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Pourquoi en 1940 la France s'est-elle effondrée en quelques semaines seulement ? Cette défaite militaire, politique et morale était-elle inéluctable et la collaboration avec le vainqueur l'était-elle tout autant ? Bien des déterminismes pouvaient expliquer l'une et l'autre : le pacifisme des Français au sortir de la Grande Guerre et les divisions profondes qui traversaient la nation française et la paralysaient. Mais c'est oublier que l'histoire est toujours faite par les hommes.
De l'Armistice de 1918 à celui de 1940, le grand journaliste international André Géraud, connu sous son nom de plume, Pertinax, a côtoyé de près tous ceux qui ont compté dans la République : hommes politiques, diplomates, banquiers, industriels ou militaires. En exil à New York pendant la période de l'Occupation, il tire de son journal, un livre-réquisitoire, Les Fossoyeurs, qui paraît en 1943, et qui est un document majeur sur l'entre-deux-guerres, dont il donne un tableau édifiant, servi par un art du portrait et un souci du détail.
Écrit pour instruire les générations futures, jamais réédité depuis la Libération, ce maître-livre trouvera certainement un écho dans la situation actuelle de la France contemporaine.


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Les inégalités sociales, après avoir régressé un temps, progressent de nouveau, à des niveaux qui peuvent inquiéter. La pauvreté, qui leur est en partie associée, atteint aujourd'hui un niveau de plus de 15% en France. Notre modèle social peine de plus en plus à réduire inégalités et pauvreté, et il est même attaqué au prétexte qu'il coûte trop cher.
Or la fiscalité sur le capital et les patrimoines n'a cessé d'être réduite ces dernières années. Il semblerait qu'une large majorité de français soit cependant opposée à une réforme des successions, estimant, leur fait-on dire, qu'elle serait attentatoire au droit de transmettre ses biens à ses héritiers. C'est un discours étonnant quand on sait que 10% des français détiennent plus de la moitié des patrimoines, 50% des plus pauvres seulement 5%. La concentration des patrimoines a presque doublé depuis les années soixante. Il n'est plus possible, pour une grande majorité de français de se constituer eux-mêmes un patrimoine s'ils n'ont pas hérité.
Serions-nous alors revenus au XIXe siècle de Balzac, formant une société d'héritiers ?


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S'appuyant sur les travaux pionniers de Robert Brenner et Ellen Meiksins Wood concernant les origines du capitalisme, Xavier Lefrance et Armel Campagne expliquent comme le capitalisme a d'abord émergé dans les campagnes anglaises (le capitalisme agraire) avant d'évoquer en détail la transition vers le capitalisme de la France.
Une analyse détaillée qui permet de comprendre l'origine et la diffusion mondiale du système économico-social si particulier qu'est le capitalisme.


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Une révolution a eu lieu dans les années 60 du XXᵉ siècle. Pourquoi choisir 1966 plutôt que 1968 pour en comprendre la dynamique ?
Antoine Compagnon avance deux raisons à son choix. D'abord une raison personnelle, relevant de ce que Pierre Nora appelait "l'ego-histoire" : "C'est l'année où je me suis éveillé au monde, aux idées (...). C'est l'année où j'ai découvert la France." Mais surtout, 1966 lui apparaît comme "le début de cette seconde Révolution française". Selon lui, "la France a été en guerre entre 1914 et 1962" et ce n'est qu'après cette longue période que les choses commencent à changer. Il compare ainsi 1966 au "89 de la Révolution française", quand 1968 en serait "93, la véritable explosion"...
Jean-François Sirinelli partage ce diagnostic tout en l'élargissant. Pour l'historien, dès "le milieu des années 1960", la révolution est à l'œuvre, et 1968 agit avant tout comme "un accélérateur de particules historiques". Les ferments sont déjà là : télévision dans la moitié des foyers, transformations politiques issues du scrutin de 1965, rupture dans le monde intellectuel et premières avancées décisives pour les droits des femmes.
Émission "Répliques", animée par Alain Finkielkraut.


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Revenant avec passion sur son parcours littéraire, Pierre Mari nous propose à travers ses ouvrages d'explorer certaines périodes charnières de la France contemporaine. Son livre En pays défait, publié chez Pierre-Guillaume de Roux, est une œuvre hybride, ni roman ni essai, mais une plongée subtile dans les tensions sociales et politiques des années 1960-1980. Il y dépeint une France en crise, où les illusions de Mai 68 se heurtent à la réalité d'un monde en mutation, entre héritage gaulliste, désillusions ouvrières et montée d'une modernité étouffante.
L'occasion également de réfléchir à la "tenue" – concept central chez Pierre Mari –, soit la capacité à affronter le monde avec dignité, inspirée par des figures comme Camus.
Un entretien mené par Pierre-Yves Rougeyron.

