Propriété et pouvoir. Avec Frédéric Lordon et Thomas Piketty pour le Journal l'Humanité.


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31.01.2020

Ils ont en commun d'avoir refusé l'enfermement des labos de recherche pour s'engager dans le débat public. Thomas Piketty creuse avec acharnement la question des inégalités. Soucieux de faire partager le fruit de son travail, il parvient, grâce à un remarquable effort d'écriture à faire passer des pavés de 1'200 pages pour des livres de chevet. A l'étroit dans une matière, l'économie, qui se rêve une science dure, Frédéric Lordon se pique de philosophie. Il revisite Marx et Spinoza. Si ces livres restent peu accessibles au grand public, de Nuit debout aux usines en grève, il sait chauffer les AG.
Ni l'un ni l'autre ne se satisfont de la société actuelle. Ils veulent la transformer, ou tout au moins fournir des armes intellectuelles aux forces sociales qui s'y attèlent. Pourtant, de l'analyse des causes de l'inacceptable aux solutions de son dépassement, tout les oppose. Frédéric Lordon réaffirme la nécessité de sortir du capitalisme, l'inéluctabilité d'une révolution. Il prévient que le capital ne va pas "gentiment rendre les clés". Thomas Piketty veut refonder la social-démocratie, mais prévient pourtant que ce ne sera "pas un processus paisible".  L'un et l'autre ont mis au cœur de leur réflexion la question de la propriété privée, de son lien avec le pouvoir et la domination.
Mais de quoi parlent-ils l'un et l'autre ? Des patrimoines privés ou du capital comme rapport social ? Du pouvoir de l'argent dans la société ou d'un mode de production qui a formaté la société à sa main ? Faut-il exproprier, taxer, nationaliser, socialiser, permettre aux salariés de cogérer les entreprises ? Peut-on s'en sortir en multipliant les expériences locales de coopératives ou d'autogestion ? Peut-on ainsi éluder la question de la prise de pouvoir ?

Philosophie des sciences humaines. Avec Sylvain Auroux à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon.


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06.2007

L'histoire et la géographie, la sociologie et l'anthropologie, l'économie et la linguistique, la psychologie et la psychanalyse font toutes partie des sciences humaines. Ces disciplines trouvent-elles leur unité dans l'usage de certains concepts, dans un objet commun aux contours définis ou en raison d'un certain leg historique lié aux entreprises de savoir ?
Le philosophe et linguiste Sylvain Auroux, auteur de plusieurs ouvrages de référence sur l'histoire des sciences du langage, la philosophie et l'épistémologie des sciences humaines, se propose d'étudier les sciences humaines dans ses problématiques philosophiques afin d'en mesurer la cohérence et la pertinence sur le plan scientifique.
Une étude aussi vaste que passionnante.

Une histoire souterraine du capitalisme. Avec Dany-Robert Dufour au Cercle Aristote.


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18.11.2019

Le dernier essai du philosophe Dany-Robert Dufour Baise ton prochain. Une histoire souterraine du capitalisme résulte d'une sidération. Celle qui l'a saisi lorsqu'il est tombé sur un écrit aujourd'hui oublié, Recherches sur l'origine de la vertu morale de Bernard de Mandeville. C'est en 1714, à l'aube de la première révolution industrielle, que Mandeville, philosophe et médecin, a publié ce libelle sulfureux, en complément de sa fameuse Fable des abeilles. Cet écrit est le logiciel caché du capitalisme car ses idées ont infusé toute la pensée économique libérale moderne, d'Adam Smith à Friedrich Hayek.
Fini l'amour du prochain ! Il faut confier le destin du monde aux "pires d'entre les hommes" (les pervers), ceux qui veulent toujours plus, quels que soient les moyens à employer. Eux seuls sauront faire en sorte que la richesse s'accroisse et ruisselle ensuite sur le reste des hommes. Et c'est là le véritable plan de Dieu dont il résultera un quasi-paradis sur terre. Pour ce faire, Mandeville a élaboré un art de gouverner - flatter les uns, stigmatiser les autres - qui se révélera bien plus retors et plus efficace que celui de Machiavel, parce que fondé sur l'instauration d'un nouveau régime, la libération des pulsions. On comprend pourquoi Mandeville fut de son vivant surnommé Man Devil (l'homme du Diable) et pourquoi son paradis ressemble à l'enfer.
Trois siècles plus tard, il s'avère qu'aucune autre idée n'a autant transformé le monde. Nous sommes globalement plus riches. À ceci près que le ruissellement aurait tendance à couler à l'envers : les 1% d'individus les plus riches possèdent désormais autant que les 99% restants. Mais on commence à comprendre le coût de ce pacte faustien : la destruction du monde. Peut-on encore obvier à ce devenir ?

Jean-François Revel ou les illusions perdues de la philosophie. Avec Henri de Monvallier à l'Université Populaire d'Issy-les-Moulineaux.


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2019

De l'enfance marseillaise à l'Académie Française, en passant par la khâgne du lycée du Parc à Lyon, l'ENS, la Résistance, les voyages, les expériences professionnelles dans la presse et dans l'édition, Henri Monvallier nous dresse le portrait de Jean-François Ricard dit "Revel" (1924-2006), un homme engagé dans son siècle.
L'idée centrale étant de dégager les grandes articulations de sa trajectoire biographique et de son œuvre et de s'arrêter un peu plus longuement sur deux ouvrages : Pourquoi des philosophes ? (1957),  réquisitoire impitoyable contre les illusions que la philosophie entretient sur elle-même, et Descartes inutile et incertain (1976), dans lequel l'auteur s'efforce de défaire le lien établi entre l'adjectif "cartésien" et la notion de rationalité.
Jean-François Revel, un hommes aux visages multiples, indépendant, libéral et rationaliste, en butte aux obscurantismes de son siècle.

