

(0)
Hausse de la tricherie et du plagiat (notamment à cause de ChatGPT), perte du sens de la socialité, déficit d'attention et d'empathie, retards d'apprentissage : les preuves s'accumulent quant aux effets nocifs des technologies du numérique en classe, surtout sur les plans cognitif et social. Plusieurs études démontrent que les écrans à l'école et l'école dans un écran engendrent des effets négatifs majeurs sur les élèves et de nombreux enseignants. Désabusés par des mois d'apprentissage virtuel pendant la pandémie, bon nombre d'entre eux ne souhaitent d'ailleurs pas continuer l'expérience. Pourtant, nos institutions scolaires sautent à pieds joints dans le grand train numérique. Pourquoi ?
Bien que le bilan préliminaire de l'expérience numérique soit loin d'être reluisant, l'informatisation de l'école a la cote dans les hautes sphères décisionnelles du système scolaire. Poussée depuis déjà quelques décennies par des décideurs et influenceurs obnubilés par le développement économique et technologique, l'obsession pour l'innovation technologique et l'informatisation de nos vies colonise maintenant les classes, un des lieux principaux qui assurent la production et la reproduction de la société. On nous assure que l'informatisation, l'école en ligne et la " techno-pédagogie " sont les solutions à tous nos problèmes. Sans fournir d'autre preuve que celle d'une foi aveugle, on nous dit qu'elles feraient de meilleurs professeurs, seraient bénéfiques pour la planète et assureraient une plus grande réussite scolaire.
Dans sa critique sans concession de l'informatisation de l'école, le professeur de philosophie Eric Martin nous alerte sur ce qui se profile à l'horizon : la destruction de la culture commune et une dissolution des institutions d'enseignement comme lieux de transmission, de relations humaines et de formation. Loin de relever d'une technophobie primaire, leur démonstration expose les risques bien réels et préoccupants de ce virage, dont la perte d'un certain sens de la socialité et de l'humanité, perte qui se fait déjà sentir. Il démontre encore comment l'offensive numérique en cours s'inscrit dans une vision technocratique et économiciste du monde qui réduit l'école à une machine à former du "capital humain". Ce qui soulève une question simple, mais fondamentale : à quoi sert l'école ?
(1)
Depuis plusieurs années, l'équilibre du monde et les rapports entre grandes puissances subissent de profondes mutations. Dans un tel contexte, une compréhension juste et scientifique du modèle politico-économique de la Chine est plus que jamais indispensable.
Römy Herrera présente pour le développement économique de la Chine depuis les années 1950 jusqu'à nos jours et s'attache au temps long pour mieux balayer les lieux communs trompeurs. Il démontre clairement que la réussite industrielle et commerciale de ce pays n'est pas un miracle des années 2000, mais au contraire le résultat d'efforts colossaux et de stratégies mises en œuvre dès la prise de pouvoir par les communistes.
L'occasion d'en débattre avec Michel Gruselle, avec pour objectif de mieux comprendre la Chine contemporaine, la manière dont elle s'est construite et ce vers quoi elle se dirige.




(1)
En revenant sur l'entre-deux-guerres, la place centrale des États-Unis dans cette contre-histoire, l'importance de l'anticommunisme et le passé très trouble des "pères fondateurs" (sources à l'appui), Thomas Durin nous présente dans le détail la genèse de l'Union Européenne, son hostilité aux souverainetés nationales et son incapacité à se concevoir comme une puissance indépendante des États-Unis d'Amérique.
Une contre-histoire qui nous renvoie aux événements les plus récents de l'actualité et aux chimères très contemporaines de l'Europe de la Défense.


(0)
Philosophies de Marx, au pluriel. Cela veut dire qu'il y a bien de la philosophie chez Marx, mais que cette philosophie ou plutôt ce philosophique résiste à son unification et s'affirme comme pluriel. Sans doute aura-t-il fallu que l'on renonce à unifier la pensée de Marx en une doctrine pour la redécouvrir comme philosophique.
Franck Fischbach propose d'exposer ce pluralisme philosophique marxien sous trois rapports qui s'imposent plus que d'autres mais qui ne sont pas exclusifs d'autres : la philosophie de l'activité, la philosophie sociale, la philosophie critique. Ce sont trois directions dans lesquelles le philosophique chez Marx a insisté et a cherché à se déployer, mais sans jamais se stabiliser ni s'unifier – sinon peut-être tendanciellement dans la troisième perspective, qui ne désigne cependant pas une doctrine mais une attitude critique.
Plus qu'une philosophie, ce que Marx nous a transmis est une certaine pratique de la critique dans la théorie (qu'on peut appeler "philosophie") et la tentative de l'articuler aux pratiques sociales elles-mêmes critiques.