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Pendant près d'un quart de siècle, il a dirigé le Parti communiste français. Les médias ne concevaient pas un débat politique sans lui et son verbe fort. Il était de toutes les manifestations. Il allait à Moscou tous les ans ou presque, et multipliait les contacts avec les "pays frères". Il affronta Giscard, Chirac, Mitterrand, face auquel, en 1981, il réunit plus de 15 % des suffrages. Mais il semble avoir disparu de nos mémoires, de nos rues, de nos livres d'histoire.
Lui, c'est Georges Marchais, mort en 1997. L'historienne Sophie Coeuré est partie sur ses traces, essayant de comprendre à la fois le personnage, l'effondrement, après lui, d'une grande force politique de gauche, et plus largement une certaine France, pas si lointaine, celle des années 1950-1990, où le choix était simple entre socialisme et capitalisme, où l'expression "famille politique" avait un sens très concret, et où l'on pouvait espérer concilier des solidarités internationalistes et un progrès social "aux couleurs de la France".




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Quand et comment la notion d'un enseignement public assuré par l'État est-elle apparue, dans quelles circonstances l'institution elle-même est-elle née, quel rôle positif peut-on considérer qu'elle a joué pendant des décennies ? Et quel étrange accident lui est-il arrivé vers le milieu du XXe siècle, qui a initié son déclin peu de temps après qu'elle eut pris le nom d' "Éducation nationale" ? Comment expliquer la dégradation accélérée survenue à partir des années 1970, qui a abouti à ce que l'école française soit désormais classée dans les derniers rangs des comparaisons internationales ?
Philippe Nemo tente de répondre à ces questions avec la précision historique requise. Ses analyses donnent à penser qu'il convient aujourd'hui de remettre en cause non seulement l'organisation de l'Éducation nationale, mais son principe même, c'est-à-dire son monopole et son centralisme. Il n'est pas acceptable que l'État décide seul des programmes de toutes les écoles françaises, c'est-à-dire impose dogmatiquement ce qu'on doit penser au sujet du vrai, du bien et du beau. Il faut recréer en France des structures scolaires de pluralisme et de liberté, comparables à celles qui existent dans la plupart des démocraties libérales dont les écoles et universités réussissent mieux que les nôtres.
- 0'00'40 : L'Éducation nationale remplit-elle sa mission ?
- 0'02'57 : À quoi ressemblait l'école autrefois et quel était le rôle de l'Église ?
- 0'06'05 : Pourquoi séparer le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel en matière d'éducation ?
- 0'10'11 : Le cas des institutions créées par les rois
- 0'19'09 : Pourquoi le financement de l'école par l'État peut être dangereux
- 0'23'47 : Quel est le changement de paradigme entre les révolutionnaires de 1789 et ceux de 1793 en matière d'éducation ?
- 0'33'38 : Que penseraient Jean Zay, Jules Ferry, Guizot ou Condorcet de l'école d'aujourd'hui ?
- 0'38'33 : Les raisons du déclin
- 0'49'04 : Les solutions au déclin
- 0'58'19 : Comment les déconstructivistes ont changé le regard de la gauche sur l'école et la méritocratie
- 1'08'25 : Pourquoi la Suisse s'en sort mieux que la France ?
- 1'15'04 : Pourquoi les filières professionnelles sont dénigrées en France ?
Un entretien mené par Élodie Messéant.


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Les 335 années qui séparent l'arrivée au pouvoir de Charles VI en 1380 de la mort du roi-soleil en 1715 ont été des périodes de bouillonnement politique, militaire, religieux, administratif et artistique dans le royaume de France. La pérennité de la guerre marque cette longue évolution où les périodes de paix demeurent très incertaines et de courte durée ; guerres de toutes sortes, religieuses, civiles étrangères où les ennemis furent tour à tour Anglais, Espagnols, Impériaux ou protestants et le plus souvent dans la parentèle proche des rois.
L'omniprésence de la guerre a été, sans aucun doute, un des éléments fondamentaux de la naissance et du développement de l'état monarchique mais dans le même temps la naissance de l'état monarchique a été le terreau de la guerre. Les deux grands piliers de la construction, justice et finances, les acteurs de celle-ci mais aussi les contestations et les révoltes contre cette montée en puissance tissent la trame de fond de cette construction et affirmation de la monarchie française pendant ces quatre siècles.
Si la figure royale s'impose, un gouvernement se structure progressivement au cours de la période considérée et une forme de bureaucratie permet de professionnaliser l'exercice du pouvoir et le gouvernement du royaume. Le roi n'exerce pas le pouvoir de manière solitaire et si les figures féminines s'effacent progressivement, les reines s'affirment dans les périodes de régences.
Michel Figeac, Thierry Dutour et Pauline Valade abordent les grands traits de la construction de l'État, tout en questionnant le processus politique à l'œuvre sur la longue durée.