Ces histoires qui nous gouvernent. Avec Christian Salmon au Théâtre du Rond-Point à Paris.


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30.11.2012

Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une "arme de distraction massive".
L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré.
Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine.

La Technique et le Temps. Avec Bernard Stiegler au Plessis Théâtre à Tours.


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03.2006

Bernard Stiegler nous invite, dans cet entretien en 5 parties, à penser l’articulation entre la politique, le désir et la technique.

Partie I
Pour cette première partie, il revient sur le cœur de sa pensée, ce qui constitue pour lui l'impensé de l’histoire de la philosophie : la question de la technique comme participant de et à la constitution de l’homme. Il nous invite à un voyage au temps des présocratiques et des sophistes où, pour la première fois, la technique fut pensée comme potentiellement nuisible. Depuis la naissance de la métaphysique jusqu’au XVIIIe, la technique a principalement été pensée comme illusion. Depuis la première révolution industrielle jusqu’à nous, une accélération techno-logique prodigieuse s’est opérée. Au XXe, la technique est devenue synonyme de destruction, et l’humanité semble face à une impasse. Puis, il aborde le problème de la consommation devenue essentiellement souffrance. Le capitalisme est passé de la problématique de la "baisse tendancielle du taux de profit" à celle de l’adoption permanente de nouveaux objets de consommation. Ainsi le marché qu’exploite aujourd’hui le capitalisme est celui des consciences, par la captation de la libido vers les objets de consommation. Cet état de fait conduirait non seulement à un épuisement du désir, mais aussi à une destruction de ce que Stiegler nomme le narcissisme primordial.

Partie II
Bernard Stiegler développe ensuite son idée de la destruction du narcissisme primordial à travers trois évènements pour lui symptomatique d’une grande catastrophe : Le 11 septembre 2001, destruction du World Trade Center ; le 21 avril 2002, ascension de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle ; le 26 mars 2002, assassina par Richard Durn de 8 conseillers municipaux à Nanterre. Il existerait aujourd’hui un désamour de l’humanité pour elle-même. Il faut se ressaisir et opérer une nouvelle critique du capitalisme. Bernard Stiegler revient sur les concepts Freudien de libido et de sublimation, laquelle est impossible sans singularité. Or, le capitalisme vise aujourd’hui la synchronisation globale et la destruction de toute singularité au profit de particularisme exploitable commercialement. En outre ce système désastreux exploiterait de véritable phénomènes d’addictions aux objets de consommation, ainsi qu’aux objets temporels que sont par exemple les programmes télévisuel. Cet état des lieux n’est pas une fatalité nous dit le philosophe. Il convient avant tout d’inventer de nouveaux modèles industriel. D’autres initiatives sont également à mettre en œuvre, comme le développement de communautés de praticiens et non d’usagers.

Partie III
La conférence proprement dite : que signifie aimer ? Bernard Stiegler développe sont point de vue en revenant sur un fait divers, celui des parents Cartier qui tentèrent d’assassiner leur enfants pour qu’ils accèdent à un monde meilleur. Si le jugement de ces parents a bien eu lieu, un autre jugement aussi important devrait avoir lieu :  celui d’une organisation sociale infanticide qui favorise de tels comportements. Car ces parents étaient devenu esclaves d’un système marchand qui leur avait fait croire qu’aimer c’est acheter alors que plus ils achetaient moins ils aimaient. Pour le philosophe, ces personnes étaient intoxiqués et la désintoxication est une question éminemment politique. Il revient alors sur la destruction du désir, la dés-individuation, la misère symbolique et spirituel régnante, autant de symptômes d’une société hyper-industrielle qui se détruit elle-même. Il aborde également le problème des enfants turbulents, aussi appelé "enfants hyperactifs" qui souffrent de trouble de l’attention et auxquels ont prescrit des camisoles chimiques afin de les rendre plus docile et obéissants. Ces enfants, ces "délinquants en puissances" que le Président de la République propose de détecter et de ficher dès l’âge de 3 ans, pour lesquels l’Inserm propose une chimiothérapie, ces enfants, ont simplement besoin d’un peu d’attention, nous dit Bernard Stiegler.