La Laïcité et le messianisme républicain. Avec Youssef Hindi à Bruxelles


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16.11.2019

Le travail de Youssef Hindi retrace l'histoire politico-religieuse de France sur la longue durée pour en venir à celle de la Révolution de 1789 qui, loin de l'idée répandue, ne fut pas seulement animée par les idéaux de Liberté, d'Égalité et de Fraternité, mais par un virulent anticléricalisme de nature religieuse.
Car le projet révolutionnaire et républicain est mystique avant d'être politique. Et pour nous aider à saisir le fond de la crise actuelle, Youssef Hindi prend le parti d'analyser la formation, l'évolution et l'éventuelle fin de la République en historien des religions. On découvre alors comment et qui a forgée cette religion de la République, la laïcité, qui fut recherchée dès le lendemain de la Révolution par les jacobins et leurs successeurs républicains du XIXe siècle afin d'asseoir définitivement le nouveau régime.
Du kabbaliste jacobin Junius Frey (1753-1794) à Vincent Peillon en passant par Ferdinand Buisson (1841-1932), Youssef Hindi suit à la trace les mystiques et prophètes auto-proclamés de l'ère moderne qui ont élaboré cette religion composite de la République sous le règne duquel les Français vivent et dont ils ignorent jusqu'à l'existence.

Naissance de la biopolitique. Avec Michel Foucault au Collège de France.


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1979

Le cours prononcé par Michel Foucault au Collège de France de janvier à avril 1979, Naissance de la biopolitique, s'inscrit dans la continuité de celui de l'année précédente, Sécurité, Territoire, Population. Après avoir montré comment l'économie politique, au XVIIIe siècle, marque la naissance d'une nouvelle raison gouvernementale - gouverner moins, par souci d'efficacité maximum, en fonction de la naturalité des phénomènes auxquels on a affaire -, Michel Foucault entreprend l'analyse des formes de cette gouvernementalité libérale. Il s'agit de décrire la rationalité politique à l'intérieur de laquelle ont été posés les problèmes spécifiques de la vie et de la population : "Étudier le libéralisme comme cadre général de la biopolitique."
Quels sont les traits spécifiques de l'art libéral de gouverner, tel qu'il se dessine au XVIIIe siècle ? Quelle crise de gouvernementalité caractérise le monde actuel et à quelles révisions du gouvernement libéral a-t-elle donné lieu ? C'est à cette tâche de diagnostic que répond l'étude des deux grandes écoles néolibérales du XXe siècle, l'ordolibéralisme allemand et le néolibéralisme de l'École de Chicago - unique incursion de Michel Foucault, tout au long de son enseignement au Collège de France, dans le champ de l'histoire contemporaine.
Cette analyse met en évidence le rôle paradoxal que joue la "société" par rapport au gouvernement : principe au nom duquel celui-ci tend à s'autolimiter, mais cible également d'une intervention gouvernementale permanente, pour produire, multiplier et garantir les libertés nécessaires au libéralisme économique. La société civile, loin de s'opposer à l'État, est donc le corrélatif de la technologie libérale de gouvernement.

Introduction au Communisme. Avec Francis Cousin pour le Collectif Guerre de Classe.


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12.2019

"Le communisme, abolition positive de l'appropriation privative (elle-même aliénation humaine de soi) et par conséquent appropriation réelle de l'essence humaine par l'homme et pour l'homme ; donc retour total de l'homme pour soi en tant qu'homme social, c'est-à-dire humain, retour conscient et qui s'est opéré en conservant toute la richesse du développement antérieur. Ce communisme en tant que naturalisme achevé = humanisme, en tant qu'huma­nis­me achevé = naturalisme ; il est la vraie solution de l'antagonisme entre l'homme et la nature, entre l'homme et l'homme, la vraie solution de la lutte entre existence et essence, entre objectivation et affirmation de soi, entre liberté et nécessité, entre individu et genre. Il est l'énigme résolue de l'histoire et il se connaît comme cette solution.
Le mouvement entier de l'histoire est donc, d'une part, l'acte de procréation réel de ce communisme – l'acte de naissance de l'existence de son expérience  – et, d’autre part, il est pour sa conscience pensante, le mouvement compris et connu de son devenir." Karl Marx, Manuscrits de 1844
Retour, en compagnie de Francis Cousin et à partir de Karl Marx, sur les origines, l'actualité et le devenir du communisme, ce "mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses".

"Il faut s'adapter", sur un nouvel impératif politique. Avec Barbara Stiegler pour Citéphilo à Lille.


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20.11.2019

D'où vient ce sentiment diffus, de plus en plus oppressant et de mieux en mieux partagé, d'un retard généralisé, lui-même renforcé par l'injonction permanente à s'adapter ? Comment expliquer cette colonisation progressive du champ économique, social et politique par le lexique biologique de l'évolution ?
La généalogie de cet impératif nous conduit dans les années 1930 aux sources d'une pensée politique, puissante et structurée, qui propose un récit très articulé sur le retard de l'espèce humaine par rapport à son environnement et sur son avenir. Elle a reçu le nom de "néolibéralisme" : néo car, contrairement à l'ancien qui comptait sur la libre régulation du marché pour stabiliser l'ordre des choses, le nouveau en appelle aux artifices de l'État (droit, éducation, protection sociale) afin de transformer l'espèce humaine et construire ainsi artificiellement le marché : une biopolitique en quelque sorte.

Une conférence modérée par Karine Bocquet.