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L'Occident serait-il en train de perdre le sens des distinctions ? Pour le philosophe Jacques Dewitte, l'indifférenciation – cette dissolution des frontières entre les sexes, les identités, les nations ou même le vrai et le faux – n'est pas anodine : elle révèle une "attirance pour la mort", un renoncement à l'effort de penser le réel. Dans La texture des choses (Salvator), il analyse comment notre époque, après des siècles de passion des distinctions (de Aristote à Hannah Arendt), bascule dans un relativisme où tout devient construit, arbitraire, interchangeable.
Mais quels sont les risques concrets de cet effacement ? Comment en est-on arrivé à nier les fondements naturels, historiques ou même architecturaux qui structurent notre monde ?
- 00'00 : Introduction à l'indifférenciation
- 02'46 : La tentation de l'indifférenciation
- 05'57 : Les conséquences de l'indifférenciation
- 08'50 : La perte du monde et l'identité
- 11'42 : Réflexions sur Hannah Arendt
- 15'02 : L'indifférenciation et la politique contemporaine
- 17'50 : Réactions aux événements récents
- 22'47 : La perception des Juifs dans l'Occident moderne
- 25'57 : Parallèles historiques : Berlin et Gaza
- 31'02 : L'aveuglement du système sécuritaire israélien
- 34'30 : La polémique avec Alain Finkelkraut
- 39'54 : Radicalisation des opinions sur le conflit israélo-palestinien
- 42'50 : Identités et indifférenciation dans le discours contemporain




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Et si la beauté du vivant n'était pas qu'un hasard de l'évolution, mais une fin en soi ? Le biologiste suisse Adolf Portmann, trop souvent relégué aux marges de la science officielle, a osé cette hypothèse : les formes animales ne se réduisent pas à leur utilité, elles s'exposent, elles se donnent à voir.
Entre finalité et mystère, la "physiognomonie" de Portmann interroge notre regard sur le vivant.
Émission "Répliques", animée par Alain Finkielkraut.


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La pensée d'Adolf Portmann, biologiste et philosophe du vivant, interroge la nature même de l'apparence et de la forme dans le monde animal et humain. En mettant en lumière l'importance de l'auto-présentation des êtres vivants, son œuvre ouvre des perspectives nouvelles sur la finalité du vivant, la place de l'homme dans la nature et les limites du darwinisme classique.
Ce colloque propose d'explorer ces thématiques à travers plusieurs approches : la possibilité d'une autre science du vivant, la finalité de l'apparence entre auto-conservation et expression, ou encore les évolutions récentes du darwinisme. Il s'agit aussi de réfléchir à la spécificité humaine à travers le prisme de la philosophie aristotélicienne, du rapport à l'animalité dans la chasse et des tensions entre anthropomorphisme et exception humaine.
À travers ces échanges, il importe d'approfondir notre compréhension des formes du vivant et de questionner la manière dont nous, humains, nous situons dans le monde naturel.


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Depuis une époque immémoriale, nous sommes entourés d'êtres et de choses - des animaux et des plantes, des objets quotidiens, des bâtiments - qui ont une forme reconnaissable, un certain "visage", et c'est une donnée première de notre expérience. Cela contribue à tisser une "texture des choses" que diverses théories contemporaines, de concert avec certaines forces sociales, s'emploient à défaire ou tendent à nier. Ainsi s'effectue peu à peu, de diverses manières, une disparition des formes et un retour à une réalité supposée être originairement un flux indifférencié.
Pour s'opposer à cette tendance à la fois intellectuelle et sociale, Jacques Dewitte met en évidence, à travers des lectures serrées d'Aristote, Heidegger et Arendt, un terrain commun pouvant accueillir à la fois une pensée des apparences vivantes et du tact qu'exige toute classification, une exigence de faire des distinctions conceptuelles dans la théorie sociale et politique.
Une réflexion fondamentale, donc, au sens où il pose les fondements rationnels de l'émerveillement devant un "monde beau et très divers".


