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Les Allemands n'ont-ils pas sacralisée la monnaie dont ils se servent – au temps du deutschemark comme maintenant au temps de l'euro ? La vertu monétaire est généralement posée comme une passion germanique qui ne souffrirait pas qu'on y fasse la moindre entorse. La protection de la devise nationale est ainsi installée, Outre-Rhin, au cœur des réflexes collectifs et vouée à peser constamment sur les relations extérieures.
Par exemple, on peut trouver dans l'extrême inflation qui est survenue en Allemagne dans les années d'après la Grande guerre et qui a ruiné des millions de familles, un cataclysme qui a dépassé de beaucoup la seule chronique monétaire. Cet événement sans équivalent explique en effet, en profondeur et par contraste, les réflexes de si grande portée civique qui, un quart de siècle plus tard, ont fait du deutschemark, apparu en 1948, l'objet d'une révérence généralisée dans la République fédérale. Il explique que, quand le mark, après la chute du Mur, a laissé place à l'euro, non sans hésitations, turbulences et répugnances, ait été conféré à la monnaie nouvelle un statut tout particulier, par rapport aux autres nations qui l'ont adoptée.
La monnaie est conçue en Allemagne comme bien plus qu'un instrument économique et commercial : comme une sorte de totem, de fétiche sacré sur lequel est chargée de veiller, hors de la portée du gouvernement et du Parlement, une institution échappant à tous les risques de faiblesse envers n'importe quelle influence extérieure, ouverte ou dissimulée, qui viserait d'autres buts que la lutte contre l'inflation.
Émission "Concordance des temps", animée par Jean-Noël Jeanneney.


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Pourquoi s'abandonner au conflit et à la culture du pluralisme lorsque tant de régimes autoritaires semblent démontrer leur efficacité ? L’argument selon lequel les démocraties sont faibles par nature justifie tous les abandons en matière de droit.
Un détour par l'année 1938 en France permet d'éclairer un problème bien actuel : les démocraties ne deviennent-elles pas faibles lorsqu'elles sont affaiblies par ceux qui sont censés les défendre ? Sur fond d'abandon du Front populaire et de concessions aux régimes fascistes, 1938 est une année de défaites sociales, politiques et morales qui résonnent étrangement avec notre présent.
Une rencontre organisée en partenariat avec la Fondation Calouste Gulbenkian et animée par Miguel Magalhães et Anne-Lorraine Bujon.


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Crises économiques, montées des nationalismes et des extrémismes, repli des peuples sur eux-mêmes, mutation du rôle de l'Etat : les philosophes Barbara Stiegler et Michaël Fœssel échangent à propos des crises qui ont jalonné les années 30 en Europe.
Tous deux spécialistes de l'histoire allemande, ils tentent d'analyser les processus sociaux et économiques à l'œuvre durant cette période, afin d'éclairer notre époque actuelle.
Une rencontre animée par les journalistes Isabelle Regnier et Nicolas Truong.


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La République de Weimar a vu le jour dans des circonstances difficiles. Après une période de stabilisation où l'Allemagne retrouve une certaine prospérité, une crise mondiale l'atteint de plein fouet et entraîne la chute d'une république encore trop fragile.
Dans quelle mesure l'histoire de Weimar présente-t-elle des symptômes susceptibles de nous éclairer sur la crise actuelle de nos démocraties ?


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Renaud Meltz vient de livrer une monumentale biographie de Pierre Laval, l'homme le plus détesté de l'histoire de France.
Pacifiste forcené, partant de l'extrême gauche, maire d'Aubervilliers, sénateur, président du Conseil, il bascule vers le centre droit tout en s'enrichissant de façon troublante.
Acteur clé de la mort de la République en juillet 40, il invente la Collaboration avec l'Allemagne nazie pensant qu'il "roulera Hitler" et qu'il sera la sauveur de la France. Il finira par céder à tout, à aider au pillage du pays, et à livrer les juifs à la déportation.
En s'appuyant sur des archives neuves ou peu exploitées, Renaud Meltz renouvelle profondément la vision que nous avions de Pierre Laval.


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L'isolationnisme habita la politique étrangère des Etats-Unis dès le XIXe siècle. Cette tendance fut interrompue par la participation des américains dans le premier conflit mondial, mais réémergea dans les années 1920 lorsque les sénateurs, hostiles aux clauses du traité de Versailles, votèrent contre sa ratification.
L'historien Philippe Conrad revient sur ce désaveu du projet wilsonien, supplanté par la volonté de favoriser la prospérité intérieure et de maîtriser les flux migratoires.
Ces politiques protectionnistes disparaîtront à nouveau au début de la seconde guerre mondiale.
Émission "Passé Présent", animée par Philippe Conrad.


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Historien du nazisme et de sa vision du monde, Johann Chapoutot a récemment fait paraître un essai dont la réception n'a pas été unanimement favorable : Libre d'obéir : le management, du nazisme à aujourd'hui.
C'est la lecture de l'abondante littérature nazie sur la Menschenführung, la conduite des hommes, qui a attiré l'attention de Johann Chapoutot sur les similitudes frappantes entre les discours de l'époque et ceux qui prolifèrent aujourd'hui aussi bien dans la sphère entrepreneuriale que dans celle du gouvernement néolibéral.
Il revient ici sur la démarche du livre et profite de l'occasion pour répondre aux objections qui lui ont été opposées.
Émission "La grande H.", animée par Julien Théry.


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Ils étaient 1'674 parlementaires représentant l'Allemagne sous la république de Weimar. Ils ont vécu la destruction d'une démocratie éclatante et le triomphe d'un régime politique criminel qui justifia l'invention du mot "génocide". Quelles ont été leurs responsabilités dans ce tournant du siècle ? Comment ces femmes et ces hommes ont-ils traversé la catastrophe allemande ?
Nicolas Patin a longuement étudié les archives allemandes et internationales pour comprendre les parcours de chacune de ces personnalités. Son enquête décrypte les destins atypiques de ces élus du peuple allemand : simples soldats de la Première Guerre mondiale puis militants politiques, martyrs assassinés dans les camps ou bourreaux nazis dominant l’Europe occupée.
Son travail met au jour la terrible conquête des institutions par les nazis et la funeste transformation de la société allemande.