La société ingouvernable, une généalogie du libéralisme autoritaire. Avec Grégoire Chamayou à la Villa Médicis.


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28.03.2019

Partout, ça se rebiffait. Les années 1970, a-t-on dit à droite et à gauche, du côté de Samuel Huntington comme de Michel Foucault, ont été ébranlées par une gigantesque "crise de gouvernabilité".
Aux États-Unis, le phénomène inquiétait tout particulièrement le monde des affaires, lui qui était mis en cause de toutes parts, confronté simultanément à des indisciplines ouvrières massives, à une "révolution managériale" réelle ou supposée, à des mobilisations écologistes inédites vécues comme des "attaques sur la libre entreprise", à l'essor concomitant de nouvelles régulations sociales et environnementales, et - racine de tous les maux - aux ravages de ce que Friedrich Hayek fustigeait alors comme une "démocratie sans limite".
C'est à cette occasion que furent élaborées, par réaction, dans un mouvement de contre-offensive multiforme face à cette vague de révolte généralisée, de nouvelles tactiques politiques destinées à l'endiguer et à la neutraliser, de nouveaux arts de gouverner encore actifs aujourd'hui.

Le plan Bayrou, c'est le truc de trop et l'occasion ou jamais d'en finir. Avec Frédéric Lordon sur Blast.


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07.2025

Le philosophe Frédéric Lordon revient dans cet entretien sur le plan budgétaire présenté le 16 juillet 2025 par François Bayrou, sur ce qu'il appelle "l'ethos" du macronisme, sur la faillite des "médiations institutionnelles" (politiques, médiatiques, syndicales), dont le constat l'amène à réfléchir à la possibilité d'un "débordement".
Il évoque aussi la fascisation en cours, qu'il a été l'un des tout premiers à dénoncer – entre pessimisme et espoir.

Un entretien mené par Sébastien Fontenelle.

Capital marchand et capital financier. Avec Guillaume Fondu à l'Ecole Normale Supérieure.


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07.05.2018

Capital marchand et capital financier sont des concepts clefs dans la description du capitalisme contemporain. Dans le livre III du Capital, Marx s'attache à exhiber leur genèse logique, c'est-à-dire la manière dont ce qui n'était, dans le livre II notamment, que des moments du cycle capitaliste s'autonomise et devient capital à part entière.
Guillaume Fondu propose une étude de cette autonomisation et de la manière dont le schéma logique qu'elle propose peut être utilisé pour penser des phénomènes contemporains.

Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".

La planification comme projet politique. Avec Guillaume Fondu à l'Ecole Normale Supérieure.


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05.06.2023

Diabolisée pendant plusieurs décennies, la notion de "planification" revient sur le devant de la scène depuis quelques années. Le pouvoir macroniste a par exemple mis en place, en juillet 2022, un Secrétariat Général à la Planification Écologique, qui a présenté récemment un plan global de décarbonation de l'économie associé pour la première fois à de réels objectifs chiffrés.
Mais face à cela, une forme de libéralisme outré continue à dominer les politiques publiques – refus de l'endettement, refus de l'impôt, casse des cadres réglementaires nationaux, etc. – et achève de priver l'État de tout moyen réel pour mener une quelconque politique économique.
Guillaume Fondu s'interroge sur la dimension politique de la notion de "planification", telle qu'elle a résumé pendant des décennies le projet économique socialiste, construit dans une opposition structurante au marché capitaliste.Il part de ce point de départ, et de quelques exemples historiques, pour faire le point sur diverses questions liées au projet planificateur : son échelle, les modalités de la prise de décision qu'il suppose et les modes d'incitation qu'il peut mettre en œuvre.

Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".

Le racket de la dette. Avec Pierre-Yves Rougeyron au Cercle Aristote.


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2024

Notre rapport actuel à la dette repose sur un sentiment de culpabilité hérité de traditions religieuses, mais aussi sur un système institutionnel qui en a fait un outil de contrôle politique. Pierre-Yves Rougeyron rappelle qu'historiquement, la dette n'a pas toujours été perçue comme un problème à rembourser à tout prix, et qu'elle peut masquer des crises sociales plus profondes. 
Pour comprendre l'origine du discours actuel sur la dette, il faut également remonter aux bouleversements économiques et monétaires du XXᵉ siècle, notamment la fin de l'étalon-or et l'émergence du dollar comme monnaie mondiale soutenue par quatre piliers : finance internationale, puissance militaire, pétrodollar et réseaux criminels. Ces évolutions, combinées à la libéralisation financière et au libre-échange, ont transformé le rôle de la dette publique : d'outil national de financement contrôlé par l'État, elle est devenue un actif intégré aux marchés mondiaux, dominé par des acteurs privés et supranationaux. La dette est désormais devenue de fait un mécanisme structurant de la "grande rente", servant à maintenir un équilibre favorable à certaines classes sociales et à la finance internationale.
Il s'agit donc d'un système vivant, qui s'infiltre dans tous les secteurs de l'économie et sert avant tout de levier politique. L'enjeu n'est pas tant de rembourser la dette que d'en reprendre le contrôle politique en ce qu'elle n'est pas qu'un problème comptable, mais un instrument de pouvoir. La clé réside dans la capacité à reprendre la main sur ses mécanismes et ses conditions d'émission.