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Le prodige de l'origine des langues ne se réitère pas seulement devant nous chaque fois qu'un enfant commence à parler : il se réitère en nous et par nous chaque fois que nous prenons la parole, que nous répondons à une question posée ou que nous nous mettons à écrire. Cette liberté que nous découvrons chez les nouveaux-parlants ne nous est pas étrangère ; c'est elle qui nous porte depuis longtemps, nous les vieux-parlants. Mais si familière soit-elle, elle nous échappe en partie à nous-mêmes.
Quelle leçon faut-il tirer de tout cela ? A coup sûr, il importe de renoncer aux rêveries historiques ou poétiques sur la "langue originaire" et d'accepter que nous nous situions "au milieu de l'histoire". Mais cela n'implique pas qu'on doive renoncer à toute forme de sensibilité à la question de l'origine. Même si on doit renoncer à expliquer "le mystère de la formation des langues", il peut y avoir, au milieu même de l'histoire, un "prodige de l'origine". Il y a des événements qui sont à la fois seconds par rapport à une origine antérieure et qui, tout en étant des recommencements, sont aussi de vrais commencements absolus.
Une conférence du séminaire "Formes symboliques" organisée par le laboratoire "Linguistique, Anthropologique, Sociolinguistique" de l'équipe de recherche de l'Institut Marcel Mauss.


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L'indifférenciation est la grande tentation contemporaine, qui puise ses racines dans la philosophie antique. Jacques Dewitte met à jour l'enjeu majeur de notre temps et propose, comme remède, l'accueil de l'unicité enclose dans la diversité.
Tout au long de cet entretien, il s'interroge aussi sur la méthode propice à l'exercice de la pensée (la différenciation de l'être exigeant une différenciation de méthode) et plaide pour la distinction à même d'éviter tant la confusion que le réductionnisme mono-méthodologique.
Enfin, il aborde la difficile question de la contingence, cette caractéristique de ce qui pourrait ne pas être. Réfutée par les déterministes, pourtant constatée par les anthropologues (Marcel Mauss en tête), la contingence résiste résolument à une conception utilitaire et fonctionnelle de la création.
A rebours de la pente contemporaine vers l'utilitarisme et l'uniformisation, cette discussion remet à jour cette question fondamentale : comment se fait-il que ceci ou cela soit, alors que cela aurait pu ne pas être ?
Un entretien mené par Fabrice Hadjadj.


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Figure singulière, unique de la biologie du XXe siècle, directeur de l'Institut de Zoologie de Bâle, Adolf Portmann (1897-1982) se penche sur le déploiement des formes animales. Taches, marbrures, zébrures du pelage des mammifères, variété des plumages, ocelles des papillons, détail d'un duvet qui forme dessin quand l'oiseau prend son vol, port de tête, partout beauté, minutie... Ce qui est écarté comme secondaire, décoratif par le discours dominant de la science est au contraire riche de sens !
Les animaux n'existent pas seulement objectivement, ils se montrent les uns aux autres, ils apparaissent et c'est une fonction fondamentale du vivant.
Merleau-Ponty saluant La Forme animale, ce grand livre, écrit : "La vie, ce n'est pas suivant la définition de Bichat, l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort, mais c'est une puissance d'inventer du visible."
Un entretien mené par Fabrice Hadjadj.


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Écrivain de l'époque édouardienne, Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) est un écrivain prolifique, essayiste, auteur de poèmes, de biographies, d'articles, de nouvelles policières. Et alors que deux essais de Chesterton, Hérétiques et Orthodoxie, viennent d'être réédités, ce sont deux inconditionnels de l'oeuvre qui viennent nous en parler.
Dans ce débat à teneur philosophique, le philosophe Jacques Dewitte et le journaliste et écrivain Basile De Koch parlent de ce qu'ils doivent à l'oeuvre de l'écrivain anglais Chesterton.
Émission "Répliques", animée par Alain Finkielkraut.