La Silicolonisation du monde ou l'irrésistible expansion du libéralisme numérique. Avec Eric Sadin à Madrid.


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03.10.2018

Berceau des technologies numériques (Google, Apple, Facebook, Uber, Netflix, etc.), la Silicon Valley incarne l'insolente réussite industrielle de notre époque. Cette terre des chercheurs d'or, devenue après-guerre le coeur du développement de l'appareil militaire et de l'informatique, est aujourd'hui le lieu d'une frénésie innovatrice qui entend redéfinir de part en part nos existences à des fins privées, tout en déclarant oeuvrer au bien de l'humanité.
Mais la Silicon Valley ne renvoie plus seulement à un territoire, c'est aussi et avant tout un esprit, en passe de coloniser le monde. Une colonisation d'un nouveau genre, portée par de nombreux missionnaires (industriels, universités, think tanks...), et par une classe politique qui encourage l'édification de valleys sur les cinq continents, sous la forme d'écosystèmes numériques et d'incubateurs de start-up.
Eric Sadin nous montre comment un capitalisme d'un nouveau type est en train de s'instituer, un technolibéralisme qui, via les objets connectés et l'intelligence artificielle, entend tirer profit du moindre de nos gestes, inaugurant l'ère d'une "industrie de la vie".
Au-delà d'un modèle économique, c'est un modèle civilisationnel qui s'instaure, fondé sur l'organisation algorithmique de la société, entraînant le dessaisissement de notre pouvoir de décision. C'est pour cela qu'il est urgent d'opposer à ce mouvement prétendument inexorable d'autres modalités d existence, pleinement soucieuses du respect de l'intégrité et de la dignité humaines.

Une conférence qui se tient à l'Institut français de Madrid, animée par Marta Peirano (les questions sont posées en espagnol).

De l'usage de l'intelligence artificielle. Avec Olivier Ezratty pour Les Rendez-vous du Futur.


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05.2018

Avec l'Intelligence Artificielle, l'Homme s’est pris à rêver, du meilleur comme du pire. Entre les partisans d'un avenir radieux où l'Homme sera quasi immortel et où les ordinateurs seront drôles, sexy et aimants (Laurent Alexandre, Ray Kurzweil), et ceux qui versent plutôt dans les lendemains qui déchantent – Elon Munsk, Stephen Hawking, pour ne citer qu’eux – le consensus est loin d’être atteint.
Mais l'IA n’est pas qu'un objet de débats politiques et éthiques. C’est aussi un sujet central pour les entreprises, et les start-ups s'y sont mises en masse.
Olivier Ezratty, conseil pour les entreprises dans l'élaboration de leurs stratégies d'innovation et très actif dans l'écosystème des start-ups (il publie chaque année le Guide des start-ups et le Rapport du CES de Las Vegas) propose de revenir sur les usages de l'IA et sur la manière dont celle-ci va transformer la société, le travail et les métiers de demain.

Demain, l'écriture. Avec Clarisse Herrenschmidt à l'Université de Bordeaux.


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07.11.2007

Comment définir l’écriture aujourd’hui ? C’est à cette question que tente de répondre Clarisse Herrenschmidt en apportant des exemples explicites de la transformation majeure de l’écriture et des signes dans les 20 dernières années avec l’émergence des nouvelles technologies et l’usage de plus en plus diffus de l’ordinateur.
Cette révolution graphique se traduit par la transformation de l’écriture en information : à un caractère ou une police correspond un nombre traduit par la machine. Contrairement au langage humain, le langage informatique n’est pas ambigu; il est le produit de la logique informatisée et permet par un ensemble écrit de caractères, de mots, de donner des instructions à l’ordinateur.
Cette transformation sémiologique en écriture informatique change notre mode de pensée et nos habitudes de travail. Nous traitons aujourd’hui la langue, les nombres et la monnaie (via la carte de crédit) avec le même outil : l’ordinateur.
Dès le départ, la machine a été pensé comme un cerveau informatique ; l’organe de pensée humain a été externalisé et projeté dans un artéfact qui est une machine à signes. Mais pour Clarisse Herrenschmidt les interrogations sont ailleurs : que vaut la parole humaine ? Les usages de la parole se sont affadis, aplatis, au détriment des variations infinies que propose une langue. Comment allons-nous parler ? toujours de façon plate et dé-symbolisée ou assisterons-nous à un redéploiement des possibilités ?

Blockchain et Bitcoins, des amis qui nous veulent du bien ? Avec Roubachoff, Thibaut Philippe et Maurice Gendre sur Méridien Zéro.


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12.01.2018

Dans cette émission, Méridien Zéro nous propose un éclairage sur un sujet qui fait l’actualité depuis quelques temps : Blockchain et Bitcoin, en d'autres termes les cryptomonnaies.

Une émission animée par Jean-Louis Roumégace.

Qui a écrit le premier texte de l'humanité ? Et qui l'a lu ? Avec Clarisse Herrenschmidt au Musée international de la Réforme à Genève.


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12.10.2017

Clarisse Herrenschmidt, archéologue et historienne de l'Antiquité, propose une réflexion captivante à propos des premiers écrits et de ses lecteurs originels. Une plongée fascinante dans des mondes à la fois lointains et familiers.

Les algorithmes. Avec Dominique Cardon pour PointCulture à Bruxelles.


