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Pourquoi parler d'empire numérique ? Parce que les usages du numérique font désormais à ce point partie de notre environnement que nous n'avons plus le choix de les refuser, pour le meilleur mais aussi pour le pire. Pourtant, nous savons encore peu de choses de la façon dont l'environnement numérique s'est progressivement imposé à nous parce que nous manquons du recul nécessaire.
Le travail de Jean Lassègue et Giuseppe Longo a, de ce point de vue, une double ambition : clarifier le concept de numérique et lui redonner sa profondeur historique en utilisant trois notions, celle d'écriture, de calcul et de machine.
Contrairement à ce que l'on suppose habituellement, les données numériques n'existent pas dans la nature mais elles sont le fruit d’une synthèse culturelle hardie qui s'inscrit dans une tendance millénaire. Aussi serons-nous peut-être surpris d'apprendre que le numérique entretient avec l'écriture alphabétique des liens profonds ou que le traitement numérique déstabilise des notions aussi capitales pour notre démocratie que celle de loi ou de souveraineté.
Mais nous apprenons aussi que mettre au jour les limites du concept de numérique permet de lui rendre pleinement justice et de devenir acteur des changements culturels qu'il induit.


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Les livres changent le monde. En douteriez-vous ? C'est en compagnie de l'écrivain philospohe Régis Debray et du haut fonctionnaire Didier Leschi qu'au travers de cette série d'émissions nous allons comprendre pourquoi, mais surtout comment.
Cette série sur l'histoire des idées, l'histoire du monde, l'Histoire donc tout simplement dessine le paysage (subjectif) de la trentaine de livres qui ont bouleversé, depuis 1900, la marche des choses et transformé les représentations à l'échelle internationale.
Introduite par une émission sur l'histoire de la diffusion des textes, l'étude se termine sur une tentative de dessiner l'avenir. Il y a des livres qui font tomber des murs.


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Quelle "nouvelle économie psychique" émerge des mutations économiques, politiques, sociales, induites par le développement des technologies numériques ?
Quels enseignements tirer aujourd'hui des avancées de Freud dans Massenpsychologie und Ich-Analyse, publié en 1921 ?
La gouvernementalité algorithmique ne propose-t-elle pas, en effet, par le biais aussi des réseaux sociaux, un "nous" imaginaire et narcissique, un "nous" du resssentiment plus que civilisationnel, projeté sur des identifications d'autant plus radicalisées qu'elles ont perdu la références aux savoirs et à la mémoire collective, ainsi qu'un ancrage symbolique ?
Comment contrer la fabrication, par un capitalisme appuyé sur la troisième révolution industrielle, la révolution numérique, d'un "homme sans gravité", atopique et hors discours ? Que faire de la "disruption" au XXIe siècle ?
Le philosophe, directeur de l'institut de recherche du centre Georges Pompidou et créateur et président du groupe Ars Industrialis Bernard Stiegler poursuit un dialogue engagé depuis quelques temps avec le psychanalyste Charles Melman sur ces questions de la plus haute importance.
Une conférence modérée par Esther Tellermann.


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L'Académie française a récemment accusé l'écriture inclusive de "prétendre s'imposer comme norme" et, contre celle-ci, s'est posée en "garante de l'avenir".
C'est pourtant cette même Académie française, institution du pouvoir absolutiste et du patriarcat des lettrés créée au XVIIe siècle, qui a érigé comme norme des règles grammaticales profondément sexistes et opéré une transformation masculiniste de la langue française.
Est-ce que l'écriture inclusive pourrait, elle, permettre un avenir non-sexiste dans l'expression de la langue ?
Émission "Sortir du capitalisme".


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Le professeur de Digital Humanities à l'EPFL Frédéric Kaplan met en évidence le processus de machinisation dans lequel s'inscrit le livre, ce processus ayant pour finalité d'inscrire un objet dans une certaine fonction qui lui est propre et qui suffit à le définir complètement. Mais le livre n'a pas encore atteint ce stade en ce qu'il permet d'organiser un discours dans l'espace : le livre a une fonction "architecturante".
C'est ici qu'il faut distinguer le livre de l'encyclopédie : alors que le livre organise un discours, l'encyclopédie englobe le monde. Cette dernière décompose le livre en noeuds sémantiques afin d'en extraire des contenus en vue d'une standardisation, tout en s'interrogeant sur les pratiques de lectures afin d'en tirer des "reading analytics".
Le livre demeure ainsi une entité fermée contenant des données qui peut donc, contrairement à l'encyclopédie, innover, mais dont la forme actuelle reste menacée : l'avenir seul pourra nous dire quel sera le livre de demain.


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Reconnu pour sa virtuosité stylistique, Perec est tout autant un conteur du quotidien et de lui-même. Il existait pour et par les textes. Entre la vie et la fiction, l'imaginaire et le réel, il n'y avait pas vraiment de frontières. Ecrire était sa façon de s'approprier le monde, d'être au monde.
Son oeuvre mosaïque se présente comme un vaste puzzle, où le moindre détaille compte, où la phrase est pesée, le mot choisi, la lettre comptée. Elle est une architecture savante, encyclopédique qui épuise les mots pour bâtir, pièce à pièce, cette vaste maison dont les murs sont composés de bibliothèques et où il fait bon s'installer...
Émission "Une vie, une oeuvre", animée par Catherine Pont-Humbert et Annie Douel.


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L’écriture, celle des ordinateurs et des réseaux, est fondée sur le code (dont le plus connu est ASCII). Il permet de transformer de très diverses données en passage ou absence de passage du courant électrique dans la machine, passage/non passage que nous symbolisons par deux chiffres : 1 et 0.
Désormais, les textes, les nombres, les calculs mathématiques, mais aussi les arts et pratiques de l’image, les sons de la musique, la et les monnaies, qui utilisaient des supports différents, se voient tous rapportés au même procédé d’écriture qui encode les données entrées dans l’ordinateur en nombres binaires - puisque la machine ne connaît que deux signaux "passage" et "non passage" du courant.
En créant ainsi un nouvel univers sémiologique, l’écriture informatique a bouleversé nos pratiques et pourrait bien avoir modifié notre rapport au monde et au savoir, en déterminant nos façons de penser.
Ce sont ces rapports entre écritures et pensée qu’exposent ici Clarisse Herrenschmidt.


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Que reste-t-il de la querelle scolaire et du vieux clivage entre "pédagogues" et "républicains" ? Partis de convictions très divergentes, Denis Kambouchner et Philippe Meirieu font aujourd'hui, avec Bernard Stiegler, le constat que les termes dans lesquels se posa cette querelle ont perdu de leur acuité dans le contexte de la vaste mutation engendrée par les nouvelles technologies.
Ces nouvelles technologies créent les conditions d'une démocratisation inespérée de l'accès au savoir ; mais en même temps, associées à un consumérisme effréné et à un marketing intrusif, elles apparaissent comme les vecteurs d'un système toujours plus perfectionné de captation des esprits.
Une telle évolution met à mal les équilibres fondamentaux de l'éducation scolaire. Surtout, l'école n'est pas armée pour penser cette mutation : ni pour remédier à ses effets les plus perturbants, ni pour s'assurer la maîtrise et l'usage effectif des potentialités qui lui sont liées. Il y a urgence.
Plus que jamais les esprits ont besoin d’une solide formation du jugement, de méthodes et de repères que seule l’école peut, à l’échelle d’une société, enseigner.