Conclusion

Faire ensemble : reconstruction sociale et sortie du capitalisme. Avec Franck Fischbach à la Librairie Ombres Blanches.


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04.12.2024

Il n'a jamais été aussi urgent de faire oeuvre commune pour faire face au changement climatique, à l'effondrement de la biodiversité, mais aussi pour assurer le soin des populations, remédier à la précarisation des vies, aux inégalités… Pourtant cette capacité à faire ensemble, à agir de manière véritablement sociale et à faire du collectif un véritable sujet pratique se trouve aujourd'hui minorée ou ignorée au profit de la seule rationalité de l'agent individuel. C'est que les fondements philosophiques d'un agir commun doivent encore être mis au jour.
En inscrivant ses pas dans la tentative encore méconnue des "Jeunes hégéliens", Franck Fischbach montre que l'essence humaine réside dans son oeuvre commune, qu'elle est un "faire ensemble". Mais, loin de valoriser de manière abstraite ou incantatoire l'association et la coopération, il s'agit de faire comprendre que nous sommes d'ores et déjà engagés pratiquement les uns envers les autres. Cet engagement, de nature sociale, se distingue des dimensions économiques et politiques de l'existence qui occupent souvent le devant de la scène des pensées critiques. Or, la mutualité de nos relations constitue le meilleur antidote aux rapports de domination.
Ainsi, déployer ces relations par lesquelles nous nous associons les uns aux autres dans des liens de complémentarité et de réciprocité peut nous aider à nous approprier le sens social de nos vies et à en maîtriser démocratiquement les conditions de réalisation.

La foi chrétienne est-elle crédible ? Avec Frédéric Guillaud sur Radio Courtoisie.


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24.05.2023

Jésus-Christ a-t-il vraiment existé ? Avait-il une femme et des frères ? Sa résurrection est-elle une hallucination ? Qui a écrit les Évangiles ? À ces questions, comme à toutes celles que nous n'avons jamais osé poser au catéchisme, Frédéric Guillaud apporte avec brio et simplicité les plus lumineuses des réponses.
L'occasion de montrer la profonde cohérence rationnelle de la doctrine chrétienne, sans esquiver aucune des difficultés historiques ou philosophiques rencontrées par les Chrétiens.
Attention, que vous ayez la foi ou pas encore, vous risquez d'être convaincu ! 

Émission du "Libre journal des débats", animée par Charles de Meyer.

Comment comprendre la montée de la figure de la victime. Avec François Azouvi sur France Culture.


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27.03.2024

Qu'il s'agisse de catastrophes naturelles, de drames historiques ou de violences familiales, c'est désormais à travers les yeux de la victime que nous les abordons. Le phénomène est notable dans tous les secteurs de la société : dans le droit, où la victime se voit accorder une place chaque jour plus importante dans le procès ; dans la littérature contemporaine, qui se concentre sur les malheurs intimes ; dans la politique, enfin, où se montrer à côté des victimes est un impératif absolu.
Si le nom de victime est très ancien, il a pris dans la modernité tardive un sens nouveau qui a fait d'elle une véritable "autorité interprétative" de notre monde pour reprendre l'expression du sociologue allemand Jan Philipp Reemtsma. Au risque de transformer la victimité en une qualité ontologique, une nature, ce qui la plonge dans une impasse car, n'étant plus référée à un événement, elle se voit privée aussi de toute issue à sa condition. La grande question n'est pas tant de s'apitoyer sur le triste sort de la victime, mais de savoir comment l'aider à sortir de cette condition.
Expliquer cette profonde mutation de notre rapport à la violence, à l'histoire et peut-être au sacré dont témoigne la montée en puissance de la victime est le des travaux récents du philosophe François Azouvi, auteur de Du héros à la victime : la métamorphose contemporaine du sacré (Gallimard, mars 2024).

Émission "Esprit de justice", animée par Antoine Garapon.