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Comment et quand le monde a-t-il basculé dans ce système que l'on appelle "capitalisme" ? C'est dans cette discussion que s'inscrit le Brenner Debate, du nom de l'historien américain Robert Brenner.
À l'origine de ce débat important parmi les historiennes et historiens du capitalisme, les travaux de Robert Brenner ont exercé une influence majeure sur le développement de la pensée marxiste à partir des années 1970.
Nicolas Brisset retrace et contextualise les principales étapes de ce débat ayant mené aux travaux de Robert Brenner et montre ainsi que la manière d'aborder l'histoire du capitalisme est intimement liée au regard que l'on porte sur ce système économique.
Un échange qui constituer une excellente porte d'entrée sur la pensée d'un économiste méconnu dans l'espace francophone, qui pourtant mérite, au regard de son importance dans l'historiographie anglo-saxonne, toute notre attention.


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Théoricien du courant dit de la critique de la valeur (Wertkritik), Anselm Jappe a grandi à Cologne et dans le Périgord. Après des études à Rome et à Paris, il développe une pensée qui fait le lien entre l'École de Francfort, la théorie Situationniste et les productions d'auteurs comme Robert Kurz, dans l'orbite des revues Krisis et Exit.
Introducteur en France de la critique de la valeur, il se propose d'approfondir la pensée de Marx pour comprendre notre monde contemporain : c'est le fétichisme de la valeur et le narcissisme de l'individualisme qui provoque une crise non pas financière mais une crise de la valeur.
L'occasion d'évoquer avec lui cette analyse de la crise contemporaine et de revenir sur son parcours.
Un entretien mené par Michel Sourget.


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C'est à partir de la critique du fétichisme de la marchandise et de la valeur qu'Anselm Jappe cerne le moment qui est le nôtre. Son ouvrage Crédit à mort est la mise à l'épreuve des théories critiques élaborées à partir des années 80 dans les revues Allemandes Krisis et Exit et par Moise Postone aux Etats Unis, afin de mesurer si elles permettent mieux que d'autres de comprendre ce qui nous arrive.S'il s'agit bien d'une critique marxiste, celle-ci abandonne la centralité du concept de luttes de classes considérant qu'il ne peut plus suffire de changer les modes de distribution des richesses. Cela, parce que la critique de la valeur révèle une contradiction dynamique et interne au capitalisme, dont la crise ouverte en 2008 en serait l'accomplissement. Une contradiction qui conduit nécessairement le capitalisme à la destruction de la valeur et par conséquent de la richesse. De richesse il n'y en à donc plus suffisamment pour relancer le capitalisme social des années 60 : un capitalisme de plein emploi, de salaires élevés et de l'école ascenseur. Pour comprendre cette situation, il convient de saisir la manière dont la valeur se constitue à travers le concept de travail abstrait, du rôle de la technologie dans la diminution de la valeur et le rôle du crédit, de la finance dans la prolongation de l'agonie du capitalisme.Le travail d'Anselm Jappe constitue également une critique de la culture, de la modernité et du sujet, s'appuyant sur le fétichisme de la marchandise comme structure déterminante des formes même de l'agir et de la pensée. Ce que le capitalisme emportera avec lui dans son écroulement, c'est la socialisation telle qu'elle s’est constituée depuis la révolution du capitalisme anglais de Manchester. Un écroulement susceptible de mettre à nu le sujet automate du capitalisme incapable de se socialiser autrement que par l'échange d'unité de valeur.
Un entretien mené par Emmanuel Moreira.
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Capital et race. Voici une histoire qui s'écrit accompagnée d'un monstre venu de la mythologie antique : une hydre. Ce serpent gigantesque à plusieurs têtes (souvent sept) bénéficie d'un atout capital : quand l'une de ses têtes est tranchée, il en repousse deux nouvelles. Son souffle est un poison qui vous terrasse en un rien de temps.
Quels sont les liens entre l'histoire du concept de race et celle du capitalisme ? Quelle influence le capitalisme racial a-t-il eu sur l'histoire des Africains-Américains ? Le capitalisme pur, sans sa figure raciale, existe-t-il ?
Émission "Le Cours de l'histoire", animée par Xavier Mauduit.


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Face à l'aggravation des crises environnementales qu'elle a provoquées, la société industrielle semble frappée d'aveuglement. Elle est bercée de l'illusion que tout finira par s'arranger, grâce à la souplesse du marché, l'innovation technique et l'inventivité du capital. Toute une mythologie économique entrave ainsi la réflexion et la perception de la gravité de la situation.
Dans le but de défaire cette mythologie, Sylvain Piron cherche à en comprendre l'histoire, en associant deux voies complémentaires. Le désastre vers lequel nous avançons est annoncé depuis un demi-siècle. Parmi les penseurs de l'écologie politique des années 1967-72, les parcours de Gregory Bateson et d'Ivan Illich permettent d'observer l'émergence de cette réflexion, puis son occultation sous l'effet du tournant néo-libéral des années 1980.
Mais pour saisir la puissance du mythe et ses effets dévastateurs, il faut remonter bien plus haut. L'appétit de transformation du monde naturel par l'action humaine correspond à une pente générale de l'Occident dans la longue durée du second millénaire de l'ère chrétienne. C'est ce que l'on peut décrire comme une dynamique d'occupation du monde, au double sens d'une occupation objective par des êtres subjectivement occupés à le transformer.
Les théologiens scolastiques ont été les premiers à observer le phénomène au XIIIe siècle. Point de départ d'une pensée de l'économie, leur philosophie morale peut aujourd'hui fournir des arguments critiques face aux dogmes de la pensée économique contemporaine.
Alors que les réflexions politiques et sociologiques ont eu maintes fois l'occasion de reformuler leurs postulats, la pensée économique est demeurée prisonnière de présupposés qui lui confèrent à présent une texture quasiment théologique. Cet impensé est le premier responsable de notre incapacité à faire face aux crises actuelles.
Sylvain Piron nous propose une interprétation globale du destin économique de l'Occident, en vue de défendre la nécessité d'un autre rapport au monde.
Une intervention modérée par Catherine König-Pralong, agrémentée des contributions des deux discutants Emanuel Bertrand et Julie Brumberg-Chaumont.