Partie IV
Dans cette seconde partie de la conférence, Bernard Stiegler aborde la question du Théâtre. Question surdéterminée par la technique nous dit-il et notamment par celle de l’écriture. Dans l’antiquité, avec le théâtre, apparaît le public et le citoyen. Le théâtre interroge l’espace sacré, profane ainsi que le devenir et il participe à l’individuation psychique et collective. Pour Bernard Stiegler le théâtre est un culte et non un rituel. Il aborde alors la différence qu’il fait entre le plan des subsistances, le plan des existences et le plan des consistances. C’est au niveau des consistances que se joue le désir.

Partie V
Jeu des questions/réponses avec le public.

Au long des âges, des emblèmes pour la France. Avec Michel Pastoureau sur France Culture.


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09.01.2016

N’en déplaise à quelques esprits chagrins ou irréductiblement sceptiques, il est loisible de considérer que l’efflorescence des drapeaux tricolores un peu partout après le drame du 13 novembre dernier est d’importance sur la longue durée, tout comme l’est aussi cette Marseillaise qui a jailli spontanément à l’Assemblée Nationale ou au Congrès de Versailles, et aussi parmi la foule place de la République et dans bien d’autres lieux. Nous parlons de longue durée et c’est bien sous sa lumière qu’il convient de replacer, pour en prendre mieux la mesure, le phénomène collectif dont il s’agit.
Serons donc abordés les emblèmes que la France et la République se sont choisies pour elles-mêmes au long des âges, du mystère de leurs origines, de leur prégnance dans les esprits et dans les cœurs, des turbulences qu’ont connues leurs usages, de leur efficacité pour unir, comme de leur force symbolique, en sens inverse, pour entretenir des déchirements parmi la nation.
Nous n’allons pas parler seulement de vexillologie - la science des drapeaux, des étendards et des pavillons -, pas seulement de couleurs, triomphant seules ou rassemblées, mais aussi de divers animaux, le coq, l’aigle, l’éléphant ou l’abeille, mais aussi de Marianne, mais aussi de bonnet phrygien…
Et c’est naturellement de Michel Pastoureau que nous allonrs solliciter les lumières, la science, la subtilité et de la sagacité !

Émission "Concordance des temps", animée par Jean-Noël Jeanneney.

Le sujet contemporain entre fétichisme de la marchandise et pulsion de mort. Séminaire d'Anselm Jappe au Collège international de philosophie.


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2015

La société contemporaine apparaît dominée par ce que Marx a appelé le "fétichisme de la marchandise". Mais on y observe aussi une montée du narcissisme au sens de Freud : les individus ne connaissent qu’eux-mêmes et nient la réalité extérieure. Y a-t-il un lien entre ces deux phénomènes ?
En quoi l’inconscient explique-t-il l’omniprésence de formes fétichistes de socialisation tout au long de l’histoire ? Peut-on imaginer un dépassement du "malaise dans la civilisation" en rompant avec le travail, la famille patriarcale et les structures autoritaires, comme le proposait Herbert Marcuse, ou risquet-on de cette manière de remplacer les formes œdipiennes-autoritaires par des formes narcissiques et "liquides" qui ne nous rapprochent pas davantage de l’émancipation ? Vaut-il alors mieux se référer à Christopher Lasch et juger les différentes cultures sur leur capacité d’apporter des solutions "évolutives" – plutôt que "régressives" – à l’angoisse originaire de la séparation et à d’autres données inconscientes ? En quoi cette approche permet-elle de critiquer efficacement de nombreux traits de la société contemporaine "liquide" ? Le sujet narcissique contemporain constitue-t-il une rupture avec le sujet "classique", "fort", "œdipien", ou en est-il plutôt la continuation ? Et quel est le lien entre néo-libéralisme économique et diffusion de comportements narcissiques, en tant qu’exaspération de la mentalité de concurrence ? Faut-il revenir au sujet "autonome", "kantien", et à l’État régulateur ? Est-ce souhaitable ?
Dans ce séminaire, qui fait suite aux cours déjà proférés à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Anselm Jappe approfondira le lien entre la théorie freudienne et la critique du fétichisme de la marchandise. L’arrière-plan théorique est constitué par la "critique de la valeur", un courant international de critique sociale basé sur une relecture original de l’œuvre de Marx. Elle fut élaborée notamment par Robert Kurz en Allemagne et Moishe Postone aux États-Unis.

