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Une révolution a eu lieu dans les années 60 du XXᵉ siècle. Pourquoi choisir 1966 plutôt que 1968 pour en comprendre la dynamique ?
Antoine Compagnon avance deux raisons à son choix. D'abord une raison personnelle, relevant de ce que Pierre Nora appelait "l'ego-histoire" : "C'est l'année où je me suis éveillé au monde, aux idées (...). C'est l'année où j'ai découvert la France." Mais surtout, 1966 lui apparaît comme "le début de cette seconde Révolution française". Selon lui, "la France a été en guerre entre 1914 et 1962" et ce n'est qu'après cette longue période que les choses commencent à changer. Il compare ainsi 1966 au "89 de la Révolution française", quand 1968 en serait "93, la véritable explosion"...
Jean-François Sirinelli partage ce diagnostic tout en l'élargissant. Pour l'historien, dès "le milieu des années 1960", la révolution est à l'œuvre, et 1968 agit avant tout comme "un accélérateur de particules historiques". Les ferments sont déjà là : télévision dans la moitié des foyers, transformations politiques issues du scrutin de 1965, rupture dans le monde intellectuel et premières avancées décisives pour les droits des femmes.
Émission "Répliques", animée par Alain Finkielkraut.




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Quand et comment la notion d'un enseignement public assuré par l'État est-elle apparue, dans quelles circonstances l'institution elle-même est-elle née, quel rôle positif peut-on considérer qu'elle a joué pendant des décennies ? Et quel étrange accident lui est-il arrivé vers le milieu du XXe siècle, qui a initié son déclin peu de temps après qu'elle eut pris le nom d' "Éducation nationale" ? Comment expliquer la dégradation accélérée survenue à partir des années 1970, qui a abouti à ce que l'école française soit désormais classée dans les derniers rangs des comparaisons internationales ?
Philippe Nemo tente de répondre à ces questions avec la précision historique requise. Ses analyses donnent à penser qu'il convient aujourd'hui de remettre en cause non seulement l'organisation de l'Éducation nationale, mais son principe même, c'est-à-dire son monopole et son centralisme. Il n'est pas acceptable que l'État décide seul des programmes de toutes les écoles françaises, c'est-à-dire impose dogmatiquement ce qu'on doit penser au sujet du vrai, du bien et du beau. Il faut recréer en France des structures scolaires de pluralisme et de liberté, comparables à celles qui existent dans la plupart des démocraties libérales dont les écoles et universités réussissent mieux que les nôtres.
- 0'00'40 : L'Éducation nationale remplit-elle sa mission ?
- 0'02'57 : À quoi ressemblait l'école autrefois et quel était le rôle de l'Église ?
- 0'06'05 : Pourquoi séparer le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel en matière d'éducation ?
- 0'10'11 : Le cas des institutions créées par les rois
- 0'19'09 : Pourquoi le financement de l'école par l'État peut être dangereux
- 0'23'47 : Quel est le changement de paradigme entre les révolutionnaires de 1789 et ceux de 1793 en matière d'éducation ?
- 0'33'38 : Que penseraient Jean Zay, Jules Ferry, Guizot ou Condorcet de l'école d'aujourd'hui ?
- 0'38'33 : Les raisons du déclin
- 0'49'04 : Les solutions au déclin
- 0'58'19 : Comment les déconstructivistes ont changé le regard de la gauche sur l'école et la méritocratie
- 1'08'25 : Pourquoi la Suisse s'en sort mieux que la France ?
- 1'15'04 : Pourquoi les filières professionnelles sont dénigrées en France ?
Un entretien mené par Élodie Messéant.