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il est une idée répandue, quoique fausse, qui voudrait que Marx n'ait jamais donné de description claire de ce que sera le communisme. Simon Verdun défend la position exactement inverse : loin de s'être limité à décrire les mécanismes essentiels du capitalisme ainsi que ses catégories, Marx n'a pas fait autre chose que de décrire, au sein même de son œuvre économique, la forme invariante que devra nécessairement prendre le communisme comme mode de production non-marchand constitué en négation de la société marchande développée.
Il s'agit alors de revenir sur un certain nombre de descriptions faites dans les livres I, II et III du Capital du système de la production et de la distribution communiste, tant dans sa phase inférieure que supérieure, en les mettant en relation avec les descriptions que Marx donne dans le livre I d'autres formes de production non-marchandes (famille antique patriarcale, société féodale, unités productives fermées dans une moindre mesure), où les produits du travail ne prennent pas la forme de valeurs et au sein desquelles la logique de l'accumulation tautologique de valeur ne s'est pas encore emparée de l'ensemble de l'organisation sociale.
Loin de constituer un retour à la pensée utopique, cette projection de Marx du communisme comme organisation sociale où le travail social est réparti à l'avance selon un plan central unique apparaît comme la conséquence directe de l'analyse des catégories de la production capitaliste, dans laquelle les produits de travail des producteurs séparés revêtent universellement la forme de marchandises, dans laquelle le travail humain social se présente sous la forme de travail abstrait et où la mesure du temps de travail s'effectue nécessairement sous cette "forme démente" (Le Capital, I) qu'est la grandeur de valeur, c'est-à-dire sous forme de prix.
Qui connaît ce qu'est le capital connaît nécessairement ce que devra être le communisme ; qui connaît les conditions sociales dans lesquelles la valeur d'échange fait son apparition pour s'ériger en fétiche et en maître de l'organisation sociale connaît nécessairement les conditions dans lesquelles les rapports de production pourront enfin être soumis "à la puissance des individus unis" (L'Idéologie allemande). Il ne s'agit rien de moins que de la description faite par Marx, sous une forme épurée et essentielle, des conditions de la fermeture définitive de la parenthèse historique qu'est la société marchande : les conditions de la destruction des rapports et des catégories mercantiles, de l'échange, de la forme-valeur, de l'argent, de l'État et des classes.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".



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Auteur de la première thèse universitaire sur Michel Clouscard, Loïc Chaigneau explore la méthode et les concepts clés de ce penseur hétérodoxe. Une analyse rigoureuse du "capitalisme de la séduction", de ses mécanismes idéologiques et de son impact sur les subjectivités modernes pour comprendre comment la permissivité devient un outil de domination, et pourquoi Clouscard reste un auteur incontournable pour décrypter notre époque.
- 0'00'00 : Pourquoi relire Clouscard ?
- 0'14'48 : Objets quotidiens et structures sociales
- 0'30'20 : Le néo-capitalisme comme système total
- 0'45'17 : Positivisme et postmodernisme : les pièges de la pensée
- 0'59'12 : Le néo-kantisme et la séparation sujet/histoire
- 1'00'39 : La praxis : travailler, aimer, consommer
- 1'03'46 : Mai 68 : l'injonction à jouir comme outil de domination
- 1'06'10 : Droite économique vs gauche culturelle : une division idéologique
- 1'14'00 : Reconstruire des médiations pour s'émanciper


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À l'heure où les spiritualités exotiques prospèrent et où l'on vante les vertus des croyances "vécues de l'intérieur", le psychanalyste et philosophe slovène Slavoj Zizek nous présente une réflexion tout à fait incorrecte qui s'appuie sur Jésus, Hegel, Steven Spielberg, Job, Nietzsche, Harry Potter, Staline, saint Paul, Bill Clinton, Heidegger et quelques autres.
Soumettant les diverses formes du religieux aujourd'hui au crible d'un regard lacanien, Slavoj Zizek procède ce faisant à une relecture iconoclaste du christianisme. Au terme d'une analyse délibérément politique, s'il n'hésite pas à dénoncer les tendances perverses du christianisme, il en affirme aussi et surtout le caractère proprement révolutionnaire en mettant au jour son noyau "matérialiste".