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Par quelles crises, par quels errements des puissants, par quelles catastrophes enfin faudra-t-il passer avant qu’on ne parvienne à l’accomplissement des temps ?
C’est une question sans cesse posée, dans l’Ancien Testament, par les prophètes. Elle occupe le Livre de Daniel. Dans l’Islam, des hadiths disent que c’est au pays de Cham, en Syrie, que nous devrons nous réfugier et que c’est en Palestine que se déroulera l’ultime combat. Autour de Jérusalem, s’établira le règne de paix.
"L’enfant pourra alors mettre sans danger la main sur le trou de la vipère". C’est une formule de l’Apocalypse de Jean. Depuis le Nouveau Testament, le christianisme entretient lui aussi l’attente, qui se réveille régulièrement au long de son histoire.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, on lui donne un nom savant, tiré du grec "eskatos" : l’eschatologie, l’étude des fins dernières. A cette époque, en France, à la marge d’une Église catholique déjà chauffée à blanc par son intransigeance politique, une minorité de convertis se tient en faction : un cataclysme va se produire, les créatures vont expirer ou se redresser, l’arrêt de Dieu intervenir. Ce petit groupe est souvent composé de convertis. Parmi eux, les écrivains Léon Bloy, qui passe fugitivement dans le dernier livre de Michel Houellebecq, Soumission, et Joris-Karl Huysmans, qui en est le personnage central.
Emission "La marche de l'histoire", animée par Jean Lebrun.


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Est reçu pendant cette conférence le très illuminant François Angelier, à la fois animateur et producteur de Mauvais Genres sur France Culture, co-coordonateur des éditions des écrits de Louis Massignon, auteur d’essais consacrés à Jules Verne, Léon Bloy et Paul Claudel, romancier sous le nom de François-Maxime Kulpa et directeur de la collection "Golgotha" aux éditions Jérôme Million.
Il nous donne une conférence consacrée au "Là-Bas" de Joris-Karl Huysmans, ce qui lui permet de revenir sur le satanisme au XIXe siècle et d'évoquer l’ex-abbé Boulan, Julie Thibault ou le Carmel d’Elie.


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Les deux philosophes George Steiner et Pierre Boutang parlent dans un premièr temps du mythe d'Antigone, de son origine, de ses répercussions dans l'histoire et de ses résurgences dans la politique. Chacun selon sa propre sensibilité, juive ou chrétienne, s'exprime à propos de ce mythe qui pose de façon permanente le conflit de la conscience humaine et de la raison d'Etat.
Lors de leur second échange, ils reviennent sur un fait biblique célèbre : le sacrifice d'Abraham. Ce fait biblique n'est en fait que prétexte à réflexion sur les conceptions différentes voir opposées de la notion du mal dans la religion juive et dans la religion catholique. Réflexion vite transposée dans notre monde contemporain ou le mal s'illustra dans l'holocauste.
Un débat animé et plein d'intelligence.


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La présente réflexion s'arrête sur l'une des questions les plus délicates et les plus controversées de la pensée de Rousseau : la relation entre religion et politique.
La guerre, l’apostasie, l’athéisme et surtout la "religion civile" sont étudiés, avec la volonté de ne pas présenter une interprétation univoque ou consensuelle de cet élément clé de la théologie politique de Rousseau. Il s’agit plutôt de montrer à quel point cette construction conceptuelle originale et singulière suscite des discussions et des compréhensions contradictoires.


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Lorsque Herman Melville meurt à New York, en 1891, il est un vieil homme à peu près oublié. Moby-Dick, quarante ans plus tôt, a coulé sa carrière littéraire. C’est seulement dans les années 1920, dans une Angleterre qui a fait l’expérience de la Grande Guerre, que le public commence à s’aviser de son génie. La fièvre de la redécouverte nourrit la quête d’inédits et, d’une boîte en fer blanc, surgit le récit auquel Melville a travaillé durant les cinq dernières années de sa vie : Billy Budd.
Malgré une taille limitée, celle d’une longue nouvelle, et une intrigue très simple, Billy Budd est rapidement devenu l’une des œuvres les plus étudiées et les plus commentées de la littérature mondiale, suscitant des débats aussi passionnés que contradictoires. La violence de la lutte entre critiques ne doit pas surprendre : Melville a tout fait pour livrer à une modernité demi-habile, pensant que tout problème a sa solution, une de ces situations sur lesquelles elle ne peut que se casser les dents. Qu’est-ce que le mal ? Quelles sont ses stratégies pour se répandre ? Comment limiter son empire ? Quel sens donner à la beauté d’un être ? Comment accueillir la grâce échue à un autre ? Autant de questions que le texte soulève, que la pensée instrumentale nous a désappris à poser et qui, lorsqu’elle les rencontre, la rendent comme folle. Autant de questions essentielles pour une vie humaine, et dont la littérature est peut-être la mieux à même, par ses ambiguïtés, à pouvoir traiter sans fausseté.
Olivier Rey, dans cette émission, nous fait ressortir de la vision de l’homme que suggère Melville : il s'attache à montrer, au travers de l'étude du chef-d’œuvre posthume d'Herman Melville, la puissance de la littérature pour explorer les questions éthiques et esthétiques.


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Tenter de faire une histoire du mal, c'est chercher à savoir d'où provient son étrange puissance. Qu'est-ce que l'homme a fait pour mériter la lente auto-destruction de toutes ses valeurs ?
Le Livre de la Genèse, qui est le Premier Livre de la Bible, aborde, au cours des onze premiers chapitres, cette histoire du mal, sous ses différents aspects.
Pourquoi le mal est-il plus facile que le bien ? Pourquoi la mésentente séculaire entre les deux sexes ? Pourquoi la violence ? Pourquoi le déluge et les apocalypses à répétition au cours de l'histoire ? Pourquoi ces différences entre les cultures, génératrices de conflits ? L'humanité peut-elle s'autodétruire ?
Les hommes ont leurs petites réponses toutes prêtes à ces questions.
Chaque culture humaine offre ses solutions au drame de la Puissance du mal. Mais, nous dit le Livre de Job, la réponse de Dieu est différente.
A chaque époque, le Dragon semble avoir de beaux jours devant lui. A chaque époque, le mal paraît remporter. Et pourtant, comme le dit le poète allemand Hôlderlin, "lorsque croît le péril croît aussi ce qui sauve".
C'est sous le signe de la Femme que le Livre de la Genèse et le Livre de l'Apocalypse envisagent l'avenir d'un monde délivré.


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Jean-Pierre Dupuy nous explique pourquoi, après avoir été l'un des principaux introducteur de John Rawls en France, il a rompu avec sa célèbre théorie de la justice.
En effet, les différents mécanismes sociaux servant à contenir les passions égalitaires ne font finalement que les déchaîner. Ainsi en est-il de la hiérarchie (Louis Dumont), de la démysthification (Pierre Bourdieu) et de la contingence (John Rawls) qui font toutes l'impasse sur la logique du mal absolu qu'est l'envie (l'amour-propre chez Rousseau).
C'est donc à un dépassement de l'idéologie victimaire que nous invite Jean-Pierre Dupuy, où les contextes faisant naître l'humiliation serait à combattre en premier lieu. Francis Wolff résume ensuite le propos de Jean-Pierre Dupuy et l'interroge sur les thèses qu'il avance.