Guy Debord, Politique du Spectacle et Spectacle de la Politique. Avec Anselm Jappe sur Au Poste.


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21.06.2023

"Une louche allure de complot permanent contre le monde entier" : telle était la définition que Guy Debord avait donnée des éditions Champ libre qui le publiaient. Elle pourrait bien s'appliquer à toute la trajectoire publique de Debord lui-même. Devenu apparemment "acceptable" depuis sa mort en 1994, transformé même, selon certains, en icône et gloire nationale, le fondateur de l'Internationale situationniste n'est cependant pas devenu, malgré toutes les allégations en ce sens, un auteur comme les autres.
Anselm Jappe se propose donc de sauver la puissance de dérangement que constitue son œuvre : sont examinés entre autres la fin de l'art et la fin de la politique, sa lecture de Marx, sa contribution à la réflexion historique et les parallélismes possibles (ou pas) avec les écrits d'autre penseurs critiques. Sa curieuse récupération par le monde de l'art est également évoquée, ainsi que la question de son "actualité".
Et si les gens les plus différents se revendiquent de Debord et des situationnistes : il convient de leur rappeler que l'auteur de La Société du spectacle a toujours voulu s'opposer au monde entier, ou presque...

Une émission menée par David Dufresne.

Rosa Luxemburg, économiste révolutionnaire. Avec Guillaume Fondu et Mylène Gaulard sur France Culture.


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28.12.2021

Célèbre pour son engagement politique, ardente porte-voix des ouvriers au sein de la Ligue spartakiste, Rosa Luxemburg a également produit une œuvre économique originale. Elle pense en effet que c'est en élevant la conscience des ouvriers et non en les armant que l'on doit préparer une révolution populaire.
Selon Guillaume Fondu, "Elle est plus méconnue en France que dans le monde anglo-saxon, où des courants hétérodoxes ont persisté. On insiste davantage aujourd'hui sur les Lettres qu'elle a écrites en prison, sur sa dimension romantique de martyr révolutionnaire et beaucoup moins sur son oeuvre en général, et économique en particulier. Chez elle, ses textes théoriques et son action révolutionnaire allaient de pair."
Elle relit donc Marx et cherche à compléter ce qu'elle estime être des manquements dans son raisonnement. Ainsi, si Rosa Luxemburg est avant tout préoccupée de politique, son ouvrage le plus volumineux est un ouvrage d'économie : L'Accumulation du capital, publié en 1913.
Selon Mylène Gaulard, c'est là que "Rosa Luxemburg insiste sur le rôle de l'impérialisme, dont le but, quand elle l'observe à l'époque, est de trouver de nouveaux débouchés dans les pays de la périphérie. Il y a une volonté de développer l'impérialisme pour transformer ces pays et les rendre utiles au capitalisme. D'autres éléments de création de débouchés pour le capitalisme, comme les dépenses militaires, sont aussi évoqués."
L'époque exige que le militantisme s'accompagne d'un discours cohérent dans toutes les disciplines : pour faire advenir la révolution, il ne suffit pas de soulever les foules, il faut comprendre le mal à sa racine, en l'occurrence le capitalisme. Femme libre, détachée de toute appartenance, Rosa Luxemburg ne revendique ni nationalité ni féminisme, à une époque où rares sont les femmes à poursuivre une thèse, qui plus est en économie. Elle incarne en réalité un marxisme idéalisé, qui ne sera plus jamais le même après la Première Guerre mondiale.

Émission "Entendez-vous l'éco ?", animée par Tiphaine de Rocquigny.

Marx, critique de l'économie politique. Avec Guillaume Fondu pour le podcast En avant Marx.


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01.2024

Depuis 1844 et sa rencontre avec Engels, l'intérêt de Marx pour l'économie politique ne s'est pas démenti. Mais le début de son militantisme révolutionnaire et les révolutions de 1848 ont retardé le travail qu'il avait projeté au milieu des années 1840. Les années 1850 et son isolement politique après la dissolution de la Ligue des communistes lui offre un contexte propice pour se remette à l'ouvrage. Marx associe l'échec de 1848 à une double immaturité : immaturité des sociétés, qu'il faut étudier pour en distinguer les potentialités révolutionnaires effectives, mais immaturité également du mouvement ouvrier, qui reprend des thèmes et des programmes qui sont en réalité d'essence bourgeoise. Tout cela rend d'autant plus urgent de parvenir à une compréhension intime et scientifique des phénomènes économiques pour élaborer un programme politique adéquat.
Pour ces mêmes raisons, Marx engage la polémique avec Proudhon qui jouit d'une forte influence sur le mouvement socialiste et à qui Marx reproche une critique non scientifique des catégories économiques et un projet politique réactionnaire et illusoire.
C'est donc en 1859 que Marx aboutit à un projet ambitieux avec la publication de la Contribution à la critique de l'économie politique, dans laquelle Guillaume Fondu identifie déjà ce qui fait la singularité de l'approche marxienne des catégories de l'économie politique et de son actualité.

Une émission mené par Marina Garrisi.