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19.04.2016

Les algorithmes : ils ont été présentés comme l’idéal de la recommandation culturelle. Grâce à eux, vous trouvez tout ce que vous cherchez, et vous faites sans cesse de nouvelles découvertes. Or, les algorithmes ne fonctionnent que sur ce qui, d’une expérience culturelle, peut être modélisé par les mathématiques. 
Alors, ça fonctionne comment, un algorithme ? Quels sont ses avantages ? Est-il possible de valoriser un conseil et une médiation culturelle qui ne soient pas réductibles à des formules mathématiques ?
Les algorithmes, au cœur de l’économie de l’attention, méritaient bien un développement...

Une conférence qui s'inscrit dans le cycle "Pour un numérique humain et critique".

Le régime de vérité numérique. Avec Bernard Stiegler et Antoinette Rouvroy au Centre Pompidou.


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07.10.2014

De la gouvernementalité algorithmique de fait au nouvel état de droit qu’il lui faut : c'est de ce thème dont débattent Bernard Stiegler et Antoinette Rouvroy.
Cette dernière, s'appuyant sur la notion de "régimes de vérité" chez Foucault, explore la question de savoir en quoi la "gouvernementalité algorithmique", apparue avec le numérique, constitue un nouveau mode de gouvernement des conduites, et souligne ses répercussions cruciales en termes épistémologiques, sémiotiques et juridiques. Elle met en évidence une crise de la notion de représentation, portée par l'idéologie des big data selon laquelle le traitement automatique des "données brutes" permettrait de découvrir la vérité à même le réel, en se passant de toute vérification, de toute interprétation, de toute critique. A travers le travail opéré sur ces données, qui en efface la signification, ce sont aussi trois sources d'incertitude qui tendent à être suspendues : celles de la subjectivité, de la sélectivité et de la virtualité. Tout en montrant les conséquences de cette idéologie des big data sur l'identité personnelle, qui témoigne du paradoxe d'une hyper-personnalisation mêlée à une fragmentation et un isolement de l'individu, Antoinette Rouvroy pointe également trois types de "récalcitrances" à ce mouvement, que sont l'ineffectué de l'histoire, l'ineffectué de l'avenir et la mansuétude humaine.
Bernard Stiegler, quant à lui, ajoute à ces réflexions l'idée d'un droit algorithmique qui resterait à construire. Le caractère indispensable d'une différenciation entre le fait et le droit trouve une illustration particulière à travers la réfutation du texte de Chris Andersen, The End of theory, qui postule l'inutilité de la formulation d'hypothèses et l'élaboration de théories scientifiques à l'heure des big data. Bernard Stiegler montre la nécessité d'un effort d'interprétation des données brutes, en s'appuyant sur la distinction kantienne entre l'entendement, dont les processus analytiques sont computationnels et automatisables, et la raison dont les processus synthétiques échappent au règne de l'automaticité et rendent l'individu capable de trancher et de décider. Il souligne également le lien entre l'automaticité algorithmique et les problématiques du capitalisme contemporain, en particulier ses conséquences sur l'emploi. Il est dès lors capital de mobiliser notre raison, orientée vers l'instauration de circuits de transindividuation, pour élaborer dès à présent un nouveau modèle.

Une rencontre organisée par l'Institut de recherche et d'innovation dans le cadre du séminaire Digital Studies.

Retour à la cybernétique : ontologie et politique de l'information. Avec Mathieu Triclot à l'Ecole Normale Supérieure.


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23.10.2017

La cybernétique a produit, dans l'après seconde guerre mondiale aux États-Unis, l'un des discours d'accompagnement de la révolution technologique de l'informatique et des télécommunications. Cette fonction de "discours d'accompagnement" s'entend non seulement comme une opération qui consiste à "faire sens" du changement technique, à travers un discours adressé au grand public, mais aussi comme un travail spéculatif destiné à étayer des paris, paradigmatiques, sur l'avenir du développement technique.
Pourquoi revenir à la cybernétique aujourd’hui ? Cette communication entend tester et discuter trois propositions.
 (1) Dans ce travail paradigmatique et spéculatif, la question de la nature physique de l'information occupe une place considérable chez les cybernéticiens. Ces derniers ont adopté une ontologie physicaliste de l'information, en rupture complète avec l'idée d'une information immatérielle ou de l'ordre du symbole. Ce clivage entre une information-symbole et une information-signal joue un rôle décisif dans la détermination des programmes de recherche que se donne la première cybernétique, autour notamment des réseaux de neurones formels.
  (2) A cette ontologie physicaliste de l'information s'adosse chez Wiener une forme de politique des artefacts cybernétiques. Celle-ci consiste à imaginer, par des récits qui voisinent parfois avec la science-fiction, des techniques projetées en situation dans le social. La cybernétique discute ainsi de questions autour de l'automatisation, du remplacement du travail humain par les intelligences artificielles, qui ne dépareilleraient pas en 2017. Ces dimensions techniques, scientifiques, philosophiques, politiques forment une trame inextricable au sein de la cybernétique américaine.
  (3) Ce retour à la cybernétique nous paraît posséder un intérêt historique, au sens où il fournit des instruments pour comprendre le présent. Il ne s'agit pas d'affirmer que la cybernétique aurait pensé par avance la situation contemporaine, mais d'évaluer ce qui change dans les agencements de science, de technique, de philosophie, de politique, au prix sans doute de la péremption de ce que la cybernétique d'origine avait lutté pour mettre en place.