(0)
La violence semble omniprésente dans notre monde - terrorisme, crime organisé, conflits armés, exploitation économique. Nous la traitons généralement comme une série d'anomalies à corriger, de dysfonctionnements à régler. Mais si la violence était en réalité un système cohérent et organisé qui structure profondément nos sociétés ?
Guillaume Soto-Mayor, chercheur et président d'Egregor, nous invite à changer radicalement notre regard. À travers son analyse des "économies de violence", il révèle comment des acteurs sophistiqués - des groupes criminels aux multinationales, des organisations terroristes aux États eux-mêmes - utilisent la violence comme instrument de pouvoir et de profit.
De l'Afrique à l'Europe, des cartels mexicains à la finance mondiale, des mines de coltan à nos smartphones, il convient de comprendre les mécanismes cachés qui lient violence et économie, criminalité et pouvoir légitime.
Cette nouvelle grille de lecture nous aide à comprendre pourquoi tant de nos réponses échouent face aux crises actuelles, et surtout, quelles transformations sont nécessaires pour construire un monde plus juste. Une réflexion essentielle pour comprendre les défis de notre époque et imaginer de nouvelles solutions.
- 0'00'00 : La violence comme système structurant
- 0'08'20 : Parcours et origines de la réflexion sur les économies de violence
- 0'15'42 : Définition des économies de violence : au-delà des faits divers
- 0'18'33 : Les différentes formes de violence : de la violence physique à la violence systémique
- 0'25'16 : La continuité historique des systèmes de violence
- 0'31'15 : La violence dans nos objets quotidiens : exemple des smartphones
- 0'36'28 : L'exploitation dans les chaînes de production mondiales
- 0'41'38 : Le rôle des institutions financières dans les systèmes violents
- 0'47'15 : Les paradis fiscaux et le blanchiment d'argent à grande échelle
- 0'52'42 : Les acteurs violents : sophistication et capacité d'innovation
- 0'58'33 : Le numérique : nouvel espace de violence
- 1'05'47 : La transformation des États : entre impuissance et criminalité
- 1'13'26 : Les États mafieux : quand la violence devient gouvernance
- 1'21'33 : L'échec des réponses internationales face aux crises
- 1'30'15 : L'aide au développement : entre bonnes intentions et effets pervers
- 1'38'52 : La question migratoire : anatomie d'une politique contre-productive
- 1'47'24 : Les conséquences humanitaires des politiques sécuritaires
- 1'55'31 : Les mouvements progressistes face à la violence : pourquoi cet échec ?
- 2'04'18 : La gauche et son angle mort sur les questions de sécurité
- 2'13'32 : Trump et la nouvelle politique de la violence assumée
- 2'25'45 : La montée des populismes : symptôme d'une violence systémique
- 2'40'11 : Les enfants, premières victimes silencieuses
- 2'48'33 : Le cyberharcèlement et les nouvelles formes de violence
- 2'56'30 : Vers de nouvelles approches : exemples d'initiatives réussies
- 3'05'42 : L'importance des solutions locales et leur passage à l'échelle
- 3'13'54 : Garder espoir malgré tout : les raisons d'y croire
- 3'19'40 : Conclusion et recommandations de lecture
Un entretien mené par Julien Devaureix.