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Le fascisme s'est d'abord pensé comme un mouvement italien, mais il a rapidement regardé au-delà de ses frontières pour devenir un phénomène européen. En 1932, à l'occasion des dix ans de la "marche sur Rome", Mussolini pouvait même fièrement prophétiser : "Dans dix ans, l'Europe sera fasciste ou fascisée."
L'Italie fasciste s'est donc dotée, dès les années 1920 et encore plus dans la décennie suivante alors que le nazisme la concurrençait sérieusement, de relais et d'organisations affirmant sa présence dans le monde, à commencer par l'Europe. Elle parvint à mettre en place de nombreux réseaux d'influence et de propagande s'adressant aux Italiens comme à tous les Européens qui avaient de la sympathie pour le fascisme ou pour l'Italie.
C'est à ces "passeurs" individuels et collectifs, qui agissaient dans les sphères politiques et culturelles, que s'intéressent Olivier Dard et Jérémy Guedj. De l'Espagne à la Roumanie, en passant par l'Allemagne et la France, il vise à retracer les trajectoires de celles et ceux qui firent du fascisme un mouvement transnational, s'affranchissant des frontières pour créer un espace politique et culturel commun, à l'heure où le modèle italien était considéré comme une alternative à des démocraties fragilisées.
Célèbres ou obscurs, ces "passeurs" répondaient à des motivations et objectifs variés. Ils devinrent les agents d'une Internationale informelle et d'une autre Europe, dont Rome aurait été l'épicentre.
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La théorie décoloniale constitue l'un des discours phares de notre temps. Loin des imprécisions dont elle fait souvent l'objet, Philippe Colin offre une généalogie et une cartographie d'un continent de pensée méconnu en Europe et rappelle les apports d'un des courants les plus féconds de la théorie critique contemporaine.
La conquête de l'Amérique, scène inaugurale de la modernité capitaliste, fut aussi l'acte de naissance de nouveaux rapports coloniaux de domination qui ont modelé une hiérarchie planétaire des peuples selon des critères raciaux, sexuels, épistémiques, spirituels, linguistiques et esthétiques. Or cette colonialité du pouvoir n'a pas été enterrée par les décolonisations.
Si l'on veut en sortir, il faut (re)connaître les expériences vécues par celles et ceux qui ont résisté à l'imposition de ces régimes, les savoirs produits par les sujets marqués par la blessure coloniale, et tenter de discerner, dans ces fragiles "nouveaux mondes", l'horizon d'un dépassement de la colonialité.


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Les 335 années qui séparent l'arrivée au pouvoir de Charles VI en 1380 de la mort du roi-soleil en 1715 ont été des périodes de bouillonnement politique, militaire, religieux, administratif et artistique dans le royaume de France. La pérennité de la guerre marque cette longue évolution où les périodes de paix demeurent très incertaines et de courte durée ; guerres de toutes sortes, religieuses, civiles étrangères où les ennemis furent tour à tour Anglais, Espagnols, Impériaux ou protestants et le plus souvent dans la parentèle proche des rois.
L'omniprésence de la guerre a été, sans aucun doute, un des éléments fondamentaux de la naissance et du développement de l'état monarchique mais dans le même temps la naissance de l'état monarchique a été le terreau de la guerre. Les deux grands piliers de la construction, justice et finances, les acteurs de celle-ci mais aussi les contestations et les révoltes contre cette montée en puissance tissent la trame de fond de cette construction et affirmation de la monarchie française pendant ces quatre siècles.
Si la figure royale s'impose, un gouvernement se structure progressivement au cours de la période considérée et une forme de bureaucratie permet de professionnaliser l'exercice du pouvoir et le gouvernement du royaume. Le roi n'exerce pas le pouvoir de manière solitaire et si les figures féminines s'effacent progressivement, les reines s'affirment dans les périodes de régences.
Michel Figeac, Thierry Dutour et Pauline Valade abordent les grands traits de la construction de l'État, tout en questionnant le processus politique à l'œuvre sur la longue durée.

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Le conflit qui ravage l'Ukraine depuis février 2022 est symptomatique du clivage qui traverse la dissidence française, entre une vision souverainiste étroitement nationale et l'idéal de défense d'une identité civilisationnelle européenne.
Pour évoquer l'histoire et l'actualité de ce conflit, qui de mieux que Pascal Lassalle, défenseur infatigable de l'Ukraine et de son peuple, pour expliquer à la fois l'histoire et la genèse de cette guerre, lui qui a développé une bonne connaissance autant de terrain que théorique du sujet ?
Émission du "Libre journal des controverses", animée par Mike Borowski.