Démocratie et humanisme, des concepts en évolution. Avec Pierre Magnard et Maxence Hecquard sur Canal Académie.


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13.07.2008

C'est parce qu'un usage correct des mots et une maîtrise de la langue permettent de penser correctement que Christophe Dickès invite Pierre magnard et Maxence Hecquard pour définir, respectivement, les sens de l' "humanisme" et de la "démocratie".

Les animaux ont aussi leur histoire ! Avec Michel Pastoureau sur France Culture.


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2015

Longtemps délaissé par les historiens, l'animal est désormais un objet d'études à part entière. Envisagé dans ses rapports avec l'homme, il nous apprend mille choses sur la société, l'économie, la culture, la vie religieuse et symbolique.
Michel Pastoureau a choisi ici de nous parler de huit animaux célèbres, intimement liés à notre culture. Certains ont réellement existé, d'autres sont empruntés à la Bible, à la mythologie, à la littérature ou à la réalité de notre monde.
Un parcours passionnant qui nous renseigne sur les changements et permanences des mentalités.

Comment ré-informer autrui ? Avec Lucien Cerise pour E&R à Dijon.


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25.04.2015

Aujourd'hui, le Pouvoir gouverne par le chaos et le pilotage de la guerre de tous contre tous. Autrement dit, le Pouvoir ne fait plus la guerre directement, mais il veut nous faire faire la guerre à sa place, c’est-à-dire qu’il cherche à nous entraîner au moyen d’appâts dans des conflits dont il sera le chef d’orchestre inapparent. Application systématique d’un "diviser pour régner" furtif, ni vu, ni connu.
Pour ne pas se laisser hameçonner et entraîner de manière subliminale dans des conflits triangulés, un travail de ré-information est nécessaire. La notion de ré-information, qui succède à l’information et à la désinformation, est bien connue, mais pourquoi parler de "ré-information active" ? Parce que, dans un premier temps, la ré-information est seulement "défensive". On se ré-informe en partageant des informations entre gens qui pensent la même chose. Or, ce n’est plus suffisant aujourd’hui et il faut passer à la vitesse supérieure : chacun doit devenir lui-même un agent actif de ré-information autour de lui, dans la famille, chez les amis, au travail, sur les réseaux sociaux.
Il faut devenir un agent d’influence, un spin doctor, en se formant aux méthodologies de retournement de l’opinion et d’ingénierie sociale appliquées dans les think tanks. Cela revient à fonctionner sur le mode du réseau de Renseignement, comme le font les lobbies et les sociétés de pensée, qui ont quelques longueurs d’avance sur le bon peuple, peu habitué à ce qui ressemble fort à une double vie et à des relations empreintes de faux-semblants. Mais nous n’avons pas le choix : reprendre le pouvoir se fera dans l’institution, en élaborant une vraie stratégie d’infiltration du Système et de contamination virale et capillaire.
Cet atelier a pour objectif de lancer une dynamique stimulante de passage à l’action, appuyée sur l’observation des bonnes pratiques de communication qui permettent de se réarmer mentalement, et surtout de réarmer notre entourage afin de gagner la guerre culturelle, au sens de Gramsci, qu’on appelle aussi guerre de l’information, guerre psychologique, guerre cognitive. Le but final est simple : imposer notre hégémonie culturelle pour endiguer celle du mondialisme et de ses diverses facettes morbides. Concrètement, localement, appliqué au cas français, cela signifie en finir totalement avec la pensée libérale-libertaire issue de Mai 68 et donc de "dé-soixante-huitariser" définitivement les esprits, au nom de la lutte contre le capitalisme et ses dérives transhumanistes.
N’attendez plus, ré-informez !

Le nouvel ordre narratif. Avec Christian Salmon au Centre de Recherches sur les arts et le langage.