(0)
Docteur en économie, agrégé de sciences économiques et sociales et professeur à l'université Paris-Nanterre, Antoine Vatan a publié en 2022 La Situation de la classe laborieuse en France (Éditions Delga), dans lequel il étudie, statistiques à l'appui, les conditions générales du capitalisme, au stade impérialiste, en France, et ses conséquences sur les conditions de vie des travailleurs mais aussi les potentialités révolutionnaires objectives liées à cette situation.
Ce long entretien forme une sorte d'introduction au Capital de Karl Marx. Objectif : mieux comprendre les principaux concepts et résultats de cet ouvrage majeur, toujours d'actualité pour comprendre le monde et le transformer. En effet : les notions de "taux d’exploitation" ou de "baisse tendancielle du taux de profit", comme bien d'autres, demeurent tout à fait opérantes, à la condition d'être rigoureusement précisées, ce qu'Antoine Vatan s'emploie à faire ici avec clarté.
1. Karl Marx avait raison
- 0'00'55 : Parcours d'Antoine Vatan jusqu'à Marx
- 0'05'27 : La situation des travailleurs en France
- 0'08'12 : La baisse tendancielle du taux de profit
- 0'15'02 : Les prédictions de Marx se sont réalisées
- 0'21'32 : Le marxisme, seule théorie des crises
- 0'32'17 : Contradictions fondamentales du capital
- 0'41'17 : L'actualité du Capital de Marx
2. La méthode Karl Marx
- 0'00'32 : La démarche théorique de Marx
- 0'04'45 : Critique de l'idéologie bourgeoise
- 0'08'01 : Marx : idéologue ou scientifique ?
- 0'15'22 : Le matérialisme dialectique
- 0'21'22 : Le matérialisme historique
- 0'24'48 : Le marxisme : un économicisme ?
- 0'33'02 : Marx a-t-il une vision morale ?
3. Qu'est-ce que le Capital ?
- 0'00'31 : Le Capital = un patrimoine ? (Piketty)
- 0'07'37 : L'analyse de la marchandise
- 0'10'17 : Qu'est-ce que la valeur chez Marx ?
- 0'15'39 : La valeur : une substance ? (Lordon)
- 0'20'03 : Transformation de l'argent en capital
- 0'29'56 : Les indépendants : des prolétaires ?
- 0'35'23 : Dépasser Marx ?
4. Le procès de production capitaliste
- 0'00'20 : Travail non payé et taux d'exploitation
- 0'06'05 : Plus-value absolue et relative
- 0'12'31 : L'armée de réserve du Capital
- 0'19'21 : L'accumulation primitive
- 0'28'28 : La circulation du Capital (livre 2)
- 0'38'39 : Différence profit / profit moyen
- 0'41'54 : Baisse du taux de profit (équations)
- 0'49'57 : Intérêt et rente foncière (livre 3)
5. Keynes et les néoclassiques
- 0'00'22 : Marx VS les classiques (Smith, Ricardo, etc.)
- 0'08'46 : Marx VS le malthusianisme
- 0'14'15 : Marx VS les néo-classiques (Hayek, Friedman, etc.)
- 0'22'45 : Marx VS keynésianisme (Sismondi, Keynes, etc.)
- 0'32'52 : Le protectionnisme est-il progressiste ?
- 0'40'45 : Néolibéralisme ou capitalisme ?
(1)
Docteur en science politique et chercheur à l'École de pensée sur la guerre économique (EPGE), Ali Laïdi analyse les enjeux profonds derrière la guerre internationale commerciale lancée par Trump au reste du monde, et à la Chine tout particulièrement. L'Europe, au coeur de ce champ de bataille, se démarque par son absence de vision stratégique.
Face à ce retour en force de la guerre économique, sortir de cette naïveté est une question de survie pour l'Occident…
- 0'00'00 : Zapping
- 0'01'44 : La stratégie de Trump
- 0'15'48 : Le bon et mauvais protectionnisme
- 0'19'32 : Le retour du politique
- 0'27'54 : La vision américaine de la guerre économique
- 0'36'18 : L'impact de Trump sur l'économie chinoise
- 0'38'47 : Les réactions chinoises
- 0'45'26 : Histoire et stratégie de la Chine
- 0'56'00 : Trump et l'Europe
- 1'03'24 : La sous-réaction européenne
- 1'18'29 : Dédollarisation et fin de l'hégémonie occidentale
- 1'24'56 : Question finale
Un entretien mené par Olivier Berruyer.


(0)
Avec son augmentation spectaculaire des droits de douane, Donald Trump a bouleversé le commerce mondial. Si depuis le 9 avril, une "pause" a été décrétée, elle ne concerne que la surtaxation différenciée par pays, mais pas la taxe généralisée de 10% pour tous les produits de la planète.
L'onde de choc produite par la politique agressive de Trump s'apprête à déséquilibrer les économies de nombreux pays. L'avenir donnera peut-être des explications sur les raisons d'une telle précipitation. En attendant, il faut comprendre les racines du problème américain.
Si la façon de faire est brutale, déstabilisante et probablement peu efficace voire contre-productive, il n'en reste pas moins que la situation financière des États-Unis, avec le retour de déficits jumeaux (du commerce et de l'État), est piteuse et clairement intenable à moyen terme. Trump aurait certes pu agir avec plus de prudence et de mesure, mais un changement radical de politique commerciale était inévitable.
Émission "Zoom arrière", animée par Denis Robert.