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Comment a-t-il été possible de construire la Sécurité sociale en 1946 dans un pays où la population dépendait de tickets de rationnement pour se nourrir alors qu'aujourd'hui nous ne serions pas capables de l'étendre dans un pays qui a rarement été aussi riche ? Nicolas Da Silva propose une histoire des transformations de la protection santé en France de 1789 à nos jours, à travers le prisme des conflits qui l'ont façonnée.
Au cours de la Révolution de 1789, alors que les débats sur la place de l'État et du capital dans la protection santé se déroulent dans des termes très contemporains, l'État refuse de procéder à des réformes d'envergure. Les mutuelles naissent alors comme forme d'auto-organisation malgré les interdits et la répression. Par crainte de leurs velléités révolutionnaires, l'État se réapproprie l'esprit des mutuelles par une série de loi à partir de 1852. C'est avec la Première Guerre mondiale que naît véritablement l'État social : la conduite et les conséquences de cette "guerre totale" renforcent le rôle de l'État dans la société, et son besoin de prendre soin comme de contrôler la population. L'État social en France n'est pas le produit de la bienveillance parlementaire mais celui de la guerre.
Après 1945, deux logiques en germe depuis un siècle s'affrontent directement : d'un côté, des militants cégétistes issus de la Résistance mettent en place en quelques mois un système de sécurité sociale autogéré par les intéressés, dans la tradition de la "Sociale" initiée par la Commune de Paris ; de l'autre, dès 1946, l'État cherche à mettre la main sur la "Sécu" contre le pouvoir populaire. Bientôt, il va modifier les principes de l'institution – de "chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins" à "chacun paye selon ses moyens et reçoit selon son niveau de risque".
Au gré des réformes, l'État social renforce un capitalisme politique où la proximité entre élites politiques et économiques impose des politiques souvent en contradiction avec les aspirations populaires. Si les dépenses de santé ne baissent pas, elles sont de plus en plus contraintes (nouvelle gestion publique) et changent de nature. Au nom de la lutte contre les déficits – c'est l'invention du "trou de la Sécu" –, la politique de ciblage des dépenses vers les plus pauvres et les plus malades ouvre un espace pour l'épanouissement des alliés politiques de l'État (médecine libérale, complémentaires santé) et pour le capital (cliniques, industrie pharmaceutique).
La pandémie a mis en lumière toute l'absurdité de ces évolutions et l'impérieuse nécessité à reprendre le pouvoir sur la sécurité sociale.


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Michel Pastoureau est une star dans son domaine : ses livres sont des best-sellers traduits dans une trentaine de langues, il est invité partout à faire des conférences, il est même devenu une sorte de gourou de la mode, ami de grands stylistes et conseiller "tendances".
Michel Pastoureau est un "homme arc-en-ciel" pour plusieurs raisons : son nom est certes indissociable de l'histoire des couleurs auxquelles il a consacré une série de livres publiés sur vingt ans aux éditions du Seuil, mais la diversité de ses recherches et de ses approches est grande, puisqu'il aussi connu du grand public comme l'auteur de livres sur les animaux dont il a retracé les histoires, que ce soit l'ours, le loup, le cochon ou le corbeau.
L'historien est également un pionnier dans son domaine : outre l'histoire des couleurs et des animaux qui n'étaient pas à la mode académique et publique à ses débuts dans les années 1970-80, pendant une première période de recherche, il s'est passionné pour les blasons, les emblèmes, les armoiries, autrement dit l'héraldique, qu'il a aussi contribué à sortir du mépris et à en faire une science historique à part entière.
Comme universitaire, Michel Pastoureau a occupé la chaire d'histoire de la symbolique médiévale à l'Ecole pratique des hautes études de 1982 à 2016, et il a été directeur d'études associé à l'Ecole des hautes études en sciences sociales de 1986 à 2006. Il fut aussi Conseiller historique sur les films d'Eric Rohmer et Jean-Jacques Annaud Perceval le Gallois (1978) et Le Nom de la rose (1986).
C'est un grand timide, mais un auteur prolifique de quelque 86 livres, et un chercheur qui se dit "heureux", ce qui n'est pas si fréquent !
Émission "À voix nue", produite par Caroline Broué.