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11.2009

Le champ d’études ouvert par les nouveaux usages du récit est immense, sous l’autorité de multiples disciplines, qui se disputent des territoires aux contours flous parmi lesquels on peut repérer quatre entités ou régions principales :
 1) Au niveau microéconomique de l’entreprise, le storytelling est investi par les techniques de production ("storytelling management") et de vente ("marketing narratif") qui permettent de produire, de transformer et de distribuer des marchandises. Il désigne des modes d’actions et des dispositions de contrôle qui ont pour but de répondre à une crise générale de la participation et à la nécessité d’une mobilisation permanente des individus. Les techniques du storytelling interviennent ainsi dans les organisations afin de convertir des schémas ou des plans d’organisation en conduites individuelles. Ce sont des pratiques de configuration concrète des conduites : apprentissage, adaptation, formation, guidage et contrôle des individus, mais aussi de gestion des flux émotionnels, des investissements affectifs, d’organisation du sensible.
 2) Au niveau juridico-politique, le storytelling inspire de nouvelles techniques de pouvoir qui déterminent la conduite des individus, les soumettent à certaines fins par le quadrillage des territoires, la télésurveillance et le profilage narratif rendu possible par le croisement des fichiers. C’est l’équivalent de ce que Michel Foucault avait repéré et qualifié de "pouvoir d’écriture" à la naissance des sociétés disciplinaires (apparition des registres, des fichiers) et qui se prolongerait aujourd’hui à l’heure numérique par un pouvoir de narration capable non seulement d’enregistrer les allées et venues et les faits et gestes des individus, mais de prévoir leur comportement, de profiler leur histoire et de l’anticiper.
 3) Au niveau macropolitique, ce que Foucault appelait la "gouvernementalité", on constate la multiplication des références légitimantes au récit comme discours de validation des pratiques sociales, et de légitimation de l’ordre social dans lequel s’inscrivent ces pratiques telles qu’elles s’expriment par exemple dans les discours des hommes politiques. Ce storytelling (comme ethos qui s’oppose au storytelling comme praxis des niveaux 1 et 2) a pour but de justifier et d’engager les masses, de synchroniser et de mobiliser les individus et les émotions. C’est l’œuvre des storyspinners, des candidats et des agences de lobbying et de narration politique.
 4) Au niveau individuel, le storytelling se manifeste aussi dans les nouvelles techniques d’écriture et de jeux (digital storytelling) aux applications sans cesse nouvelles (blogs, chat, jeux interactifs en ligne, etc.) et qui permettent aux individus de prolonger l’action régulatrice des pouvoirs par des conduites d’auto-examen et d’autocontrôle. Cette mise en récit de l’existence par le sujet lui-même généralise un nouveau mode d’individuation : une autoprésentation de soi qui est à la fois écriture et exhibition. Autocontrôle narratif des individus : autoblographies, webcam, second life…
L’exposé s’est concentré sur deux points.
 1. Obama in fabula : Barak Obama a élevé le storytelling politique au rang d’un nouvel art rhétorique. Il doit sa victoire à un modèle nouveau, qualifié par Christian Salmon de "carré magique" : 1) raconter une histoire capable de constituer l’identité narrative du candidat (Storyline) ; 2) "inscrire l’histoire dans le temps" de la campagne, gérer les rythmes, la tension narrative tout au long de la campagne (timing) ; 3) "cadrer le message" idéologique du candidat (framing), c’est-à-dire encadrer le débat, comme le préconise le linguiste Georges Lakoff, en imposant un "registre de langage cohérent" et en "créant des métaphores" ; 4) "créer le réseau" sur Internet et sur le terrain, c’est-à-dire un environnement hybride et contagieux susceptible de capter l’attention et de structurer l’audience du candidat (networking).
 2. Kate Moss Machine : le "système de la mode" décrit par Roland Barthes à la fin des années 1960, immuable et souverain avec ses sentinelles silencieuses du style et sa loi d’euphorie, explose au début des années 1990. La mode sort de ses gonds. Elle fusionne avec la culture de masse et vivra désormais au rythme de ses polémiques et de ses scandales. Christian Salmon poursuit son enquête sur le "nouvel ordre narratif" en interrogeant la figure énigmatique de Kate Moss, mannequin célèbre dans le monde entier et nouveau mythe "trash" à l’âge d’Internet… Avec le corps maigre et mobile de Kate Moss, c’est une nouvelle figure qui apparaît au tournant du XXe siècle, celle d’un sujet idéal, adaptable en toutes circonstances, capable de se réinventer sans cesse à travers la mise en scène et la narration de soi.